Je proposai de casser l'arrct du Parlement et de mander
444 LE DUC d'aiguillon et la chalotais
que Tarrêt du 22 novembre portait : « Conclusions du procureur général vues, » et ses ennemis s'étaient empressés d'incriminer cette formule. Il partit aussitôt avec son fils le chevalier, arriva à Versailles le 2 décembre et descendit à rhôtel de la Belle-Image, où se trouvaient déjà les trois magistrats bretons.
Il raconte ainsi lui-même ses démarches :
« Je vis M. de Maupeou, à qui je demandai ce que Ton pouvait me reprocher. Il me dit que j'avais donné des conclusions pour arracher un ordre du roi, un arrêt du Conseil. M. de Saint- Florentin, que je vis hier, me dit la même chose.
« Ma réponse fut la même à l'un et à l'autre, en leur montrant mes conclusions, que le Parlement avait eu la bonté de me faire délivrer en forme. J'ajoutai qu'en matière politique les arrêts étaient toujours énoncés : Faisant droit sur les conclusions du procureur général, soit que les arrêts fussent conformes aux conclusions, soit qu'ils ne le fussent pas. C'est cette énonciation qui a donné lieu de penser ici que j'avais conclu à arracher les affiches de l'arrêt du Conseil.
« ]M. de Saint-Florentin m'ajouta que le Parlement avait fait arracher les affiches de l'arrêt du Conseil et afficher le sien avec éclat et avec des trompettes.
« Je lui répondis que c'était toujours le trom-
ici M. le président de Cucc, le rapporteur (Boux de Saint-Mars) et M. de la Chalotais, car il est incroyable qu'un procureur général donne dos conclusions pour faire arracher un arrêt du Conseil. On a suivi mon avis, à l'exception du président et du rapporteur, et j'ai envoyé dès hier l'ordre à M. de la Chalotais de se rendre ici. « (Arch. Nat., H. 031. Saint-Florentin à d'Aiguillon, 27 nov. 170^1. Confidentiel.)
pette de la ville qui affichait les arrêts et que celui-ci ne l'avait été que de la manière ordinaire et la plus simple *. »
En réalité, il y eut malentendu. En concluant à la « suppression au greffe, » ce qui, dans le style du Palais, veut dire seulement que les exemplaires ne sortiront point du greffe ^ , le procureur général avait fait ce qu'il pouvait et devait faire ; il voulait surtout éviter à Audouard des poursuites personnelles. On lui intentait donc un procès de tendance, qui prouve seulement Tempressement de ses ennemis à saisir les moindres occasions d'incriminer sa conduite ou môme ses intentions supposées 3.
Voici, en effet, comment il s'expliquait dans une lettre confidentielle à son fils : « Vous avez été bien étonné, mon cher fils, en apprenant mon aventure, mais n'en soyez pas inquiet. C'est un quiproquo de MM. les ministres ou plutôt une méchanceté de l'oncle de M. d'Aiguillon qui, pour me décrier, a prétendu que j'avais conclu à faire arracher les ordres du roi, fait faux que j'ai démenti par mes conclusions, délivrées en forme. Je vous le répète, ne soyez pas inquiet de moi. M. d'Aiguillon veut perdre le Parlement et
1. Arch. du Pari., B. 73. La Ghalotais au Parlement, 6 décembre 1764.