Révonse des Etats, p
394 LE DUC d'aIGUILLOÎ^ et la CHÂLOTA.IS
Il fallait cependant en finir; doux mois s'étaient déjà écoulés et T As semblée n'avait pris que quelques décisions sans importance. Les ministre pressaient et racnaraient : « La bonté du roi s lasse des excès de la noblesse, dont je ne croii pas qu'il y ait encore en d'exemple, dit Laverdy Sa Majesté est disposée à faire sentir son resseiv timent aux membres de cet ordre qui, par uu empire injuste, y font prévaloir leurs opinioQS séditieuses K »
Et Saint-Florentin : « Je pense comme vousqu*^ nous ne sommes peut-être pas éloigjiés de voir un»' révolution en Brf^tagne et je conviens que notre conduite est mauvaise et que nous sommes trop faibles. Aussi je ne cesse de dire qu'il n'y a plus d'administration et que je ne connais plus de moyetis de faire obéir le roi, mais je ne poux rien faire tout seul et donner du courage à ceux qui n'en ont point'-. »
Cette allusion à Laverdy ne prouve pas que Tentente fut parfaite dans le ministère. Du reste, le contrôleur général se répand dans ses lettre en confidences attristées, et il montre à nu sa faiblesse de caractère entremêlée d'emporté ments subits.
a Jugez de la position du pauvre diable, écrit il à d'Aiguillon, qui coudait uue administration où il dépend également, par la pénurie oxtrômi où elle est réduite, et des financiers et des raa^ gistrats qui le détestent également. »
1. Aveh, Nat,, 0< 460, Laverdy îi d'AipiiiUon, 5 décembre 17«.
2. Apch. Niit, H. 631, Saïut-Florentiii u d'Aig^iun^in. Confi-^ dentiene, novembre 17G4.
Il voit partout Tanarchie : « Nous payons aujourd'hui les fautes de nos prédécesseurs. On n'a point de confiance dans T administration. A-t-elle voulu être sévère ? On lui en a fait un crime. Veut-elle être douce? On prétend s'en moquer. Allez, monsieur le duc, quand les têtes d'une nation sont renversées, quand dix-huit millions d'hommes ne sont plus à leur place, on ne remet pas l'équilibre aisément ^ »
Choiseul est aussi pressant : « Nous sommes fort préoccupés ici de vos affaires de Bretagne, le trouble et la confusion que plusieurs membres de l'ordre de la noblesse causent dans l'assemblée, dont ils empêchent l'activité et les délibérations par leur mutinerie et leur entêtement, deviennent intolérables et entraîneront nécessairement la séparation des Etats 2. »
Enfin l'Assemblée se décida. Le 9 décembre,
1. Arch. Nat., H. 631. Laverdy à d'Aiguillon, 29 octobre, 11 novembre 1764. Souvent, à la lettre officielle, Laverdy ajoutait de sa main un post-scriptum où il s'épancbe en lamentations inquiètes : « C'est à votre sagesse et à votre prudence à tâcber de terminer tant d'embarras et d'éviter ces malheurs à la province et au roi. Malheureusement vous êtes pour ainsi dire seul et moi aussi, mais le bien du service nous anime également et il ne faut jamais désespérer du salut de la république, tant qu'elle est encore en vie. (Arch. Nat., H. 625. Laverdy à d'Aiguillon, 28 oct. 1764.)
« Je suis toujours dans le chagrin, monsieur le duc, lorsque je pense à votre province. » (11 novembre 1764.)
« Je travaille douze à treize heures par jour. » (27 déc. 1764.) « Je vois les suites affreuses de tout ceci comme une punition de la Providence, et, malheureuse victime de sa rigueur sur moi, je me dispose à avaler le calice de l'amertume qu'elle me prépare jusqu'à ce que ma santé, anéantie par de si grands labeurs, ait fait cesser mon existence physique ou qu'une heureuse révolution m'ait conduit à un sort plus digne d'un véritable citoyen. (Arch. Nat., H. 631, 3 février 1765.)
