livre, eur j'tti promis vos bons offices, o (15 jonvier 17'i
fl 11 i*Mt esseuliel que vout» litsiiîez tout votre possible avoc vo»
uinis poor que las Etats sii déterminent ù dottner l'acqtiîeis^oe menti
qu'on atteud d'euK. w (IG janvier 1765.)
« Au nom de Dicu^ poyi' le roi, pour le public^ poyr îe Parlement^ pour les EtatH, fuites auprès de vos omis tout ce que voua
pourrez, u (IB janvier 17^5.)
« N'y a-t-îl pas moyeu de passer f|u(dquft chosse pour les dtîux '
sols pour livre et do faire quelques efforts en marqua nt, tout
qu'on voudra, Textri^me iiidîjj^eu^^e de la province? ù (îï février
n J'avais espéré que la lettre du roi Kit porté les Etals ù faire, ou moins en partie, ee (pie le roi désire- Nous avons vu un projet d'avis que Ton disait de Kergué^ee, et j'avais cm qu'il passerait On dit tout plus désespéré que jamais. Gela est bien ftirheux. Si M, D'... est un fou, ee n'est pus une raison pour que les Bretons soient déraisonnables et il faut toujours séparer lu cause du roi de la sienne, u (13 février 1765.) (Qtinlrit^me Mémoire, Sij:ièmé développement, p. 23, 25, 32, 33.)
Lo Cbalotais a doue pu avec raisoti reprocber plus lard h Colonne d'avoir écarté ces pièces de son dossier, alors qu'il produisait ses antres lettres. C'étuil en effet une pure déloyauté.
M. Marion s'étonae de ce reproche; il dit qu'wn^ lettre, — colle du 13 février, qu'il cite sans en indiquer In source, — fut écorlée par Calonne; il estime qu'il n'en résulte pas fpie La Chnlotais ait eu|fagé HOU fils n appuyer l'avis de Kerguéxee, comme il le prétend. L assertion paraîtra siog^ulière, écrit-il. (La Bretagne, p» 293*\ — On se demande ce qu'il aurait fallu pour que les exhortatioiié du père à eon fils fust^cnt plus formelles et plus claires. M. Marion ajoute ; l'avis de Kerguéicer était en rénlité tt» refus (p» 293). C'étoit si peu un refui^, qu'il obuutît quelques jours après ù une accepl tion et termina rottc longue diseussiou.
disposés à se rendre à l'avis de la commission des douze.
Celui-ci fut enfin adopté le 10 février, dans la noblesse, par 129 voix contre 66, qui maintinrent le refus absolu ^
En somme, c'était l'acceptation du secours extraordinaire, avec stipulations conditionnelles. On convint des termes d'une lettre au roi, destinée à l'informer de cette décision et des réserves formulées. En même temps, l'église et le tiers en rédigeaient une autre analogue, mais constatant l'acceptation formelle de l'emprunt.
D'Aiguillon fit savoir à la noblesse qu'il ne pouvgtit transmettre qu'une acceptation ferme et définitive. Nouveau débat, nouvelles clameurs. La fraction des intransigeants reprend le dessus. On va jusqu'à proposer de faire présenter la lettre au roi par les mandés du Parlement. C'eût été un manque de respect et une sorte de provocation -.
Plusieurs jours se passèrent. Les querelles d'ordre à ordre étaient d'ailleurs compliquées par des divergences sur la rédaction des procès-verbaux, débats rétrospectifs qui ravivaient les désaccords, prolongeaient et embrouillaient les discussions.
D'Aiguillon finit par consentir à expédier la
1. Arch. d'Il.-et-Vil., C. 1774. Le Bret à Laverdy, 11 février 1765, et Correspondance La Bourdonnaye, 10 février 1765. — 50 à 60 gentilshommes refusèrent de voter.
2. « Démarche bien fausse, dit notre témoin habituel. Vous ne sauriez imaginer toutes les subtilités dont on s'avise. Pire père est président de la noblesse. Le duc (de Rohan) a fait le malade, ne sachant pas s'il ne serait pas obligé d'écrire au Parlement. » (Correspondance La Bourdonnaye, 14 février 1765).
