‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 135 sur 178 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

L Les Ëtuts rcfuBetit de voter 1p5 impôts, ^ Ils opposent lo (tm^ dMiierlîe, — loaistanoe des tninisfres. — Li?s Ktats arrordeul etifiw les demandes du roi, exreplé le « secoure extraordiii<iire« * — Chanson contre Laverdy,

IL Motion pour le relroii de l'arrêt du 11 juin 1703 sur la nominatÎHni des maires. — Vive:^ discussions entre le tiers et 1» noblesî^e. — Les notaires sur le o théâtre, m -^ Lettre du roi «u* Etats. — Lu noblesse résiste ù toutes leâ inslauces. — EU» refuse itéruiîvemeni le ix secours extraordinaire, a remplaçant; ies sols pour livre.

m. Lettre pnrlieulièrc du roi îi la ru*blesâe. — L^avîs de M. de Kerguézee. — 11 autorise iVjnprunl de 700,000 livres, saa« accorder le « secours extraordinaire, d — Luetîon de LnCbnlolais. — Nouvelle lettre du rui» — L avis de M. de Kerg-iiéxer e«l adopte par la noblesse le 22 février 1765 et finalement pur les Etats.

IV. Le bai! des devoirs. — La « Société palrjoiif|ue, u ^ L'adjudîeation. — Le rôle de lu noblesse*

y. LWtTnire des ^^randâ clif^mins. — Les abus : garnisons, nombre excessif des routes ouvertes, mauvaise délïmitution des tûehes, — Le duc demande une enquête. — Auprès de qui sera-t-clle faite? — Nauvelle lutte entre la noblesse et lo tiers, — La lettre de M. de Bé^asson ù La Cbalotats, ^ — Loi résultats de l'enquête, — Sonl-ils probtinls ?

Yl. Derniers débats. — Les sols pour livre des fermes. — Etuien ils compris dans le « sec<<urs extraordtniiire ? » — L'arrél* royal du l'i mars 176j décide la négiilive. — Le rôle de 1 op position. — Clôture des Etnts It; 1" avril 17C5.

Nuus avons laisse les Etats sous le coup tie TarW't (]ui cassait leur opposition à la levée dea

deux sols pour livre. Ils désignèrent trois députés chargés d'aller porter leurs doléances en cour : Mgr de Farcy de Cuillé, évêque de Quimper, M. de Kersauzon de Goëtanscours et M. Guérin de Beaumont, député de Nantes.

Puis ils cessèrent tout travail. C'était leur manière de témoigner leur mécontentement. Ils opposaient la force d'inertie aux instances de leurs présidents, se perdant en d'insignifiants détails et saisissant toutes les occasions de manifester leur mauvais vouloir.

Un jour, M. de Langourla demande une marque distinctive pour les membres des Etats, et ceux-ci discatent sérieusement cette motion bizarre.

Une autre fois M. de Pire, l'une des têtes les plus échauffées du bastion, * se plaint du chef de bureau de la Commission intermédiaire, nommé du Dézert, qui n'a pas obéi assez tôt à l'injonction de lire une lettre du duc d'Aiguillon. Du Dézert est révoqué séance tenante 2.

1. Pire, qu'on appelait le petit Pire, pour le distinguer de son père qui siégeait en même temps que lui, n'avait que vingt-six ans. Pierre-Marie de Rosnyvinen, comte de Pire, était né à Rennes le 28 juin 1739. Il épousa, en 1773, Hélène Eon du Vieux- Ghàtel, et mourut à Rennes le 7 février 1802. Son père, Guillaume de Rosnyvinen, marquis de Pire; né le 1"' septembre 1712, avait épousé, en 1732, Louise de Visdelou de Bienassis, et mourut à Rennes le 16 mars 1796.

2. C'était un bon employé qui avait plus de trente ans de services ; il fut rétabli dans ses fonctions à la fin de la tenue.