2. Arch. Nat., H. 631. Choiseul à d'Aiguillon, 9 novembre 1764.
396 LE DUC d'atguillon et la. ch^lotais I
les trois ordres votèrent les crédits demandés I la eapîtatiori, les vingtièmes, les fonds pour II oasernemeot, les milices, les garde-c<5tes. Mail ou nV>sa même pas leur présenter u le secourJ extraordinaire, a qui comprenait les fameux son pour livi'e, et une demande incidente d'abonnemeni de cet impôt fnt aussitôt rejetée par la uobiesâJ à la majorité de 129 voix contre 89. ^|
Le parti pris de ne pas céder était évident^^ La noblesse avait été d'ailleurs gravement froissée de certaines menaces et de quelques expressions blessantes contenues dans des lettre8| de Laverdy qui avaient transpiré. Deux d'entrâ| elles furent même lues publiquement et provo quèrent un mécontentement si rit qu'on songea à en demander raison. Le contrôleur généra parlait notamment, au cas où la noblesse pcrvsisterait dans son refus absolu, de faire juger la question des deux ordres contre un dans un conseil composé de tous ceux de Sa Majesté réunis. C'était le retour à Tordre de 1762, qu'on venait de supprimer. Une autre lettre était conçue en termes bizarres, elle fut aussitôt tournée en ridicule et devint la risée du public. En voici les^premières lignes ; (f En vérité, monsieur le duc,f la folie des Etats devient incurable, il ne reste plus d'autre parti que de faire régler au ConseilJ Tallaire des trois ordres, et après cette décisioc solennelle il n'y aura plus de remède. Demandeal donc bien à M. de Kerguézec si son intention etl celle de la noblesse est que toutes les imposi* lions cessent en Bretagne, Croit-il que toutes les] autres provinces du royaume paieront pour les! Bretons?... On croii^a que ce que je vous mande]
est un conte; je puis cependant vous assurer, monsieur le duc, que c'est la vérité ^ »
La parodie obtint un vif succès, elle suit fort exactement le texte. C'est une chanson sur Tair : Accompagné de plusieurs autres.
En voici quelques couplets :
1. Bibliothèque de rArsenal. Portef. 86, n« 3609. Laverdy à d'Aiguillon, 4 décembre 1764.
Archives d'Ille- et -Vilaine, G. 1773. Le Bret à Laverdy, 11 et 15 décembre 1764; Laverdy à Le Bret, 18 décembre
Laverdy prétendit qu'on avait falsifié son texte : « Je n'ai point du tout été étonné qu'il eût passé par la tête des cabaleurs dans la noblesse de faire porter des plaintes au roi par cet ordre sur mes lettres, que M. le duc d'Aiguillon a jugé à propos de confier à M. le duc de Rohan pour que cet ordre ne pût pas prétendre cause d'ignorance des suites qu'aurait enfin sa résistance opiniâtre aux intentions de Sa Majesté. Vous avez su que les expressions de mes lettres avaient été falsifiées et tronquées dans des copies informes prises pendant qu'on en faisait lecture. » (Archives d'Ille-et-Vilaine/ G. 1773. Laverdy à Le Bret, 18 décembre 1764.)
M. Marion écrit : « Ges lettres étaient ostensibles et ce ne fut pas par noirceur, comme on l'a prétendu, mais bien pour se conformer aux intentions du contrôleur général, que d'Aiguillon en donna connaissance à plusieurs gentilshommes qu'on espéra ramener par ce moyen. » (La Bretagne, p. 282, note 2.)
Laverdy dit formellement le contraire : « Ma lettre n'était point faite pour être communiquée à la noblesse... J'ai vu la chanson qui est si plate que je voudrais que le poète eût le privilège exclusif de faire des vers contre moi. » (Arch. Nat., H. 631, Laverdy à d'Aiguillon, 30 décembre 1764.)
Voici le passage de la lettre adressée par l'un des « mandés, » M. de Montreuil, à son oncle, M. de la Bellaugerais : « La lettre du contrôleur qui a été lue à la noblesse le 9 de ce mois (décembre 1764) est tout à fait folle. Convient-il à un apprenti ministre de traiter un corps assemblé comme celui de la noblesse de réifoîté et de déraisonnable ? Si cette lettre a été écrite pour être lue à la noblesse, elle est folle et indécente. Si elle a été écrite pour le duc seul, il y a bien de la noirceur à lui à l'avoir rendue publique. » (Montreuil à La Bellangeraîs, 16 décembre 1764. Procès instruit, I, 373.)
398 LE DUC d'aiguillon et la* CHALOTAIS,
Kn vêrilé. monsieur le duc.
Vos Klals ont lo mal caduc.
Et leurs accès sont effroyables ; Sur mon honneur, ils sont si fous Qu'il nous faudra les loger tous, Sous peu de Jours, aux Incurables.
Je vous dirai premièrement Que les Bretons, certainement, Doivent être contribuables, Et tous ceux qui refuseront Aux yeux du Conseil paraîtront Révoltés et déraisonnables*
Voire monsieur de Kerguézec Qu'on donne pour un si grand grec Et tout Tordre de la noblesse Pensenl-ils nous foire la loi, Et que tous les sujels du roi Paieront pour les tirer de presse ?
