‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 11 sur 178 · UN DÉBAT HISTORIQUE XXI · texte numérisé non relu

UN DÉBAT HISTORIQUE XXI

d'Aiguillon et sans doute aussi ceux de ses apologistes, mais elle n'eût conquis que l'oubli dédaigneux de la postérité. C'est à sa résistance énergique qu'elle doit son renom dans l'histoire.

Ses détracteurs tombent du reste dans une singulière contradiction. Ils soutiennent que les Etats constituaient une représentation insuffisante, une oligarchie intéressée et, en même temps, ils leur reprochent leur indépendance, leur opposition irréductible. Croient-ils donc que, s'ils avaient été plus nombreux, ils auraient été plus soumis?

Il n'est pas juste non plus de dire que « les nécessités de l'unité nationale ne permettaient plus de s'accommoder de cette indépendance fiscale. » (Marion, p. 6.) L'unité nationale était faite, les Bretons ne songeaient nullement à l'attaquer, et, au besoin, ils savaient la défendre. Quant à l'unité administrative, le gouvernement royal, en édiclant ses mesures financières, ses impôts toujours accrus, ne songeait guère à la préparer; s'il en avait eu la volonté et la force, il eût fallu tabler en grand, comme le fit plus tard Napoléon, supprimer les franchises provinciales, celles du Languedoc comme celles de la Bretagne, et non procéder par de sourdes hostilités, de mesquines tracasseries, des protestations hypocrites et des illégalités sournoises.

Au fond, ce que le gouvernement voulait, c'était de l'argent, encore de l'argent et toujours de l'argent. Si les Etats de Bretagne lui avaient accordé sans regimber vingtièmes, dixièmes, sols pour livre, taxes de toute forme et de toute espèce, on les eût déclarés légitimes et parfaits; — mais c'est alors qu'ils se seraient « avilis. »

Les nouveaux défenseurs du pouvoir traitent ces

assemblées de province avec un dédain superbe. A leurs yeux, elles ne sont qu'un accident gênant, « une fâcheuse restriction des prérogatives gouvernementales. » (Marion, p. 251.) On aura beau dire cependant, elles constituaient un embryon de régime parlementaire. Or, au fond, les ministres, les courtisans, le souverain, n'admettaient qu'une chose : l'obéissance passive. La résistance des Bretons les irritait comme un outrage à la majesté royale et les choquait comme une inconvenance.

Aussi il faut voir en quels termes méprisants et injurieux le duc d'Aiguillon parle de l'opposition bretonne et de ses chefs. Ce sont des « séditieux, » des « factieux, » d' « incorrigibles brouillons; » leur ignorance n'a d'égale que leur « mauvaise foi ; » a ils couvrent leurs violences et leurs, entêtements du masque imposant du zèle pour le soulagement du peuple et d'amour pour leurs droits, franchises et privilèges. » Ses lettres sont remplies des qualificatifs les plus malsonnanls, quand il peint leur attitude pendant les séances, leurs cris indécents, leur tumulte perpétuel, leurs excès, leurs altercations, leurs voies de fait.

Evidemment, ils avaient tort. Il eût été bien préférable qu'ils demeurassent avec sagesse sur leurs bancs, discutant gravement des questions graves. Mais on n'a pas encore trouvé le moyen de réunir dans une salle cinq cents personnes d'avis différents, sans qu'il en résulte une certaine effervescence. Et je me demande laquelle de nos assemblées modernes serait en droit de leur donner des leçons de décence, de correction et de dignité.

J'ouvre le premier journal venu, et j'y trouve, entre cent autres, cette jolie description d'une Chambre

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