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lettre de lu noblesse, et celle-ci s'engagea k voter les fonds. S'excusaiit de cette faiblesse, il de-
une
mande (
de ces lettres qu'on fippelle (,i de s.i main, » quoiqu'elles n'en soient point. Et il en envoie le jn^ojet K
Lu lettre revint, revrtne de la signature royale, avec quelques moditleatïons de Laverdy. « Mon cousin, disait le roi, vous déclarerez à la noblesse « que je veux et ordonne que, sans plus de retar- ^ dément, elle ait l\ se concerter avec les deux autres ordres pour censenlir a leur trésorier une procuration à TelTet d^tmi prunier la somme de 700,000 livres pour tenir lieu du secours extraordinaire que les besoins pressants et indispensables de notre Etat nous ont obligé de demander à nos Etats de Bretaync** »
11 n'était fait aucune allusion aux réser^'CS indiquées
Mais la noblesse avait promis. Elle s\îxécuta et, le 22 février, se décida enfin à voter les 700,000 livres. Elle y mit pour condition que le procès-verbal ferait mention des dénnsions particulières de Tordre, de son refus pi-iniitif, des
1, Arcli. NnL, H. Ilaîl. D'A î(^^lî lion à Lfnordy, 14 février 17*î5. Lii duc hmôït beaiK'oup à rr» f|ii'on ii« soi pas que «M^lftit lui qui envt»yoil Ich projc;U tic leUres, écrite!* enîJtiîtn pnr le voi : « J vous prie tiiatiimnionl de Jaisser ij^norer au Conseil que j'en aiiÎ! Vautour et qoe Sa Majesté seule le sache, êtnirit très inlércaaau pour le bien de son serviee qu'on n'ining^îrie pns ic\ que j'ûie fliienre sur les décisions ; et mnlheureii sèment nn n'en vai que trop perHundè d'après certaines lellres qu'on rc^^^uit joiirnenemeni di« ViM'Hoîllr's et df^ Paris, ►> f Arch. Nnt., 11. :ih*J. D Ai^rnUl Laverdy, *2i\ ff^vrier 1765.)
2. Arch. d 11, -et-Vil>, C 1774. Lo roi au due d'Aiguîllonp 17 U vrier 1705.
lettres du roi et des motifs qui Tavaient déterminée à consentir.
Le clergé et le tiers voulurent s'y opposer, mais le différend fut porté devant le duc d'Aiguillon, qui donna raison à la noblesse et engagea les deux autres ordres à céder*.
L'affaire était donc terminée après plus de quatre mois d'incidents sans nombre et de débats mouvementés.
Sur les trois réclamations additionnelles des Etats, le duc répondit verbalement le 24 février : « Le retrait de l'arrêt du 20 octobre serait certainement accordé une fois toutes les demandes du roi votées; il ne lui appartenait pas de se mêler des ordres du souverain au Parlement; enfin le roi était disposé à accorder le retour des magistrats, quand il a surgi de nouvelles difficultés qui ont obligé à mander le Parlement tout entier-.
Une autre question financière provoqua aussi de vifs démêlés entre les commissaires du roi et les représentants de la province.
Les devoirs étaient un impôt perçu sur les boissons vendues au détail, à peu près analogues à nos contributions indirectes; ils étaient affermés et les produits de cette ferme, perçus directement par la province, servaient à payer le don
1. Correspondance La Bourdonnaye, 23 février 1765. Arch. d'Il.-et-Vil., G. 2691 et G. 1774. Séance du 2i février 1765.
2. Arch. d'il. -et- Vil., G. 2691. Gorrespondance La Bourdonnaye, 24 février 1765.
418 LE DLC d'aiguillon ET LA CHALOTAIS
gratuit, tes gii^t-s ilu Parlement et diverses pen* siens. C'était le princi|Kd revenu des Etats.
L'adjudication de eette ferme avait lieu pour deux ans h chaque tenue ; elle expirait le 31 décembre 1764.
Le bail des devoirs fut voté à cette date, nous Pavons vu, mais le temps manquait pour procéder à radjudicatiuii; d'ailleurs, les Etats, alors au plus fort de la lutte, n'y étaient guère disposés. On dut mettre les recouvrements en régie.
Cette interruption entraîna des pertes considérables, d'autant jdus que les tribunaux ayant à ce moment cessé leur service, la répression devint impossible et la fraude augmenta dans des proportions considérables.
On essaya d'obtenir du Parlement une concession sur ce point; une requête fut présentée par un procureur au nom de la ferme, mais elle ne fut même pas examinée.
A plusieurs reprises, pendant les deux premiers mois de 1765, le due d'Aiguillon adjura les Etats de procéder à radjudieation.
Mids alors un obstacle survint» Deux compagnies parisiennes s'étaient présentées pour soumissiormer. Les choses traînant en longueur, Tune d'elles se retira; il n'en resta qu'une, représentée par Tancien fermier Garville. Il ne proposait que G/200,000 livres » au lieu de 8,300,000, munlant de la ferme précédente. C'était une pfu'te de plus de deux millions. Et encore il demandait que la justice reprît son ser^dcc aOn d'assurer la répj-ession de la fraude.
