‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 15 sur 178 · UN DEBAT HISTORIQUE XXIX · texte numérisé non relu

UN DEBAT HISTORIQUE XXIX

gence, la persistance dans les convictions, la fermeté dans les desseins, le désintéressement parfait, en un mot le courage civique. Ce qu'on ne peut méconnaître sans partialité, c'est l'injustice et l'illégalité des peines qui l'ont frappé. On l'a dit avec raison : « Si ses opinions sont contestables, ses actes sont purs de toute critique, parce qu'il possédait au plus haut point, non seulement cette religion de la conscience qui doit être avant tout celle du magistrat et dont le dogme ne trompe pas, mais aussi et surtout la force de volonté sans laquelle cette religion n'est qu'une foi sans cultes »

Et je pourrais presque répéter à mon tour les paroles enflammées de l'avocat Bernard, de Rennes, lors du procès de V Etoile, en 1826 : « J'arrive des lieux où il a vécu et qui furent témoins de sa mort : nos pères m'ont parlé de ses derniers moments, des regrets qui les suivirent, des honneurs que lui rendit une province entière. Le peuple se rappelle encore ses funérailles pompeuses et les pleurs sincères qui arrosèrent sa tombe. Je viens, accompagné de cent voix prêtes à déposer pour lui, je viens, au nom de nos vieillards qui le connurent, de nos jeunes citoyens qui apprirent d'eux à l'honorer, je viens, au nom de tous les Bretons, vous dire que La Chalotais a droit aux hommages de la postérité, comme il sut conquérir l'estime et l'admiration de ses contemporains 2. »

Pour juger cet important débat qui passionna le

1. Discours prononcé par M. Louis Larocque à la séance de rentrée de la Conférence des avocats stagiaires du barreau de Toulouse, novembre 1896.

2. Recueil complet du procès intenté par les héritiers de M. de la Chalotais contre les éditeurs du journal /'Etoile. Paris, 1826.

xviii^ siècle et qui, par une curieuse coïncidence, divise encore aujourd'hui les historiens, il faut avoir sous les yeux toutes les pièces du procès.

Or, on peut faire aux savants auteurs qui ont pris en main la défense du duc d'Aiguillon le reproche de s'en rapporter trop exclusivement aux documents qui lui sont favorables.

L'intéressante correspondance que M. Henri Carré a eu la bonne pensée de publier est formée tout entière de lettres d'amis dévoués, de partisans résolus du duc d'Aiguillon, par suite d'adversaires ardents et haineux de La Chalotais.

Leurs antipathies, souvent exprimées dans les termes les plus violents et les plus crus, ont visiblement influencé l'écrivain qui publiait ces missives, et quand celui-ci dit que Fontette semble « relativement impartial, » nous pensons qu'il ne faut voir dans ce mot qu'un aimable euphémisme. L'auteur critique les vivacités du parti chalotiste, mais la correspondance de Barrin, Fontette et La Noue nous livre, par contre, un spécimen fort complet des passions du parti aiguillonniste. Tous ces gens semblent faire de la condamnation de cet odieux « Chalot » — sobriquet méprisant qu'ils ont inventé — une question de vengeance personnelle.

Leurs témoignages sont donc entachés au premier chef de partialité et de parti-pris, par suite forcément suspects ; en revanche leurs aveux — que M. Carré n'a pas assez mis en lumière — sont doubljement significatifs , quand ils laissent échapper quelques mots favorables au parti breton.

On serait en droit d'adresser à l'ouvrage que M. Marcel Marion a publié sur la Bretagne et le duc d*Aiguillon un reproche analogue. Ce livre est un

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