‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 137 sur 178 · Arch. d'a-et-Vil, C, 1774. Le Bret ù Lovei"dj% 25 jnnvier · texte numérisé non relu

Arch. d'a-et-Vil, C, 1774. Le Bret ù Lovei"dj% 25 jnnvier

Le lendemain matin, 24 janvier, Içs choses étaient au même point. Le délai de vingt-quatre heures, fixé par le roi, était déjà doublé ; il fallait pourtant en finir^ Tordre royal ne pouvait rester lettre morte.

A une heure, le duc d'Aiguillon entre à l'Assemblée et demande au président si les Etats ont pris une délibération.

L'évêque répond : Non, les trois ordres ont émis trois avis différents ; le clergé et le tiers ■ accordent, la noblesse refuse.

D'Aiguillon fait donner lecture des trois avis et dit que ce n'est pas une décision conforme à, l'ordre du roi. Il demande au duc de Rohan s'il a bien instruit messieurs de la noblesse du danger auquel ils exposent la province.

Rohan répond qu'il a fait tout ce qui dépend de lui pour décider ses pairs; mais ils objectent l'impuissance des contribuables, l'énormité des dettes contractées et la multiplicité des intérêts à payer.

Le commandant tente alors un dernier effort, en quelques mots émus : « Il ne peut se persuader, dit-il, que la noblesse de Bretagne qui, dans tous les temps, a donné à Sa Majesté des preuves de son zèle et de son amour, veuille dans ce moment lui refuser un secours que toutes les autres provinces paient par imposition, il en a le cœur navré. Malgré les ordres qu'il a reçus du roi et qui ne lui permettent pas de différer, il prend sur son compte un délai de vingt-quatre

1765. Correspondance La Bourdonnaye, lettres des 22 et 23 janvier 1765.

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heures qu'il accorde aux Etats, vu qu'ils ont passé la nuit pour essayer de se concilier l. «

Après ce discours, la séance est levée.

Le 26 janvier, les discussions et les pourparlers recommencent. Les uns veulent surseoir parce que le Parlement, ayant reçu des lettres de jussion, doit, assure-t-on, en délibérer le 26; les autres représentent que les droits qu'il s'agit d'augmenter ont été affranchis de toute surtaxe par les titres les plus autlieiitiques, que Fou ne peut assimiler la Bretagne aux autres provinces.

D'Aiguillon informe les Etats qu'il attend leur décision.

La noblesse répond qu'il y a arrêta puisqu'il existe trois avis diiFérents. Malgré cela, les deux ordres se retirent dans leurs chambres pour délibérer de nouveau. A huit heures du soir, I\L Le Gualés donne lecture à la noblesse d'un mémoire destiné à justifier son refus. Il est adopté* La séance se prolonge jusqu'à onze heures; après trois jours de débais, on est toujours au même point.

Enfui, le 26 janvier, le due d'Aiguillon parait aux Etats à deux heures; il fait transcrire sur le registre la lettre du roi, puis il prie chacun des présidents de lire Tirvis de son oi'dre, il eu exige une copie certifiée et signée* Ce sont toujours les mêmes : acceptation par l'église et le tiers, refus par la noblesse. Il demande s'il doit envoyer en cour le mémoire de celle-ci et ajoute que le roi s'est réservé de statuer en son Conseil,

1. Arcb^ du chiU. de Laîllé. Corrcàpcuiduiicc Lu Bourduniifiyt', *à janvier 1765.

La noblesse répond d'une voix unanime : Oui. Le duc dit qu'il en sera fait ainsi et se retire ^ Le refus était formel et définitif.

Qu'allait faire le ministère? On croyait k la dissolution. « L'ordre de deux contre un nous viendra... On s'attend au château (chez le duc d'Aiguillon) à la séparation, et cela n'est pas sans apparence, écrivait le correspondant de M. de la Bourdonnaye -.

Le duc, en effet, rendait compte jour par jour au contrôleur général de ces incidents, et il ne voyait pas d'autre moyen de vaincre la « cabale parlementaire » qui arrivait « au comble de l'indécence et de la déraison. » « Elle veut culbuter l'administration de la province pour remplir ses

1. Ces discussions prolongées ne furent pas, on le pense bien, sans provoquer des altercations et des violences.

« Nous sommes sens dessus dessous, écrit un témoin oculaire. Les ordres divisés, les personnalités d'ordre à ordre. Tout ce qu'il y a d'odieux dans les affaires publiques se trouve réuni à notre tripot. La noblesse est très ferme, elle parait fort unie, parce que ceux qui sont d'avis contraire n'osent se mettre à découvert. L'assemblée est pleine conime un œuf et on ne peut s'y tourner depuis quatre jours. Il y avait au plus 150 gentilshommes les jours précédents. » (Correspondance La Bourdonnaye, 27 janvier 1765.)