Les Etats, alarmés de cette émn^mf^ dilféi'cnce,
ne voulurent pas se rendre à ces exigences. Des membres influents eurent Fidée de s'adresser aux • grands négociants de Nantes, ils firent appel à leur patriotisme.
Ceux-ci n'hésitèrent pas ; ils formèrent rapidement entre eux une société qu'ils appelèrent Société patriotique ) et ils offrirent 350,000 livres de plus que la compagnie parisienne, sans impo- .ser aucune condition pour la répression des fraudes.
On était arrivé à la fin du mois de mars. Les Etats duraient depuis cinq mois et demi. Le 14 mars, le commandant enjoignit aux Etats, de la part du roi, de procéder à l'adjudication. Elle eut lieu le 31 mars, veille de la clôture, et resta naturellement à la Société patriotique, que le duc, d'assez mauvaise grâce, avait fini par autoriser.
L'avocat du duc d'Aiguillon stigmatise avec virulence les « complots du parti breton, qui sacrifiait sans scrupule l'honneur, les intérêts, les droits même de la province; » il raille l'appel fait au patriotisme des négociants de Nantes, « stratagème usé, destiné à éblouir le peuple ; » il dit quils gagnèrent quatre-vingts pour cent; il n'y voit que « l'intrigue favorisant l'intérêt, et la cabale s'efforçant de donner un masque honnête à la cupidité. »
Ces propos outrageants sont profondément injustes. Les Etats répondent que Linguet est assez mal qualifié pour parler de patriotisme, lui qui a écrit qu'il n'y a point de lois fondamentales, point d'Etat, point de patrie, par conséquent point de patriotisme, qu'en politique tout dépend
420 LE Dt'C d'aiguillon et la CHALOTAIS
de la IVn'L'i* et ilii liasarJ. u II n'y a tluiïc pas l'ombrn trLn|aiLé à s'eirorct^i', c oui rue ou t'a fait, (ravilir ou de deprik-ier Taetion vraimeiil louable de cette Société patriotique K n
Le défenseur du duc d'Aiguillon montre son parti pris et suii esprit de dénigrement systématique contre les Bretons, il mécounuit les sentiments et les services de la Société palriotique. Elle débarrassa la province de la société parisienne qui Texploitait, et si ses membres ont réalisé de beaux bénéfices — certainement exagérés par LinguetS — ils en avaient bien le droit, car ils couraient
L Voir sur l'iiffaire du liai] des devoirs : Arch. Nat., H* 625 ej^| H. 359. Arcb. d'IL-et-Yîl.. il, 2m\ et C. 1774. Pmrès-verbol des Elrtls el leLlres do l'int<?ijdant. Mémoire pour tf Aiguillon^ p. 129- 13j, Rèpfiuxe tien EtufM de liretagne au Me moire du duc d'AîgtfU lun^ p. 41-44, Offseroalîons sur t' imprime inlitulé Répotise detM Etats... pnr Lingiiet, p. 30^J-3^4.
Li5 nouvt'ati défenseur du duc d'AiguUloii reprend les argument de Liiiguel. Dans le véciL de cet épisode, il laisse percer une par* tiulité trop visible. Pour lui, lin le saît^ tous les nctes du due d'Aij^uîllou ont deâ mobiles nobles et êlevéa^ tous les aetes dcaj Bretons sont inspirés par deâ moUfs intéressés ou peu henombles^l
H dit ti que les baslJonrmires le^ plus fnrcenés étaient les plu» ardents h intiuiider les fermiers et à les dêloarner d'encbérîp,! tant que 1 afl'uire du Purlem^eiit n'était pas terminée; » fMnriouT La Breta^fte ttt h duc d'Ai*^uillon^ p. 308) — accusation l'orinulée peut-être par d'Aig'uillon dans son Journat, maifl bien iiivrai-^ semblable; — et quand ees mêmes bûslionnaires provoquent ei appuient In forroatioiii de la Société ptiiriotif/uf, il les critiqua encore l f( Ce beau nom était assez peu justifié... Ksl-çe le seul putriotinme qui inspirait tant d'empressement? Il est uiaiheureu- Hemctit permis d en douter... » (p. 310). U leur reprocbe leurs béné fiées ; « On sauvait sa patrie, sans courir aueuii risque^ cl le bénéfices de l'opéialion ctiueriit immenses » (p. 311), Qu'eùt-il don4 fallu pour natisfaire l'apolo)çîste du due d'Aijçuillon ? Et GorvilleJ qu'eùl-il fait? Main pour celui-ci on n'a que des sourires. Le dufl" perdait en lui un ami, et burtaut le prétexte d'un nouveau griel contre le Parlement, qui ne pouvait plua être accusé de porter atteinte auil intérêts de lu pruvîuco E
eiil ludH
de gros risques. Qu'eût donc fait Garville, lui qui proposait 350,000 livres de moins? Il eût encore ajouté cette somme aux profits de l'entreprise.
