‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 138 sur 178 · Mémoire pour d* Aiguillon, p · texte numérisé non relu

Mémoire pour d* Aiguillon, p

412 LE DL'C d'aIGIILLON ET LA CHALOTAIS

roî à la noblesse de Breta

gne.

C'était une dé-*

marche inusitée, car le souverain n'écrivait jamais à un ordre séparé. Elle était de la main de Louis XV et adressée au duc de Rolum. C'était la réponse à celle que la noblesse avait envoyée pour expliquer son refus. Celle-ci disait : a i^niquement animés du désir de concilier les intérêts de Sa Majesté avec ceux du peuple, si nous nous sommes trompés dans le choix des moyens, la pureté de uob intentions fera notre justirication auprès du monarque éclairé, bon et éfjnitable que nous chérissons, qui nous aime, et pour le service duquel nous sommes et serons toujours prêts à sacrifier notre fortune et notre vie, »

Le roi répondait qu'il l'tait touché de ces sen-^ timents : « Vous ne pouvez Irop vous hâter de' nous en montrer l'effet par une prompte acces-^ sion à Tunanimité des deux autres ordres et aifl zMe de tous nos fidMes sujets. L'assurance de votre soumission a suspendu notre décision et leg marques de notre mécontentement. Ce sera avei plaisir que nous vous verrons nous donner de^ preuves couvaincautes de votre obéissance. Nou^ aimons mieux agir en père qu'en maître ^.. »

C'était un j>ou Jouer sur les mots. Le roi ne" s'attachait (praux déclarations générales de fidélité et de dévouement, pour ne pas voir le refus qu'elles couvraient. H

Le duc fit suivre c<?tte lettre, écrit son apolo-i giste, « d'un discours plein de la sensation la

1. Arck dlL-eUVil., C- 177'j. LeUre dr lu riobiesse du 2y jon4 vier 17GÔ ; lellre dû roi du 2 février 1765.

plus attendrissante... L'enthousiasme de la soumission et de rhonneur allait prendre la place de cette fureur de chicane et d'opiniâtreté qui troublait depuis si longtemps les Etats ^ . »

Mais les tuteurs allaient de rang en rang, disant qu'il ne convenait pas d'accorder en quelques minutes un vote que l'on refusait depuis six semaines. La discussion fut renvoyée au jour suivant.

Le lendemain, la réflexion avait refroidi l'enthousiasme; on ne voulait plus voter sans conditions ; enfin, après de longs débats, on finit par nommer une commission dé douze membres, chargée de préparer une réponse. Elle fut composée des chefs de l'opposition : Kerguézec, Coëtanscours, Bégasson, La Bédoyère, de Trécesson, de la Morandais, Desgrées du Loù, de Vauferrier, de Lespinoze, Le Gualès, de Kerivon et Pire fils. Kerguézec, toujours très écouté, proposa un moyen terme auquel se rallia la commission. Cet avis un peu subtil consistait à autoriser le trésorier des Etats à faire le fonds de 700,000 livres par emprunt, mais à supplier en même temps le roi d'exempter la province de payer cette somme, et de plus à demander à Sa Majesté trois grâces : le retrait de Farrêt du Conseil du 20 octobre 1764 qui déboutait les Etats de leur opposition; celui des lettres patentes du 7 novembre 1764, adressées au Parlement et contraires aux droits et constitutions de la province; enfin le retour de tous les mandés^.

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