‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 125 sur 178 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

L' c, AFFAIRE DE BRETAGNE »

I, Hcsilntîon» du dîic d'Ai|jfuîllon, — 11 soripfo h donner démission. — Ouverture de» Etats, ii Nnnles, le l**" octobn 1764. Eetrnît de l'ordre du 12 octubre 1762,

II, Le rôlo de la noblesse dans les Elal»» — Lurliun du pûil vuir sur le idergé el le tiers. — Les cltefa du « Bastion, a

III, Opposition des Etat» h la levée des deux sols pour livre. La chambre des varnUons l'admet et interdit la pi?rceplioii — L'arrt^t du 16 oet^jbrc 1764. — Effet qu'il produit et di^cul^ âions qu'il soulève. — Alliaoce des Etats cl du Parlenient. La correspimdance de Lu Boutdorraayc.

IV, L'attitude de La Ciialotais. — Les prétendues en trevucis avw M. de Kcrgué3f.er tiu rhùtcuu du Bosehet. — Lettres dn miirquTS du Poulpry, — Lettres de Lu Chalolais à son fils. — Elles air jiruuvent nullement un cntnpiot. — Lliifîucnce du duc d'Ai-^ guillon nupri^s du pouvoir.

On aurait tort tle ciboire quo la grande lutte qui allait, pendant dix ans, occuper la France nntit're sons le nom d' << AlTaire ilo Fîi^otugne, » fut la querello d'un lui mini» contre un autre homme, ou même le désaccord passager d*une assemblée provinciale avec le représentant du roi; non, cdle était pins haute et plus importante : c'était la résistance d'une province entière contre les exigences d'un iionvoir aux ahois qui

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ne reculait devant aucun moyen pour remplir un trésor toujours vide.

D'Amilly se trompait quand il disait : « C'est une querelle particulière dont il s'agit et le reste n'est que le prétexte dont on se sert... Querelle occasionnée par l'humeur de trois particuliers contre le commandant, qui ont attiré à leur parti beaucoup de gens qui ne savent pas quelle raison ils en ont *. » Le sceptique premier président ramenait tout à son point de vue étroit et personnel.

L'inimitié entre La Ghalotais et le duc d'Aiguillon, dont nous avons essayé de dégager les causes initiales et d'analyser les origines, fut un des éléments du conflit, mais il y avait au-dessus de cette rivalité particulière une question plus élevée, une question de principe, de légalité et de droit.

Certes, la Bretagne était une province fidèle, elle ne s'insurgeait point contre l'unité du royaume, elle ne songeait point à déchirer le contrat solennel qui, en 1532, Pavait unie à la couronne, mais elle prétendait en faire respecter les clauses. Le titre était ancien, puisqu'il datait de plus de deux siècles : il n'en était pas moins valable. Les conventions de ce contrat synallagmatique continuaient à obliger les deux parties. La prescription ne les avait point frappées de caducité, car, tous les deux ans, elles étaient solennellement renouvelées, à chaque session d'Etats, entre les commissaires du roi et les représentants autorisés de la province.

1. Arch. Nat., H. 630. D'Amilly à Laverdy, 6 juin 1764. D'Amilly à Saint-Florentin, 10 août 1764.

lit

3G0 LE DUC d'aiguillon et la ciialotais "

Que roppositioii bretonne se soit toujours mni> trée politique dans son attitudr!, adroite dans s^^ procédés, modéréti dans ses propos, nous no le prétendons pas ; mais ce que nous soutenons c'est que sa résistance était fondée sur le droi et par suite légilinie.

Apres les vives hostilités récomment ouvertei par le Parlement, le duc d'Aig-uillon ne pouvait voir sans ap|*réhensîon approcher Tépoque d( la tenue des Etats.