Il n'est pas moins injuste de reprocher à la noblesse d'avoir retardé par son mauvais vouloir l'adjudication. Si ses retards ont causé quelques diminutions de recettes, elle les a dignement rachetés et, au bout du compte, le refus de budget était et est encore la seule arme efficace qui permette aux assemblées parlementaires de faire prévaloir leurs volontés.
Une autre affaire, qui tenait plus encore au cœur du duc d'Aiguillon, c'était celle des « grands chemins. » Les travaux publics étaient, on le sait, son œuvre de prédilection. Il y apportait une rare activité et un zèle incontestables ; parcourant luimême les routes, il surveillait les travaux, « semonçait » les ingénieurs et ne ménageait pas sa peine. Il était convaincu « qu'un pays qui n'a point de chemins est misérable, parce qu'on ne peut exporter les denrées. » Il avait raison et il faut lui rendre justice sur ce point.
Il poussait les municipalités à faire des embellissements, à percer des rues mieux alignées, à créer des places ouvertes à l'air et à la lumière. Ces grands travaux coûtaient fort cher et endettèrent plusieurs cités.
A son arrivée, en 1753, peu de routes étaient praticables; il créa positivement la viabilité en Bretagne, il réorganisa, nous l'avons dit, le corps
422 LE DLc p'ailufllon et la chalotais
de
s iiiîrrMiunirs et ['fy'iilansii li*s mure
:lïés
ptil
adjudication.
Maisi de graves abus furent commis.
Tous ces elicmins etîiient ouverts et entretenus au nioyen de corvées imposées aux cultivateurs. Ce service^ déjà très dur par lui-même, le devint davantage encore par suite du plus grand nombre de routes*
Des moyens de répression étaient indispen^ sables pour contraindre les récalcitrants. Per-^ suadé qu'il n'arriverait à rien avec les lenteurs de la justice ordinaire, le commandant usa largC'^ ment du système des garnisons. Quand lel corvéables ou, en m me on disait alors, les cori^f>î/('f/r.v regiml>nient ^, après nue sommation ra^ pide, on leur envoyait un lot de militaires ei garnison, à héber<^er et à nourrir.
Le procédé iHait [>ratique et manquait rarement son elbît. « Si les tribummx avaient* eu l'administration des grands chemins, combien d'arrêts^ de sentences n'eût-il [(as fallu rendre pour pousS ser les travaux an point où ils ]sont..» Mais eussent-ils eu le même ellet? J'ose dire que non. Les couleurs trancliantes en iuipttsent plus f|ue le noir. Le paysan craint la ^-isitc des habits
h Foule rf'ûvoîr BpprofoiKU suffisttmni<*til les lermas usité dons les provinces, il arrive parfoit* «uit plus compélcnls de sir guliôros mépristîs. Dana son sovaiit ouvrag-e sur les Popuhittot figricoha, M. BaudrOlart piirle des convoyeurs jtonv les con*otftur»k terme usité uulrefoia. Ailletii-» il tk^-il : n La BrelU|fiiV, ilËI Netîker, est IVuncLe de gabelle:*, exemple de droits d hyîHUh^tjue Âf de treux sur la morriue des (ers. Le roi ii y pereoit uueuii droîj d'aides. La taille, soua la diHiomiuntion de foungcs, est iri*ê uta dtque. Les viugtièiJieH sont nùnnt/onncA, o — lia voulu dîri* ufmn nés! (Les Populations agticolen rie la France. Nonuondie et Hr« LDg;jie, par Uiîiiri Uuudriliarl, p. 401 et M^.}
bleus. Depuis cent ans les tribunaux ont ordonné des centaines de fois la réparation des chemins... Quels sont ceux qui ne deviennent pas tous les jours plus impraticables ? * »
Ces mesures sommaires étaient efficaces, mais elles provoquaient de nombreuses rancunes.
L'un des apologistes du duc d'Aiguillon le qualifie de « bienfaiteur de l'humanité ; . . . plus on approfondit l'administration, plus on est forcé de convenir que le génie qui la dirige a porté le coup d'œil du maître dans les replis les plus cachés de toutes ses parties-. »
Ce dithyrambe est fort exagéré. Ce qu'il faut retenir, c'est que le duc porte seul la responsabilité de cette réorganisation ; loué par les uns, attaqué par les autres, il est pour tous le véritable directeur de l'administration des grands chemins de Bretagne.