Je vous dirai troisièmement Que les mandés du Parlement Sont quilles de reconnaissance Vers les gentilshommes brelons Qui, se conduisant comme ils font, Ont retardé leur audience.
Mais je ne dois pas vous céler^ Ni vous, leur laisser ignorer Que tous les jours le roi s'irrîte ; Hier il disait hautement A quel point il est mécontent Des Etats et de leur conduite.
Ceci, de l'un à l'autre bout,
Semble un conte à dormir debout ; Mais cependant je vous assure Que les trois articles présents, Et le dernier très nommément, Sont la vérité toute pure.
Vous connaissez l'attachement Et tous les autres sentiments Avec lesquels j'ai l'honneur d'être Votre très humble serviteur.
De Laverdy, le contrôleur.
Publiez, s'il vous plaît, ma lettre.
Réponse de d* Aiguillon à Laverdy :
Vos ordres ont été suivis, .
Et dès dimanche avant midi
Rohan publia votre ouvrage :
A l'instant ils crièrent tous
Que tous les deux nous étions fous,
Mais que vous l'étiez davantage *.
On chansonna aussi Tédit du 17 décembre 1764 sur la libération des dettes de TEtat. Voici quelques couplets de cette parodie :
Sur l'air des Feuillantines,
L'Averdy prêche aux Etats Qu'on est las
1. Biblioth. de l'Arsenal. Porlef. 86, n« 3309, et Arch. Nat., H. 631. — Celte chanson a été publiée dans le Chansonnier historique du XVIII' siècle, par E. Raunié, t. VIII, p. 29, en 1883. Elle l'avait été à l'époque dans le Procès instruit, qui donne le texte de la lettre et les couplets en regard. {Procès instruit, II, 403-409.) — On l'attribua à l'abbé de Boisbilly.
De leurs ennuyeux débats ; Il raisonne dans son sLyle Comme un contrôleur habile.
Avez-vous vu son éUit
Plein d esprit?
En deux mots i! a tout dit ; Kn moyens il est fertile, C'est un contrôleur habile.
Il sait faire en un moment,
Sans argent, Délirer le Parlement, Aux Choiseuls faire la nique, C/est un contrôleur unique ^
Cependant, la noblesse pai^aissant intraitable, on passa k la discussion du bail des dovoirs nu impôts des boissons, qui était urgente, car le bail expirait le 31 décembre.
Mais là encore une question délicate se posait : acceptcrait-ou le sol pour livre voté en 1762 sous forme de secours extraordinaire?
De longs débats s'engag-èrent et occupèrent plu* sieurs séances; le duc d'Aiguillon dut entrer aux Etats, la noblesse céda enlin et accorda le sol poui' livre en sus de la taxe principale, pour 1765 et 1766^ à la condition que cet impôt additionnel tût sou mis alors à un nouveau scrutin et an consentemeni unanime des trois ordres. Elle atGrniait ainsi son droit. On accepta la formule. « L'affaire capitale
1. Procès instruit, I, 3fi8-37lX — Celle chcinson fut saisie dam les papier» f)o M, de la Bdkiij|<eruîé. Il en existe «yx Arebivo) du Porleaieut plusieurs extfcnpïfliresi. manuscrits. Elle a éUV pu. Mié<» dans le Chamùnnier hiatorlgue de Ruuiiié, VIIJ, 35.
des commissaires du roi était d'avoir de l'argent, peu leur importait la dénomination sous laquelle il était payé ^ )> Les Etats consentirent même à présenter requête au Parlement pour que, malgré l'interruption de la justice, les fraudes et délits contre la régie continuassent à être poursuivis et réprimés 2.
Presque tout le mois de janvier se passa en débats sans importance et sans intérêt 3. On attendait les décisions du Parlement, qui était dans la plus grande effervescence.
Les Etats résolurent de demander le retrait de l'arrêt du 11 juin 1763, qui subordonnait la nomination des maires à l'approbation du commandant. Les trois ordres étaient d'accord sur ce point; il souleva cependant un des plus violents orages qui aient encore agité l'assemblée.
