Arch. Nat., H. 630. Note autog. de d'Aiguillon
4* M. Marion écrit : « M. de la Gascherie, dans son Mémoire justificatif, accuse le duc d'Aiguillon d'avoir couru, sitôt qu'il eut connaissance de l'arrôt du 5 juin, de Veretz à Compiègne, pour inspirer aux ministres la fureur dont il fut rempli en se voyant démasqué. Il y a là une inexactitude et une calomnie, d'Aiguillon ne vint à Compiègne qu'en juillet, sur l'invitation de Cboiseul lui-môme. » (La Bretagne, p. 239.)
M. Marion s'empresse de saisir un prétexte — même mauvais — pour accuser un magistrat breton d'inexactitude et de calomnie.
342 LE DUC d\uGIILLO> et la CIIALOTA.ÎS
Les « mandés » partirt^nt de ReniieB le lundi 2 juillet. Arrivés à Pai'is le meiHîredi, à troî heures, ils y furent retenus tniis jours pur un indisposition de M, de Robien, Ils parvinren enfln à Compiègne le 8 juillet, à sept heures du soir.
En descendant de YOiture, ils vont, va robe, chez M. de Saint-Florentin, qni les reçoit fort honnêtement, leur dit qu il informera le roi de leur arrivée et qu'il leur a fait retenir des loge raents.
Visites eliez le chauceller ^laupeou, chez le du de Penthiêvre, qui leur distribui'ut cjuehjues paroles banales ; « Nous avons eu Thonueur de voir AI. le duc de Peothiè\Te, qui nous a fait ce* lui de nous dire que le Parlement devait être[ persuadé de sa fîveon de penser K » Le gouver neur de Bretagne ne se eompromeltait pas !
Le lendemain matin, 9 juillet, conférence plus sérieuse avee le cn[itrideur général.
Celui-ci blâma les renioutraiices ; il reproch
n eût clé équitable de citer k !c\ic do La Giîcberîe, qui es! 1res dilTérent do celui que lui attribue 5L 5!ttrion et contre lequel il s'itidii^ne ai fort.
Voici siiupleiucul ce qu'écril LaGâcberie : n L'arri.^! d'eureg'is- Iremeiit fut à peine donne, que le duc d'Aiguillon ac rendit ^1 Compi%ne; ousâitôt dea députtîs du Purlnmcnt fyrenl mandés àl Versailles : un président, trois conseillers et le procureur g-éné— I rttl. Je fus du nombre des députés. « [Menwirr pour L, Charedet de la G ii chérie, p. Vi,)
El c'eîît tout. On a vu, du reste, d'après ce que nous avons dill ptuH hnut, que le trio Smut-Floreritin, Lavcrdy, d'Aiguillon dtaiti pnrfoitement d'jiccoid pour lunier le Prirleinent, et, dans cette f Irinilê, d'Aiî^uillon jouait souvenl le rôlo de Tesprît inspirateur,
I. Afcb. du PiirK A rtu in» de ITti'*. Leilr*^ des uiandô-s au Parlement, du 8 juillet lli'A. Sig:uée : de Hobieu, Giicburie, Plcquct] de Montreoil, de Kcraiduttn^ La Ghalotois.
aux députés d'avoir parlé de Tordre du 12 octobre ; il leur dit « que le Parlement avait sollicité des mémoires contre l'administration des grands chemins, et que M. de la Chalotais avait envoyé ses substituts en mendier (sic),
« Ils répondent qu'au contraire on leur en a apporté et qu'ils les ont refusés ^
« M. de la Chalotais a demandé si c'était le seul reproche qu'on eût à lui faire.
« M. le contrôleur général lui ayant répondu que oui, il a répliqué qu'il lui était aussi aisé de s'en laver que de confondre ceux qui l'avaient accusé ; qu'il était de toute fausseté qu'il eût rien demandé ni fait demander par ses substituts. »
Laverdy réplique qu'il y avait apparemment quelqu'un qui se servait de son nom parce que le fait était sûr 2. — Les députés sont alors avertis f
1. La Cour avait « autorisé les députés à demander et à requérir toutes les instructions et mémoires dont ils auront besoin pour répondre aux objections qui pourraient leur être faites contre l'arrêt d'enregistrement. » C'était aussi sage que légitime.
Voici comment on apprécie cette décision : « Admirons en passant, dit M. Marion, la logique et la bonne foi du Parlement, qui avait commencé par lancer ses inculpations quitte à réunir plus tard les preuves à l'appui. » [La Bretagne, p. 242.)
2. Arch. Nat., H. 630. Récit écrit par un des députés. Laverdy à d'Amilly, 10 et 11 juillet 1764.
Le fait était absolument faux. La Chalotais écrivit à Laverdy que c'était une infâme calomnie et mit au défi d'en fournir la moindre preuve. On n'en a en effet jamais donné aucune. Dans un mémoire du 19 juillet 1764, il démontre péremptoirement la fausseté de cette accusation ; il indique même l'emploi du temps de ses trois substituts. Seul Gault — qui était bien vu du pouvoir — étant allé à sa campagne, à Saint-Didier, lui apporta une plainte contre la brutalité d'un ingénieur, mais le procureur général refusa d'en faire usage.