Le premier reproche qu'on lui adresse est d'avoir entrepris trop de routes à la fois et d'avoir ainsi rendu intolérable la tâche des corvoyeurs.
Les corvées, avait dit le Parlement, sont devenues insupportables en Bretagne par la multitude des routes ouvertes en même temps.
Les Etats avaient fixé à 380 lieues la longueur de voies à ouvrir simultanément; le duc en fit entreprendre 800; ce fait n'est pas con-
1. Lettre d'un des Membres de la Commission des Grands Chemins à M. de Mon... Nantes, le 29 décembre 1764. Cette brochure, attribuée à M. de la Noue, est une apologie sans réserve et assez habile de l'administration du duc d'Aiguillon.
2. Lettre d'un des Membres de la Commission des Grands Chemins à M. de Mon..., p. 10 et 12.
LE DUC D AIGUILLON ET LA CflALOTAIS
tesii* par ses défenseurs ; et Tiin d'eux y voit mi'iiie UQ remède nécessaire, un <( émétique qui, pendant qu*il a agi, a fait crier contre le médeciii^ mais qui, en procurant un avantage prompt,, doit occasionnrr de plus vifs et de plus justesi remerciements'. » Cependant les populations* soumises à cette me di cation violente ne s'en montrèrent pas plus satisfaites. fl
Enfin une autre cause provoquait des plaintes™ justifiées. Le due, par deux règlemeuts élaborés d'accord avec les Etats en 1754 et 1756 et fort bien entendus, avait nettement délimité les obligations des corvéables. Quand on ouvrait une route, ringiMiieiir prenait toutes les paroisses situées dans un rayon de deux lieues, et les habitants étaient astreints à la corvée à raison d'une toise par livj'e de eapitation. Toutefois on distinguait deux tâches : la tache de con'ée et— la lâche d'entretien^ et dans cette dernière onfl avait eu bi tort de comprendre, outre rentretien proprement dit, <( raplauissement des routes et^ le creusement des fossés, enfin tout le premierH travail du cliemîn a F exception de Fempierrement-, » Or cette seconde tache, nous Tavons dit^ était à peu près laissée à Tarbitraire des ingé-S nieurs. Il est certain qu'elle fut souvent excessive et détermina de nombreuses réclamations.
Ces iîauses diverses provoquèrent un véritable concert de plaintes, excessives sans don" Ton considère le but t^énéral noursuivi.
1. heitiv ii un tics Mvfftitrv$ flc tu Commissioti ths ijriinitii\ chemins, p* 3.
2. Lettre du dur d'Aiguillon h M. de Bf^gasson de la LnrdaU du 23 mai 1764. MémoUe An Hoi (pour M, de Bég-aason), p* 11.
facilement explicables quand on pénètre dans les détails de Texécution.
Le Parlement s'en fit Técho. A trois reprises différentes,* il dénonça au roi les abus de la corvée. Le commandant, profondément blessé, conçut la pensée naturelle d'opposer à ces critiques le témoignage approbatif des Etats.
Dès que ceux-ci eurent nommé la commission des grands chemins, il prit lui-même l'initiative et leur demanda d'instituer une enquête sur son administration.
La noblesse saisit avec empressement cette idée ; mais une divergence s'éleva aussitôt sur le point de savoir auprès de qui l'enquête serait faite. Le duc proposait d'adresser une lettre circulaire à tous ceux qui étaient chargés de portions de routes, aux gentilshommes et autres citoyens dont il remettait la liste.
Elle demandait qu'il fut écrit aux généraux des paroisses (c'est-à-dire aux corps délibérants); alors le duc déclara que l'on ne pouvait admettre que des réponses signées, émanant de personnes connues, « Ces corps politiques , dit dédaigneusement Linguet, sont des paysans grossiers, la plupart ne sachant pas le français,... sujets eux-mêmes à la corvée, qui par conséquent en auraient grossi les abus et ne se seraient promis du soulagement qu'autant qu'ils auraient exagéré les plaintes dont on les aurait constitués juges 2.
1. Remontrances du l''' février, du 15 juin et du 11 août 1764.
2. Mémoire pour d'Aiguillon, p. 138. — Observations, p. 286. M. Marion parle comme Linguet : « Des paysans grossiers et
3UC D AIGUlLLOîî ET L\ CHALOTAtS
Le duc avait tort. Il s'exposait volontairemeiï à faire naître dvs doutes sur la sincérité de intentions.