Le tiers avait été blessé de quelques expressions d'un mémoire de la noblesse ; d'autre part, celle-ci soutenait que son « avis » était non seulement de faire réclamer le retrait de Tarrêt par les députés en cour, mais d'inviter sur l'heure le duc d'Aiguillon à le demander. Là-dessus l'on s'échauffe. La séance du 21 janvier tout entière est occupée par cette querelle. La no-
1. L' Administration des Etats de Bretagne, par N.-L. Caron, p. 326.
2. Arch. d'il. -et- Vil., G. 1774. Le Bret à Laverdy, 8 et 15 janvier 1765.
3. « Plusieurs jours furent perdus en parlementâmes (?) inutiles, » dit M. Marion. (La Bretagne, p. 283.)
402 LE DUC d'aiguillon et la chalotais
Liesse reste seule sur le lliùàtre; irritée do bi décision prise à la majorité des deux ordres i*tj voyant eenx-ci résolus h ne pas tenir compte (U son a\âs, elle recourt au moyen mi peu i.Uran^'eJ déjà plusieurs fois employé, de faire constab^rj celui-ci dans im acte autlientique rédigé par deux] notaires. En ciïet, en cas de partage, Topinion clo-J I Tordre opposant n'étfut pas mentionnée au procès-verbal.
Le lendemain matin 22 jamier, les gentils* hommes veulent introduire les doux notaires dcUi:* j la salle. C'était intenlît, les membres des Etats I pouvant seuls y pénétrer. Les présidents dei Tcglise et du tiers avaient renouvelé cette défense, La consigne avait été donnée au cavalier , de garde par le grand prévint de la maréchaussée.
Les genlilshoinmes s'informent, s'inquièteaL Le prévôt leur dit qu^il ne peut laisser passer desl étrangers. Ils s*emportent. Une bruyante disons* 1 sion s'élève. On crie au président, M^^ de Farcy, j qu'il insulte la noblesse, qu'il se déslionore.
Le duc de Rohan supplie en vain ses collègues de se calmer. Us déchirent que si on nel permet pas aux notaires d'euir#r, ils vont se retirer. Et de fait, Kerguézec, Pire, Coëtanscours les entraînent, ils sortent sous le cloître qui longe la salle.
Les deux notaires, Coiscaud et Leloup, y at-l tendaient en se promenant. Une idf'^e traverse j les têtes déjà surexcitées. Ils imaginent dt? faire j pénétrer de force les deux tab<dlions : ils les en- 1 tourent, s'avancent avec eux, re]ioussent violem- ' ment le garde et les portent jusqu'au pied doj l'estrade du présideuL
M^*" de Farcy leur ordonne de se retirer. Ils ne bougent pas. Il enjoint au grand prévôt de les faire sortir. Alors de violentes clameurs s'élèvent, le moment est critique : si la maréchaussée avait tenté de mettre les notaires dehors, la noblesse, qui formait un cercle autour d'eux, aurait fait un mauvais parti aux « enleveurs^ »
Les officiers publics dressent leur procès-verbal, constatent Tavis de la noblesse et demandent froidement aux deux présidents de Téglise et du tiers s'ils n'ont rien à ajouter. L'évêque répond en leur ordonnant de sortir de l'assemblée; il leur dit qu'ils sont bien téméraires d'y être restés contre ses ordres. M. de Goniac s'unit à ces paroles 2.
Le calme se rétablit peu à peu. A ce moment, le duc d'Aiguillon, prévenu sans doute de cet incident extraordinaire, fait informer les Etats par son capitaine des gardes qu'il va entrer à l'assemblée à midi.
Le commandant se présente avec le cérémonial ordinaire; il prononce une allocution très pathétique dans laquelle, il déclare qu'il ne se ven-
1. Arch. du chat, de Laillé. Correspondance de La Bourdonnaye. Lettres des 21, 22, 23 janvier 1765. Arch. d'Il.-et-ViL, G. 1774. Le Bret à Laverdy, 24, 25 et 30 janvier 1765, — Arch. Nat., H. 625. D'Aiguillon à Laverdy, 22 janvier 1765. « M. de Quimper, voyant cet excès de déraison et d'emportement et craignant qu'il n'y eût du sang répandu, a renoncé à les faire sortir. » — Mémoire pour d'Aiguillon, p. \23,
2. Le procès-verbal des notaires mandés aux Etats le 22 janvier 1765 fut présenté au Parlement le 15 avril par MM. de Bégasson et de Pontual, et la Cour en ordonna le dépôt au greffe par arrêt du 16 avril 1765.
Un second procès-verbal, dressé à la séance du 26 mars 1765, fut déposé au greffe le 19 avril 1765.
404 LE DUC d\\iguillon et la chalotais
géra de tout le mal qu'on lui tJiprehe que par do nouvm^ujx hienfaits; piiis il fait lire une lettre adressée directement par le roi aux Etats. Cette lettre était dure et menaçante.