Une altercation s'élève entre le chevalier de Pontual et l'évêque de Léon ; le premier dit à Mgr d'Andigné qu'il parle en homme qui ne peut lui rendre raison d'une insulte. — L'évêque réplique qu'il n'y a pas moyen de travailler ai^ec ces gens-là. — Pontual s'emporte et crie que c'est ajouter injures sur injures. (Arch. Nat., H. 631. Anecdotes des Etats de 1764-65. Ce long et curieux mémoire est rédigé sous l'inspiration de d'Aiguillon et corrigé de sa main.)

2. Arch. du château de Laillé. Lettres des 27 et 31 janvier 1765.

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vues particulières, disaît41 encore; on fera passe ceux qui céderont, daus le peuple et les bonr^^ geois, pour des traîtres à la patrie. Je regarda donc la séparation des Etats comme inévitable^ si je no peux pas les ramener par la douceur la patience, seuls moyens que je puisse em-J ployer désormais ^ »

11 est désespéré, et ne voit plus a quel procédél recourir pour vaincre cette obstination irréduc-^ tible : « L'ordre de la noblesse est plus dérai-^ sonnablc, plus violent, plus emporté que jamfnsi je perds toute espérance de le ramener pan quelque voie que ce soit» M. le duc de Rohan pense comme moi et il en a le eo:nir navré,.. J<^ ierni connaître au roi Texcès de leur déraison et de leur violence. »

Et encore : « L*idée est cpi'il ac faut pas qnc^ les Etats abaadouuent le Parlement qui s'est sacrifié pour eux... Je perds tous les jours mon crédit sur la pro\ànce et les ennemis de rautorilél du roi en acquièrent à proportion. J'en sera

1. Arrh. Nul,, H. 358. D'Ai^uiUon h Loverdy, 27 dé^!ombre Md'i, 3, 8, 24 janvier 1765.

Ciiuns encore, pour ôtrc împarllal. cette lettre qui est sujette' I rauttoD. « Tout le monde est persuadé que le Parlement soutcnanl^ les Klals, ils pouvaient refuser le secours exlraordituuro snn» craindre les suites de leur désûbéissauce, parce que, s iL** étaient] sr^parés, il*j foreeruient bieulAi le roî a les ossemhler et u Im^ rt'tablîr dnns Imus leurs privilèges et mt^me u les nugnienler — Mnig-ré ce délire presque général, plus de cent gentilsbomniee iiic pnrlérrnt lea larmes aux yeux de la déraison de leurs compatriotes et m'en parurent au désespoir. Mais aucun d'eux n'a le courage ni le talent de parler en public, et d'oilleurs iU crai-« g^nenl de se montrer trop ouvertement opposés à ceux qui «« donnent pour soutenir la querelle du Parlemenl et préteudenli qu il dirige leur» démarcheti. w (Arch. Nat., H* 358- DAîg-uino» Lovcrdy» 26 janvier 17*Î5.

même bientôt chassé, et je ne sais si je ne dois pas désirer que le projet dont il s'agit, tout outrageant qu'il soit pour moi, réussisse ^ »

Ce projet était celui d'envoyer le duc de Penthièvre, gouverneur de Bretagne, pour pacifier et terminer les Etats; il avait fort mortifié le duc d'Aiguillon, qui s'y était opposé.

Depuis longtemps déjà, Laverdy avait envisagé l'éventualité d'une dissolution. « Bientôt, disaitil, le roi n'aura plus aucune autorité en Bretagne. Cette province deviendra si vexante que, dès que ses affaires seront arrangées, on suspendra ses Etats et on se mettra en position de les anéantir. Ce sera le résultat de ce qui se passe aujourd'hui. » Et encore : « Je prévois avec peine que Sa Majesté prendra le parti de séparer les Etats et qu'une province remplie de sujets fidèles et zélés sera la victime de quelques mutins qui auront causé sa disgrâce-. »

Mais au dernier moment le ministre recula devant un coup de force gros d'aventures. Malgré le refus d'obtempérer à la lettre du roi, on se décida à recourir encore aux voies de conciliation. Le 5 février, le duc d'Aiguillon pénétrait tout d'un coup dans la salle où délibérait la noblesse; il était seul, sans gardes; il venait en simple gentilhomme qui veut partager avec ses égaux la reconnaissance due aux marques de bonté du souverain ^. Il apportait une lettre du

1. Arch. Nat., H. 358. D'AiguiUon à Laverdy, 31 janvier et 5 février 1765.

2. Arch. Nat., H. 631. Laverdy à d'Aiguillon, 18 octobre 1764; et 0< 460, 9 novembre 1764.

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