Aussi la noblesse réclama formellement qu^ fut adressé aux généraux des paroisses un que lionnaire sur Fobservation des articles du régi nrent des grands chemins, questionnaire que baptisa aussitiU du nom de a catéchisme grands chemins, >i
Le 29 octobre, Févèque do Saint-Brieu Mgr Tliopault du Breignou, tout dévoué au M d'Aiguillon, présenta la proposition d'enquête an Etats. Elle fut adoptée en ces termes : « Etats ont prié la commission d'écrire circulair ment en leur nom à tous les gentilshommes autres citoyens dont la liste a été remise par M. duc d'Aiguillon, et à tous ceux en général de ^ les Etîits pourraîcnit espérer des instructions des lumières, conformément à la demande port au rapport de ladite commission, dont il lot^ sera envoyé copie, ainsi que de ladite délibéra* tion *. ))
Mais le surlen<lemaiii, 31 octobre, quand projet dé circulairt^ fut soumis a l'Assemblé^ La Bédoyère, un des chefs du groupe que amis du duc appelaient par dérision les anti*ch
ijçnorïmlfl^ dît-il, (c'csl ainsi qu'on oppelle le peuple), loujotif» disposés h se plaindre, invilés par cette circuloirc ii le tuire,.,, ii'anratent pus manqui- ûg iriuUiplî^r les rêciniiuitiuns les loTvIaitiii^les.,, d (Marîon, ha Ureiagne^ p. 270, note.)
L Arch. d'il »-et- Vil., C. 2û\)i. Procôs-verbnl. dénncc du 29 tubre 176(i. Cette demande, qui devait servir de base ù l'enquête, était celle pre^seutêe par le duc, et elle restroîgnail (^îng-alîèrcinent le champ des investigations en invitant h s adresser surtout a ceux qui justement avaient été cbargéis de diriger ou aurvciJ Jes travaux. Le texte complètent au procès-verbal de» Etats.
ministes^ renouvelle la demande d'écrire aux généraux de paroisse. Elle fut rejetée par le tiers et le clergé.
La noblesse, désireuse de sauvegarder sa responsabilité, veut exiger que Ton mentionne son avis différent au procès-verbal. Les deux autres ordres s'y opposent : ce n'était pas l'usage. Alors elle demande qu'on lui donne acte de ce refus. On n'y consent pas. Grand tumulte, violentes altercations entre les anti-cheministes et leurs adversaires, les athéniens, — c'est ainsi que les premiers qualifient les amis du commandant *.
Les débats se prolongèrent pendant plusieurs jours et plusieurs nuits. A la fin, le 10 novembre, la noblesse eut recours au moyen extrême que nous l'avons déjà vu employer : celui de faire constater son avis par deux notaires, qui vinrent instrumenter sur le théâtre à une heure du matin. Le tiers en fît autant. On ordonna que les deux avis contraires seraient déposés au greffe, où ils dorment côte à côte dans la paix du tombeau 2. Ainsi finit cette grande bataille. L'enquête se fit, mais elle était dès lors destituée d'une grande partie de son autorité, car on ne s'adressa guère en fait qu'aux personnes désignées par le commandant. C'est ce que dit l'un de ses adversaires dans une lettre où
1. Lettre d'un niembre delà Commission des Grands Chemins. p. 15. — Lettre de Bégasson de la Lardais, 7 nov. 1764. Au Roi, p. 5.
2. Arch. d'Il.-et-Vil., G. 2691, procès-verbal, et G. 1773, Le Bret à Laverdy, 9 et 13 novembre 1764. — Laverdy qualifie la demande de la noblesse de « ridicule querelle. » Laverdy à Le Bret, 17 nov. 1764.
i( mandt
La Chalotais, aie
racontait Vorsaillos, les tentatives
« Vous sentiez hioti où cola mène, e'^crit M. do Eiégassan, ot que cVst uue batterie dressée contre le Parlement*, puisque tous ceux qui sont chargés d(^ parties de routes ne peuvent donner que des apolo^^ies dos prt'posés,.. J\â vu dans FA s* semblée nombre de gens bons citoyens, qui, sa^fl chant rintéret particulioi- que le due prend l\ la chose, n'osent rien dire ou ne disent qu'à Voreill<',*. Mon mémoire a été donné à la race des alhénleus\ aussi non sofdemont je ne crains pas, mais je désire que vous en fassiez part à messieurs du Parlement, j'entends ceux qui s'intéressent à la chose publirpu*; je serais bien touché s'ils pouvaient penser qu'il ne se fut j>as trouvé un citoyen dans Tordre de la noblesse cjiii osât appuyer les dé m arc h** s d\ui corps (le Parlement), le seul appui do la province, car que peut le nôtre, réduit à Pesclavage par les deux part de ce qui h? eonqmse
On voulut voir dans celte lettre la preuve d la connivence de M* de la Chalotais avec ropposiHon et de rinllnence qu'il exerçait sur ses principaux chefs. Mais Bégasson ne pouvait-il
at
1. Llfitojidnnl Le Bret se pliioi?» lui, ù un poiiii rlo vue nbsolu^ merit conlmirc : n 11 parait assez nlair que l'enlélL*meal fju< que]i|iies-ugis de MjVL de la noblesse ont de rendre publir c qy'ou nppeUe ici le Caiéchîume des Gra/ith Cftemins nu d'aulrtî objet que de lAcher de rassembler des plaînles qui puissent juslifit'i» ce que le Purlcment n dît ù ce sujet dans ses reuiontraurca <?i de lui fouriMi' de nouvelles aruic» pour relies qu'il a arr' ' fftire le 3 deecmbre proebain. m (Arch, diL-et-YiL, C. 177^. Lé nret ù Luverdy, 0 novembre 1764.)
