CHAPITRE XIV
I. Le Parlement s'associe à Topposition des Etats. — L'ofiBche arrachée. — La Chalotais mandé à Versailles. — Renvoi des lettres patentes par la poste. — Le Parlement refuse itérativement d'enregistrer l'arrêt de cassation. — Il cesse le service.
II. L'arrestation de Rolland. — Une enquête sur les chemins. — Explications du conseiller Charette de la Gûcherie.
IIÏ. Les magistrats bretons à Versailles. — L'incident de Galonné. — Un projet de conciliation. — La Chalotais se prête à la combinaison. — Sa bonne foi. — Le plan ne réussit pas. — Indiscrétion de Galonné. — Lettres de M. de la Chalotais à son fils M. de Garadeuc. — Lettres de M. de la Gâcherie, de M. de Montreuil.
IV. Nouvelles affiches dénoncées au Parlement. — Lettres de jussion. — Séance solennelle du 22 janvier 1765. — Le Parlement persiste dans ses remontrances. — La correspondance de M. Le Prestrc de Ghûteaugiron. — Les présidents et quatorze conseillers mandés i\ Versailles. — Le Parlement tout entier est mandé à son tour. — Ses remontrances. — Le voyage. — Audiences royales du 18 et du 20 mars 1765.
L'année judiciaire qui s'ouvrit à la Saint-Martin 1764 devait voir s'accomplir les événements les plus graves qui aient marqué l'existence deux fois séculaire du Parlement d(î Bretagne. Ce grand corps allait entrer en lutte ouverte avec le minislére. et le gouvernement. 11 faut maintenant exposer les phases de ce conflit,
les apprécier avec impartialité et essayer de discerner les mobiles divers qui ont fait agir les acteurs de ce grand drame.
L'année 1765 forme en quelque sorte le point culminant de cette histoire, elle vit surgir cette « Affaire de Bretagne » qui devait pendant si longtemps occuper la France entière.
La chambre des vacations avait rendu, nous l'avons vu, le 16 octobre 1764, un arrêt recevant l'opposition des Etats et défendant la levée des deux- sols pour livre jusqu'au jugement ou au retrait de cette opposition.
Le gouvernement voulut casser cet arrêt comme il avait annulé la décision des Etats ; des lettres patentes du 7 novembre en prononcèrent la nullité et interdirent à la Cour de recevoir aucune opposition des corps ou particuliers à. l'enregistrement des édits concernant les affaires publiques *.
Le premier acte du Parlement à sa rentrée fut d'adresser au roi un nouvel appel en faveur de MM. de la Gâcheric, de Montreuil et de Kersalaûn. Il remerciait le souverain d'avoir tenu compte de ses représentations et retiré l'ordre de 1762 : « On reconnaît là, disait-il, cette pénétration qui vous fait apercevoir la vérité à travers les nuages dont elle est entourée, » et il réclamait itérativement le retour des trois magistrats, « déjà sollicité par deux lettres restées sans réponse ^. » .
Le même jour fut présenté Tacte royal qui cas-