Registre secret, B. 469, 5 janvier
45G LE DUC d'aiguillon et la CnALOTAIS
Les quatre magistrats bretons étaient toujours à Versailles, se morfontlaat dans rinaction k riiAtél de la Belle-Image et se présontani de temps en temps chez Saint-Florentin, qui les éconduisait. Ils écrivaient au Parlement * et à leurs familles. Plus tard, ces lettres furent saisies et leur ont été imputées à crime. En admettant, — ce qui est contestable, — que des missives confidentielles puissent constituer un élément de délit, il faut reconnaître que les « mandés » no devaient pas être dans un état d'esprit qui U^ disposât à ôtre aimables pour les ministï-es et pour d'Aiguillon. Et ce qu'il faut remarquer aussi, c'est qu'ils séparent toujours avec le plus fifrand soin le roi, c'est-à-tUre FEtat, de leurs inimitiés particulières; ils le mettent eu dehors et an-dessus de leurs ressentiments personnels.
Que La Chalotais s'épanchant près de son (ils, ou Montreuil près de son oncle La Bellangerais, parlent avec aigreur, avec dureté de certains personnages officiels, il n'y a là rien qui puisse étonner» « M» de Maupeou et JL de Saint- Florentin ne valent pas mieux l'un que l'autre*, » écrit le premiej". k U est de la dernière importance que le Parlement se comporte vigoureusement (à rassemblée du 3 décembre}^ écrit le second* Je vous prie de dire à ceux avec qui vous
t. Arch. du Pm'L, B* 73, LeUrc nu Parlement sign<?e : Gâcheri©, de Monlreiitî, KersrtlnQn, de la ChnloUîe, Vei-saillps, l'i dé- (?einbre llùk,
% Procè» tnâlruii, l» 23L Dëcîembrô 1764.
voudrez bien en conférer qu'ils ne peuvent jamais nous faire ni plus de mal ni plus de chagrin qu'en agissant mollement sous prétexte de craindre de nous nuire. Je crois avoir agi jusqu'ici avec franchise, je serais désolé si je pouvais penser que mon intérêt personnel pût balancer un moment la dignité du Parlement... On nous noircit et toute la Bretagne de plus en plus dans l'esprit du roi *. »
En ce moment se trouvait à la cour M. de Galonné, alors procureur général du Parlement de Douai. Tout le monde connaît cet esprit léger, sceptique, délié, fertile en ressources et en expédients, mais dépourvu de suite et aussi dénué de sens moral dans sa vie privée que dans la vie publique. Ses conseils furent toujours fatals à la cause qu'il prétendait servir.
Ayant eu l'occasion de voir le contrôleur général, celui-ci lui confia ses craintes et ses inquiétudes au sujet de 1' « Affaire de Bretagne » qui commençait à préoccuper le ministère, à ennuyer le roi; ses efforts infructueux pour rétablir le calme, et son ardent désir de trouver un expédient pour terminer la crise.
L'esprit fécond de Galonné imagina aussitôt un de ces projets de conciliation, une de ces combinaisons qui sont de l'essence de la politique. On ne pouvait proposer au Parlement de reprendre le service sans conditions, on ne pouvait d'autre part accorder le retour des « mandés » à des som-
1. Procès instruit, I, 371, 376. 30 nov., 28 déc. 1764. — « Je ne voulais point que ma situation personneUe et mes peines particulières fissent tort à la chose publique. » Mémoire au roi, pour Picquet de Montreuil, p. 17.
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Tïuitions iiTPS[H*i'lnoiises. Mais peut-être sorait-il possible d'imagiiier un moyen terme. Si le Parlement voulait surseoir h ses dernières décisions et reprendre le service provisoirement, le roi, satisfait de cet acte de déférence, consentirait à rendre leur liberté aux magistrats bretons; en même temps ou tciclierait d'obtenir des Etats le vote du sectmrs extraordinaire de 700,000 livr Dès lors leur opposition, les remontrances Parlement et aussi les lettres inttentes u'anraieDt ]»lus d'ôbJL*t, tont tomberait en même temps et la pacification serait faite K
Ce beau plan fut discuté et approuvé par Laverdy, il fut soumis au roi qui laissa faire, à condition que Galonné parut agir de Ini-môme et de sa propre initiative.
Il alla trouvtT La Cbalotais le lundi malin 14 janvier a TbiHel de la Belle-Image, L'entrevue fut courtoise, Il se présenta comme con-l frère et lui dit force clioses flatteuses sur sa I {grande réputation, sur ses Comples rendus'^ ^ etc. On vint h jiarler des difficultés du jour, et peu àj peu Galonné lui sugg-éra adroitement sa eoaibinaison et finit par demander au procureur g(^\vè-
1, M émoite présenté «« roi par M, de Gnlonne, p. 6. — Mt-\ moire pour M. de la Gâcherie^ p. 59, — Additmn au aecondl Mémoire de Lu ChalDlai§, p, 9^t. — Lettre de M*** ù M. de C«»-| Ion lie, p. 2.
2. Plus tard Caloane, se faisant réeho de calomnies courantes,.! dit dans son Mémoire au roi (p. 5) i « Je lai ni parlé du ComiiU rendu qui avaît paru sous son nom eonimc 1<» lui attribuant. « Et La Gûclierie rt'pond niftlkieu sèment : a Piiisa« jamais obtenir ïc »i«?ur de Gulonne quVin parle dans la suite du Mèunîire qui a paru sous son noni romme ne le lui attribuant pas. à [Mémoire pour ia Gâ chérie, p, 50, note.)
ï*al de se charger lui-même de la négociation ^ . C'était là le point délicat.
Alors on vit cet homme farouche, qui ne rêvait, assure-t-on, que troubles et désordres, qui voulait mettre la Bretagne à feu et à sang, accepter du premier coup ce projet de conciliation. Je ne sais si ces avances imprévues « rentraient dans ses plans 2, » du moins dans ceux qu'on lui attribue, mais il y donna les mains sans hésiter, un peu naïvement peut-être, et s'occupa aussitôt de le faire réussir.
II fallait d'abord y convertir ses confrères. Ce fut moins facile. Ils se montraient réfractaires et flairaient un piège. « Ils n'étaient point là pour négocier et n'avaient aucune mission pour cela. » La Ghalotais les entraîne. Galonné revint deux heures après, il leur montra le roi courroucé, résolu à recourir aux dernières rigueurs contre le Parlement; par sa faconde habile, il triompha de leurs hésitations, mais ils déclarèrent qu'ils n'avaient aucune autorité ni aucun titre pour agir sur les Etats.
Ils tinrent leurs promesses, et le lendemain transmirent la proposition à leurs collègues de Rennes. La Ghalotais écrivit pour sa part une lettre circulaire à dix-huit conseillers. iNous en avons le texte; elle est pressante, mais digne.
(( Les choses en sont à ce point, disait-il, qu'il
1. M. Marion écrit : « Le malheureux ne se doutait pas des épreuves que cette démarche devait plus tard lui attirer. » (La Bretagne^ p. 313.) — « Le malheureux, » c'est Galonné ; M. Marion réserve toute sa pitié pour les juges, mémo pour les juges d'exception, il n'en a point pour les victimes.