2. Au Hat (Mémoire df M, do Bf'gasson), p. 'i, W et suiv* Protièi in&intit^ î, p. 286, Lettre du 7 novembre 17<î4.
-donc informer le procureur général, depuis longtemps son ami, de ses appréciations et de ses actes? Il n'y avait point là de complot. C'est pour cela cependant que Bégasson fut, deux ans après, interrogé à la Bastille par le lieutenant de police.
Un autre incident, dont nous parlerons plus loin, vint encore jeter une ombre sur les intentions de M. d'Aiguillon. Plusieurs magistrats avaient, sur l'invitation du Parlement, pris des renseignements autour de leurs résidences sur les abus des corvées. L'un des plus en vue, le conseiller Gharette de la Gâcherie, avait donné des instructions dans ce but à son intendant nommé Rolland. Or, dans la nuit du 18 décembre 1764, celui-ci fut saisi à La Ghapelle-sur-Erdre par des cavaliers de la maréchaussée, conduit à Rennes les menottes aux mains, interrogé à l'intendance, puis enfermé à la Bastille, où il subit une longue captivité.
Gependant l'enquête se poursuivait et les réponses arrivaient lentement. Elles étaient presque toutes, naturellement, favorables à l'administration. Au mois de mars 1765, il en était parvenu cent soixante-sept, sur lesquelles une quarantaine dénonçaient des abus ou contenaient des plaintes. G'était peu pour 1445 paroisses (et non plus de deux mille), comme le dit Linguet, qui laisse entendre que ces <c quarante récriminations » venaient des diocèses de Rennes et de Nantes et étaient inspirées par les Etats et le Parlement *.
1. « C'est bien peu de chose, comme le remarque justement Linguet, dit M. Marion, — qui suit fidèlement Linguet, — eu
430 LE DUC d'aIGCILLON et la GHAuLOTAIS
L'un des faits graves qui
mise en
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ison
furent révélés fut un maiJieureux corvoyeur
ilhi
Pipriac, que rexlrènic misère avait empiVché âî payer une amende, et qu'on laissa sans nourriture pendant plusieurs jours*. M
A la fin de Tenquete, les Etats, ou plutô™ TtlpUse et le tiers, prirent le 19 mars 1765 une délibération ;ipprnl»ative ou, si Ton veut, votèrent un ordre du jour de coniiauce^ qui laisse plac^ cependant à certaines réserves. ■
Ils déclarent « que les avantages résultant du rélaldissemeut des cbemius se fout ressentir su^ la culture, rindustrie et le commerce; — en génS Fid le travail de la corvée est dîstrihué avec équité et dans les pj'oportions lixées par les règle-:
égard à la propagande «cbarnée des anU-themtnisUë n (p. 30S] — M«is il tio dit [ina <pie lu |ilupnrl des pf»rstjiinc8 fnterrog-é èloîcnt des faiictîontiîiires, di*is offnàerîï^ d«s geriUlsfanuifiie^ rhm'g'<*ii de lii survpilliinoe fl ptJi* siiîle dittpoHL^tt ù d^^tilnrt'r qu'il n'y ûvnit aucun abus, \\ ne parle pna de l'iuQaeuco de l'atlmin traiion, déjà si griinde h rcLle cpcjtjue.
M, Murion estime que l'enquête fournît nu dur une juatificalx évloUmle (p. itOO), il t'appelle qu'elle existe jim Archives Noti^ utiles (U. hW et 540), et il ajoute : « On peut voir pur là a pniul est fonlrnîre h la vérité ra^sortiûii de M. de la Cbaluii (k' Mêniûiro), qui soutient qu'on ne fit aucune enquête puur h voir si les plaintes étaient fondées et que tout fut étouffé p autiU'ité w fp. 301, noie), — 51. Marion, qui cite si copîeuAen»oi le duc d'Aiguillon, devrait bien préciser quond il pnrle de ChJdotuis : j ni vuineni**nt eherclié dunu le 4" Mémoire l'imputa* tiiui dont il parle.