Toutes ces accusations n'avaient d'autre base qu'une dénonciation faite par un sous-ingénieur au duc d'Aiguillon, et ainsi conçue : « J'appris hier que M. de la Chalotais avait envoyé ses sub-
que le roi les recevrait ce jour à midi, a vaut do partir pour la chasse.
Ils retournent prendre leurs robes et leurs bonnets et s^ont conduits dans le cabinet du preinier valet de chambre. Le roi étant de retour de ■ la messe, ils sont introduits dans son appartement, où se trouvaient IIM, de Maupeou, de t Saint-Florentin et de Laverdy. Le roi était de- ■ bout, sans chapeau; il fait quelques pas vers b*s i députes et leur lit ce qui sait ; i
« Je n'ai pu voir sans peine que dans une oc<ja- ■ <t sion où j'avais donné à mon Parlement les <t pbis jurandes marques de ma confiaueo et où je , <£ ne devais attendre que des témoignages de son H a zèle et de sa reconnaissance, il ait ajouté, par T « un nrrété, compris, contre la règle ordinaire» . (t diiiis sou arrêt d'enregistrement île nra Déela-fl c( rîition du 21 novembre dernier, des objets qui™ (( y étaient totalement étrangers, et qui ne teni( dent qu'à jeter des nuftges sur une administra- « tiou dont je suis aussi content que la province; « ou même à élever des dilllcultés qui pourraient u exciter des divisions entre mes snjots s'ils ni'éw taient moins attachés. Retournez sans délai w dire à mon Parlement que je veux que ceti M affaire n'ait aucune suite. »
fttîhUâ poui' mendie f dc' tous les rccteura (curés) aux environs dQi Rennes dos corlificala portant qno Je»s paroiï^r^f^i» uni été vexées ntinécs eu trnvuux de grands cïioiiiinti. Mutrlrcuil et K«^t\si]]Httti eti f"*iit niitnnl. » (Arcb. mîi», jiisl.^ Dor<illo n d'Ai^nillon, 129 Juin \1W\.) Ctitlo di»iiorin'«li(in ôlnit une ei'reur «m un meneong-o, lJ'Ai-i jfuillon rtil Itî tori de l« prondri* au scrioux et le tort plus ji^'^i'and de trtttnper le iniiiîslro en In lui env^iyanl suns s'assurer de sort i^xjirtiludo. l^> lui l« principe de toute l'nfl'aire. Ainsi de petite ruuttCB viilrnlnont sûuvcmt de graves évinemenia.
Le président de Robien ayant supplié le roi de lui faire donner ses ordres par écrit, il lui répondit qu'il les aurait, et les députés se retirèrent en saluant le souverain.
Au moment où ils étaient près de sortir, le roi appela M. de la Chalotais et lui dit d'un ton sévère :
— « Conduisez-vous avec plus de modération, c'est moi qui vous le dis, ou vous vous en repentirez *. »
Aussitôt les députés, ayant enlevé leurs robes et repris leurs manteaux, allèrent prendre congé du duc de Penthièvre, de M. de Saint-Florentin, de M. de Maupeou, qui leur remit par écrit les ordres du roi ; ils retournèrent le même jour à Paris, d'où ils partirent» le mercredi 11, c( sans avoir été invités par personne à diuer; » ils arrivèrent à Rennes le vendredi 13 juillet 2.
Dès le lendemain 14, les députés rendirent compte au Parlement de leur voyage et de la réponse du roi.
Le langage du monarque était dur et comminatoire. Il couvrait d'une approbation complète le duc d'Aiguillon (celui-ci dut être content, comme le disait Saint-Florentin) ; mais il ne produisit pas Teffet attendu. « Ils sont partis, les uns accablés de douleur, les autres furieux, écrivait Laverdy. Je suis persuadé qu'à leur retour il n'est pas
1. Archives Nationales, H. 630. Laverdy à d'Aiguillon, 11 juillet 1764.
2. Arch. du Pari, de Bret. Lettres des députés des 7, 8 et 11 juiUet 1764. Registre secret, du 26 juin au 16 juillet. — T, IL et T. R. Remontrances du Parlement au roi, imp. in-12, p. 10 et 11.
346 LE DIC r>\UGXJILLO>' ET LA*CnA1.0TAIS
d'elTorls qu'ils no fassent pour exciter les plus grandes scènes*. »
Ce qiii est sur, c'est que le Parlement no fut ni intiraiiJc, ni converti. Dès le IG juillet, il répondait aux injonctions royales en prononçant la scission contre le duc d'Aiguillon-. C'était l^ rupture de tous rapports avec le commandantfl une sorte de mise en quarantaine, une véritabli^ déclaration de guerre, . La Conr arrêtait quq *f pour bonnes et justes causes h elle connues, sieur duc dWiguillon ne sera visité par aucui| des membres de la Cour, à l'exception de ceul qui pourraient être obligés de se trouver chest lui pour les alTaires de Sa Majesté ou pour leun aiïaires particulières, auquel dernier cas ils ei informeront la Cour, chambres assemblées 3,