Arch. Min. Just, D'Aiguillon à X..., 13 septembre
4. Un nommé Goroller s'était trouvé compromis dans une querelle à la suite de laquelle les personnes maltraitées le poursuivirent. Le duc d'Aiguillon s'intéressait à ce personnage qui lui était attaché. « L'affaire prenant une tournure ftlcheuse, Coroller s'enfuit; il fut décrété de prise de corps. Le duc demande au procureur général de mettre son visa sur le jugement, afin d'arrêter toutes nouvelles poursuites et de laisser la liberté au sieur Goroller de revenir dans sa famille.
La Ghalotais répond par la lettre la plus gracieuse : « Mon très honoré et très respectable duc, je serai fort aise de faire ce que vous désirez pour le sieur Goroller. Vous êtes main-r
lui 1
288 LE DUC d'aiguillon et l\ chalotais
commandant que la discorde a commencé. Celuia conservé avec soin les lettres que lui aVcû adressées le procureur général. 11 y en a trente une dans son dossier. Elles vont de 1753 à 1703^^ Toutes prouvent de la part de La Chalotais uqA Jurande déférence, une confiance sincère et presqu(» affectueuse. « Sauvons-nons si nous pouvons, lui^ écrit-il en 1754, et sauvez-vous, je vous en coi jure, de la contagion générale. Nous nous sommes bien conduits jusqu'il présent, le roi et ses mi nistres ont été contents de nous. Pour moi, voi le savez, je n'ai d'antre but rpu? d'empêcher trouble et de maintenir la paix et la trauquilliie i dans ce pays-ci * , »
Il prend le duc comme confident de ses dissentiments avec le promier président d'Amilly, avec lequel il est depuis longtemps brouillé : a Ma lettre vous prouve que je ne suis point têtu, j'ai fait tout pour éviter la brouillerie... Quand un aime un peu son repos, peut-on croire qu'on ainu' le bruit? Je ne suis point horarae de parti et touL ce qui est parti nie parait fou. Voila au vrai meffl sentiments et quels seront toujours les motifs Ai ma conduite... » te Me voilà bien brouillé avol M. le premier président et je crois que la tèin
tc^nmU occupé do grondes alTtiircs. notro escndr*^ de Brest étad allée vuus joitirlre,.. Avec M"' la marquise do Rf^tigé, nous atJ tendons avec îia patience des rmuveUes d'une «rtuire dont dépend le j*ori de la Fninre> 1
« .ïr stii* ovee le plii» pnrfail ollocbemenl et un profund fÊsp^cll itifiti tr^s boniirt^ el Ipè» respectable duc, votre ires bufnble et trJ uWtiisnnt ïiervileiir, La CirALOTAis. A Lêuii, 19 novembre 17591 (Arrh. N'«l., IL (jV)3, Mt-muire du duc h il. de lu C halo Lais. -4 Ùoniar i^ d Aiguillon, 17 dèe, 1759.) I
1. Arebive» du miiiiMierc do Ja justice. Dai>sier6 d'Ai^iUuii. hm ChAlutai» (^ d'Aiguillun, 3 mars 175'i, I
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lui tourne; ce qui me fâche, c'est que les affaires publiques peuvent en souffrir. »((... Je suivrai votre conseil au sujet de M. d'Amilly et je sacrifierai volontiers mon ressentiment au bien public. Oserai-je vous prier de le dire à M. de Saint- Florentin ?i »
En 1761, il lui fait part du mariage de sa fille avec le comte de la Fruglaye et lui demande sa protection pour son gendre 2.
Deux ans après, il lui écrit encore; mais les nuages sont venus; cette lettre, qui est la dernière, ne respire plus la même confiance ni le même abandon ; il demande au duc son agrément pour M. de la Fruglaye, qui ambitionne la place de procureur syndic des Etats. « Il y a eu un temps, et c'était un temps heureux pour moi, où je pouvais compter sur vos bontés; je sais que des personnes ont travaillé auprès de vous à m'en priver et j'ai lieu de craindre depuis deux ou trois ans qu'elles n'y aient réussi. J'ose cependant croire que je ne les ai pas entièrement
1. Arch. min. just. La Ghalotais à d'Aiguillon, 5 mars, 27 mars, 3 juin 1754. Sa brouille avec d'Amilly vint de divergences sur des questions administratives et judiciaires. On voit d'après ces lettres que le caractère de La Ghalotais était tout l'opposé de celui qu'on lui prête : « Il était ambitieux et dévoré du désir de devenir dans sa province une puissance avec laquelle il fallût compter. » (Marion, La Bretagne, p. 170).