1. M, de Bégosiiun, dout bi terre de lu Larduis, Êîituéeen Mnur était voisine de Pipria*% rite égalenieut d'autre« abutî, nota ment celui-ci : les corvoyeurs de Uruc forent coûtraints ou trovs eous peine de gnrnisun, pendant la récolte. (An Jîoi, p. 15.)
Le due d'Aij^niillon ifroiinul rcxurtitud*î du fail pour le coà voyeur de Pipriac, répondit que de tels «bus étaient inévitabla dnuë une administration auiisi voblc cl promit de donner t»oiil furtion.
ments; — los paroisses n'ont, pour la plupart, été astreintes qu'à des tâches distantes de deux lieues de leurs clochers; — nulle requête n'attaque l'intégrité, le désintéressement, l'intelligence et la capacité d'aucun ingénieur de la province*.
« On ne pouvait pas imaginer une justification plus éclatante, s'écrie Linguet, pris d'un accès de lyrisme subit, les auteurs de cette injuste persé^ cution en furent accablés... M. le duc d'Aiguillon n'avait pas lieu de s'attendre à voir reparaître dans des libelles un grief si bien détruit ; mais l'honneur, la vérité, la pudeur ne peuvent servir de frein à ces écrivains inconnus qui rampent dans les ténèbres comme les insectes pernicieux qui en sont l'emblème, et qui ne font comme eux sentir leur existence que par leurs morsures -, »
Ce que l'apologiste ne dit pas, c'est que cette délibération est suivie de treize observations et requêtes présentées au duc dans le but de rendre la charge des corvées moins lourde et surtout plus clairement définie. On demande notamment que l'aplanissement et l'empierrement soient distincts de l'entretien et l'on constate qu'il s'est produit sur ce point de graves abus.
Ce qu'il ne dit pas, c'est que la noblesse refusa formellement de s'associer à cette motion, elle persista à invoquer le retour pur et simple au règlement de 1756, et résuma ses plaintes dans un avis séparé qu'elle tint à déposer au greffe. De plus, elle ne voulut point accorder la somme
l.Apch.d'Il.-et-Vil.,C. 2691. Proc.-verb., séance du 19 mars 1765. 2. Mémoire pour d'Aiguillon, p. 140-142.
LK DUC D AIGUILL0?Î ET L\ CliALOTAlS
de 600,000 livi-ert iifiV^riMitp aux routes, et, rtmim^ CL'tiu fols il 1 allait runaiiiniitL*, In orcdit fut re-
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Le roi envoya vainement aux Etats Tordre de le voter. La noblesse le repoussa au scrutin public par 123 voix contre 64. Elle basa son refus sur le défaut de ressources et sur ce que Tinjouction du roi était inusitée et destructive de la liberté d l'Assemblée, Conséqui^nee bizarre : le duc obtin Tordre du jour approbatif qu'il désirait, mais i n'eut pas Targent dont il avait besoin.
Ce que Tapologiste ne dit pas, enlîn, c'est que, quatre ans après, les Etats décidèrent une nouvelle enquête, le 6 janvier 1709. Le duc d'Aiguillon n'était plus là. Celte fois, le questionnaire fut envoyé à toutes les paroisses, Tenquéte produisit six cent vinf^^'t-qualre plaintes. En se séparant, les Etats chargèrent leur Commission iutermé- diaii^e d'examiner de près les abus révélés et defl les signaler au duc de Duras, Les principaux, énuniérés dans la délibération du 30 mai 1769, concernent « les frais des garnisons envoyées dans les paroisses, T excès des tâches imposées, le vice et l'inégalité des répartitions, la mauvaise qualité des matériaux employés, le manque d'outils nécessaires, Tinexactitude des ingénieurs, etc. Tous ces faits jettent de singuliers doutes sur la sincérité de Tenquéte de 1764, et Ton en vient km se dire avec le Parlement : « Ce qui étonne, c'est que toutes les réponses uVient pas été
1, TAW àemnnûa aussi la destitulion de rin^f^fnteup DoroUe, un prutvj^é de d'Ai^juiUoti, qui nvail faussement dénoncé les ma^ia. troU, (Voir plus haut p. 243» iioie S.)
apologétiques et qu'il y en ait eu quelques-unes qui fussent inculpativcs ^ »
LE DUC D AIGUILLON