« La comédie de M. de Pire et de ses adhérents par rapport au sieur du Dézert est révoltante, écrit le ministre. Si ce gentilhomme continue à troubler les Etats et à s'occuper comme il le fait du soin de les lier avec le Parlement et de vous discréditer, il faudra bien en venir à prendre contre lui quelque parti de rigueur. » (Arch. Nut., 0' 460. Laverdy à d'Aiguillon, 9 novembre 1764.)

LE DUC D AIGUILLON ET L.k CHJLLOTAIS

Un autre jour, la noblesse en masse refuse d'al- j 1er dîner cliez l'évêque de Nantes et chez M, d^fl Coniac. n C'est ce que ces messieurs appellent :\' mt^tlre les présidents en pénitence, » dit Tintendant *, (9 novembre.)

Enfin M. de Pire s'avise de proposer à l'assemblée de réclamer le rappel des trois magistrats mandés à la suite de la cour. Des députes vont présenter la reqnôte au duc, qui répond qu'il n'a pas à se mêler de cette affaire^ mais qu'il écrira cependant en faveur des mandés. Il s'empresse en même temps de rappeler aux Etats qu'ils ont à délibérer sur les demandes du roi et que ce serait le meilleur moyen de se concilier ses bonnes grâces -. (20 novembre.)

Naturellement le ministère refuse et Saint-Florentin profite de la circonstance pour adresser à d'Aiguillon un témoignage explicite d'approbation ; (( Sa Majesté eut été heureuse de déférer à votre prière, et de vous donner une nouvelle preuve de la satisfaction qu'elle a do la conduite que vous avez tenue depuis que vous commandez dans la province, et de votre administration dans toutes les parties sur lesquelles elle s'étend.

1, Arcli, d'U,-et-Vn., C. 1773. L'intendant iiuï miuîstres» 9 no¥, 1 Ï7ti4. — - L'intendant Le Bret rendiiît cûmpte jour par jour dfs sêttnfeB des Etats. Ces ïcUrCâ sont ndrcasées en tripJe expédition lîu duc de Penthièvre, au contrôleur général et à M. de S ni rit- Flore 11 tin,

2, Celle analyse de» délibémtionB de» Etala de 1764-65 est faita 1 d'ttprès les documents nutheiitiqucâ : Registre des procès-ver- 1 baux, Arfh. d ll-ct-Vil., C. 26(rl ; minutes du greffier ot pièces à rappui, C, 2mù et 2H3Î ; UtiUetin d«s séances, C, 1776 et 1777 rj Correspondaufe de rinlendaut, C. 1771, 1772, 1773, 1774^ 1775; [ et Arch. Nat., B, 358 et 631, Lettres de d'Aiguillon et des mîma- ] très.

Mais elle n'a pas lieu d'être assez contente des Etats pour condescendre à une prière que vous faites sur leur invitation ^ »

Visiblement les Etats s'attardaient à des vétilles. Sans doute au désir de prouver leur mauvaise humeur se joignait l'intention d'attendre la rentrée du Parlement et les décisions qu'il allait prendre. Celui-ci, comme nous le verrons, se lança dans la voie de la résistance et ne recula pas devant les résolutions audacieuses. L'opposition des Etats en fut encore raffermie et l'union des deux corps parut plus sensible.

On raconta même que le bastion avait établi des relais de Nantes à Rennes pour assurer des communications plus rapides, mais c'est une pure légende pour laquelle il n'y eut jamais la moindre apparence de preuve.

Les défenseurs des Etats expliquent du reste la prolongation de la session par deux causes : d'abord l'impôt que l'on continuait à percevoir malgré leur interdiction : « Toutes les difficultés eussent pu s'aplanir dans un moment, il n'y avait qu'à arrêter la levée et requérir le consentement des Etats qui, en le donnant, auraient donné main-levée de leur opposition comme ils ont fait dans la suite. En second lieu, le désir extrême qu'avait alors M. d'Aiguillon de trouver dans la délibération des Etats son apologie personnelle contre les remontrances du Parlement relatives à son administration des corvées 2. »

1. Arch. Nat., H. 631. Saint-Florentin à d'Aiguillon, 23 novembre 1764.

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