Envisageant les difficultés de sa situation, il fit part de ses inquiétudes h son confident habî tuel : « Je vous supplie de demander au roi dti faire rentrer le Parlement do Bretagne dans so devoir, écrivait-il à son oncle Saint-Floreutiu en lui faisant connaître ses intentions d'une mauière si positive qu'il n'ait qu'à obéir, ou de mi permettre de remettre entre ses mains le coinmandement de cette province, dont il ne me ser: plus possible de reniidir les funclions quand j serai calomnié continuellcmcat auprès de Irn, dé crié dans la province et arrêté à chaque instani par le Parlement. » 11 n'admet pas que celtii-ci s'occupe de l'administration : « Si le roi ne pari pas en maître et ne défend pas au Parlement d s'occuper des choses intéressant l'administra tion, cette province tombera dans une anarehi dont il ne sera plus possible de la garanlii Tous les vrais et zélés patriotes gémissent de cette déraison et du mal qui en résulte, et ils sont étonnés de l'indiiterence avec laquelle les ministres traitent cette affaire K » C'est

1. Ârcli. Kat. ^ U. CSO. D*Aigutllûn à Suint-Florentin, 18 août 17(S4,

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le vœu et le langage de tous les despotes.

Les sentiments de Saint-Florentin n'étaient pas douteux : « On paraît toujours disposé, mon cher neveu, à vous soutenir, répondait-il, et à faire finir une affaire aussi indécente et aussi dépour\'ne de raison. Je ferai Tusage que vous désirez de votre lettre. Je la lirai au roi et à son conseil *. »

Mais cela ne suffisait pas au duc. Il adressa au roi lui-même, le 15 septembre 1764, une longue lettre pour se plaindre des « imputations calomnieuses » et des « indécents procédés » du Parlement à son égard. Il demandait une justice éclatante ou même Tenvoi d'un commissaire spécial pour examiner sa conduite 2.

Louis XV répondit en termes bienveillants, mais quelque peu narquois, qui ne durent rassurer qu'à moitié le commandant :

« Mon cousin, je ne suis pas surpris que vous ayez eu toutes les plus jolies femmes, à la Aavacité et à la ténacité que vous apportez à tout ce que vous désirez. Ah! que n'ai-je été comme cela toujours ! Je suis content de vous. Je vous l'ai dit et vous le répète puisque vous le voulez. Mais votre style emporté et plein de **** ne me fera point changer.

« Servez-moi avec probité, vigilance, exactitude et zèle, et comptez avec cela sûrement sur mon appui. Le membre de mon conseil que je pourrais vous envoyer en serait le chef; s'il était plus jeune et moins timide, il irait, mais dans toute autre vue que les vôtres. Sur ce, je prie Dieu

1 . Arch. Nat., H. 630. Saint-Flopenlin à d'Aiguillon, 23 août

2. Arch. Nat., H. 630. D'Aiguillon au roi, 15 septembre 1764.

362 LE DUC d\iguillo>- et la ch\lotais

qu'il vous ait im sa sainte et digne garde» - Versailles, ce 27 septi?mbre 17C4, Signé : Lons*,

Le dauphin, auquel h duc lit aussi part do sâ angoisses, fut uu peu plus encourageant : « Tou ce que je puis vous dire, c'est que les accusations énoncées dans les remontrances, dans des ternu'S obscurs, sont si atroces et si éloignées de la vérité que, quelque désir que la factitm parlementaire ait de vous attaquer, je ne puis croire qu'ils osent en venir jusque-là. Permetlezraoi de me réjouir de voir encore pendant cctlo tenue les affaires du roi entre vos mains 2, ^

Le contn'jtcur général paraissait disposé, lui aussi, à soutenir énergiquemeut le commandant : « Bannissez comme mauvaise pensée, lui écrivail*. il le 30 juin 1764, tout ce qui pourrait voui conduire à quitter la Bretagne; et agissons av«»< beaucoup de Ib^gme, seul moyeu de réussir, a E^ encore, le 20 juillet : ce Convenez que si ceci vou dégoûte de la Bretagne, vous devez nie pardon ner de n'avoir pas pris de goût pour le contrôllj général et de regretter Thonnête médiocrit dans laquelle je vivais avec une considération au dessus de celle qu'on y acquiert ordinairement^.

Quoique membre du Parlement, Laverdy et avant tout guidé par Fimpérieux besoin de procurer des fonds, pour combler le déficit crél pai^ la guerre et les prodigalités royales; il cï efl

1. Arcb. Nal», H. 630. Cette lettre aiïtog-raplie de Louja XV, i format petit in-4*, est soeUée des arinea de Fraiure, Au d<J tt»i écrit : A mon cousin^ te duc d'Aig^uînûiK Le uiiut iuffocé Vi été pur le roi lui-mémo et remplucé par de petites croix*

2. Arch, Nat., li. 630. LeUre Qulographe du iluiiphin, 23 tembre 1764.

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