2. « Il y a trente et un ans que je sers le roi pendant douze mois de l'année, dit-il. Je l'ai servi vingt-cinq ans, étant cadet et père de famille ; riche, je me suis endetté et maintenant j'ai de g-randes charges ; j'ai marié mon fils et ma fille convenablement, je me dessaisis comme doit le faire un bon père.... (Arch. min. just. La Ghalotais à d'Aiguillon, 5 mars 1761.)
Ainsi La Ghalotais ne se cachait guère de ses dettes, auxquelles ses détracteurs voudraient attribuer une origine peu honorable. (Voir Marion, La Bretagne, p. 168.)
perdues, parce que je n'ai rien perdu de mon an-J eien attachement pour vous, pour M"'* d'AiguU-i Ion et pour luadaïue votre mère *, » Comme nmml le verrons, le duc refusa son agrément, et ce fut j Tune des causes de la rupture définitive.
La Chalotaîs euA^oya au commandant ses ] Comptes rendus eu lui adressant la lettre suivante : (c Vous ne vous embarrassez guère, mon-l sieur le duc, des constitutions des Jésuites, ni moi non plus. Cependant il faut Lien que vous sachiez ce qui en a été dit bien ou mal en Bretagne, j*at[ donc rhonneur de vous envoyer mes deux rap-j ports... Le premier a été assez bien accueilli;! je souhaite que le second le soit aussi bien. Je désire au surplus que Fun et l'autre n'ennuient paô davantage à lire qu'ils m'ont ennuyé à les faire. » Le duc auriiit simplement répondu à ceux cpii lui en parlaient que k procureur général était « une cervelle échaulFée, » mot qui piqua fort celui-ci*.
1. Arcb, mitj. jutjt. La Chulolais a dAîgiiinon, 25 avril \l\u\. Il (epmiiie niiisi : Qaelquç cboiic? qu'on m'ait dit, je ne puis croirt que vous oyez toul à fait oubUc Thomnie de Brcla^j^ne qui vous n èié le plus nncieunement H le pluâ sincèrement atlaclié et h iûtu les vôtres. Sig-né : /^a Ckaiotais.
Plus lard, on recbcrrba les motifs qui avaient provoqua la que- j roUe, On en a mi^mc indiqué de tout ii fait t îdîruli'S. Ainsi, Liiigtiot poeonte que Lu Cb:\lt>luis aur^iJt un jaur inia^im^ de pnraiU'c aai EUits en *imuiTe; le duc lui aurait tidressé dc^ observations suri celte viuïaliou des usajres, ce qui aurait blessé nu vif le procureur { général. Celle anecdote burlesque ne mérite pus d'arrêter rattefi-J tiou.
La simorre est une espace de robe de ebanibre de soie noîrtl dont les juges d'un ordre supérieur en Frnnce sont habUIès rli«<| eus. Quand ils sorlenl, il la eunvreut d un n^ontenu de dcssuf J nnipleel plisst'%,. qui devient leur parure de cérèinunio. (Lingii«if{ Annales, t. Xlll, p. 81. Voir aussi Un^uei, ptir J. Lruppi, p. 221. H
2. La Chalotuit» k dAi^fuîUon, 4 juillet 17f>2. J'ai retrouvé aiil] Archives du ministère de lo justice l'original de cette lettre ctlé^I
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Cette lettre paraîtrait un peu étrange si nous ne connaissions, par les précédentes, l'état d'esprit de La Ghalotais. Nous n'hésitons pas à dire du reste qu'il a eu tort de rendre les Jésuites responsables de ses malheurs, de voir en eux les instigateurs cachés des persécutions qu'il subit ; de faire du duc d'Aiguillon leur instrument et l'exécuteur dévoué de leurs implacables vengeances. Ces religieux n'eurent ni ces perfides desseins, ni cette puissance secrète ; et le duc se défend de façon péremptoire de toute solidarité avec la Société proscrite * .
Ce qui est vrai, c'est que la publication des Comptes rendus avait singulièrement grandi La Chalotais. La célébrité qu'ils lui avaient acquise gênait le duc d'Aiguillon. Très orgueilleux et très autoritaire, celui-ci voyait avec inquiétude s'élever en face de lui cette personnalité hautaine, cette influence menaçante.
De plus en plus le procureur général se liait au parti de Choiseul; d'Aiguillon, par contre, s'inféodait à la faction adverse.
Le duc en vint à regarder La Chalotais comme un adversaire politique et comme un ennemi personnel; il lui attribua l'hostilité manifeste du Parlement, il voulut voir en lui le chef occulte mais réel de l'opposition, l'inspirateur anonyme mais écouté de cet immense mouvement qui allait bientôt soulever contre lui la Bretagne tout entière. Telle est la véritable cause de cette rivalité
par Linguet. (Mémoire pour M. le duc d'Aiguillon, p. 85, — Voir aussi ; Premier Mémoire de La Chalotcds, p. 19, et Réponse au grand Mémoire, p. 34).