(t Votre ansomLIée dégénère de plus on plus en discussions et en tumulte, disait le roi. Les affaires de notre Etat en souffrent, celles de la province déjicrissent et les peuples rpii la composent en sont les victimes. Vous ne pomn'iez donc considérer trop sérieusement qu'il ne nous serait pas possible de laisser les choses dans une pareille situation sans manquer à ce que nous nous devons à nous-méme, à notre Etat et sui*tout au peujjle de la province Jont les intérêts nous sont coHiiés. Après en avoir usé en père, nous nous trouverions bientôt dans la nécessité d'agir en fl maître et d'user du pouvoir souverain que nous tenons immédiatement de Dieu, dont nous ne sommes comptable qu'à lui seul, pour vous commander et pour vous conduire. Nous ne le déploierons jamais si nous n'y sommes forcé par vos écarts. fl
« Vous devez donc revenir sans différer à une , conduite plus réglée et plus soumise, et pour nous donner une première marque de ce retour que nous voulons bien attendre de vous, il ne peut vous rester qu'à ol)éir aux ordres que nous vous donnons aujouï^riiui. »
Et le roi ordonnait de délibérer définitivement, dans les 54 heures, h peine de désobéissance, le secours extraordinaire et sans aucun délai les auti'és demandes et sur les affaires ordinaires *,
1. Aroh. Not,, H. 625. LoUro du roî du 17 janvier ITfjô, contre
Après cette lecture, le duc fait de nouveau un appel chaleureux aux sentiments chevaleresques de l'assemblée et se retire. La lettre avait produit une vive impression. Les ordres délibèrent.
Le tiers est d'avis d'accorder. La noblesse, encore houleuse, est près de céder; pourtant 112 voix contre 110 repoussent le secours extraordinaire. Alors l'église tarde à délibérer, espérant que la noblesse reviendra sur son vote.
Pendant la soirée, le duc fît les derniers efforts pour gagner quelques suffrages. Mais l'opposition travailla de son côté. Elle battit le rappel des absents, dans la nuit on courut chercher les gentilshommes qui se trouvaient aux environs de Nantes ; et le lendemain, 23 janvier, il y avait quarante membres de plus.
Est-il vrai qu'on leur persuada que le vote du secours extraordinaire aurait pour résultat d'augmenter les droits sur les vins ? Dans l'assemblée même, le duc fit circuler des billets écrits de sa main pour le démentir.
Enfin le duc de Rohan exhorte vivement ses collègues à se soumettre et à consentir. Il était midi. On va au scrutin et le secours extraordinaire est rejeté cette fois par 152 voix contre 111. Il y avait donc 41 votants de plus que la veille, sur lesquels 40 avaient voté contre.
signée Phelipeaux. — Cette lettre, où il n'est question que de commandement et d'obéissance, n'est guère compatible avec les prérogatives d'une assemblée délibérante ; aussi elle fait toucher du doigt le point délicat qui engendrait tant de difficultés aussitôt que les Etats résistaient aux demandes du roi.
Maigre tout, Rohan adresse de nouveau de pressantes représentations à la noblesse sur les dangers auxquels son obstination expose la province. Mais tout est inutile et Tordre oldlge son président à donner communication au clergé de la décision qu'il vient de prendre.
Il étîdt à ce moment trois heures. L'église tarde encore à délibérer, afin de reculer une decision dont elle comprend toute la gravité.
On savait, en efTet, que le commandant avait reçu Tordre de dissoudre les Etats, en cas de refus, avec des lettres de cacht^t en blanc pour faire enfermer quatre gentilsltorames et en exiler quatre autres.
Afin d'éviter cette extrémité, d'où une révolution f>ouvait sortir, le duc envoie dire à la noblesse que si elle consent à voter le secours extraordinaire, il Tantorisera à le fournir par emprunt et qu'il se fait fort d'obtenir une réduction de 100,000 livres sur la capitatîon. Elle reste insensible à ces concessions.
Toute la soirée se passe en discussions et en pourparlers d'ordre à ordre. Un gentilhomme propose même à' offrir au roi, comme une sorte de deuxième don gratuit, les 700,000 livres demandés, tout en maintenant le refus du secours extraordinaire. Mais Ti'glise repousse cette combinaison trop subtile.
A minuit, les ordres sont encon* aux eluimbres. Les présidents, exténués, quittent la salle. Les disputes se prolongèrent toute la nuit entre les plus animés *.