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460 LE DUC d'aIGUILLOÎ^ ET LA CHALOTAJS

faut nécessairement que le roi ou le Parlement | recule, et vous m'avouerez qu'il n'y a pas a balancer entre ces deux inconvtniientg.,. Surseoir :soi-inéme pendant quinze jours peut-être, aprîs 1 quoi, si on ne tenait pas parole, reprendre Texucution des arrêtés qu'on aurait sursis; et nous] pouvons vous dire qu*on a presque un engngt:nient formel qu'il n'est pas pOvSsible de désavouer.

(f Pour moi, je voua avoue que, plus j^y pense, plus je crois qu'il n*y a pas à balancer* Jol tremble, non pour nous, mais pour le public qiùl en soulTrira et qui à la fin vous blâmera et nouai aussi. Enfin il n'y a dans ce pai^ti, à eo qu'il nit)] semble, rien que d'honnête pour le Parlementa a]

En même temps, La Ghalotais écrivait à sob Jils : « Si cela réussit, comme il faut respérer,! nous aurons fait le bien et empêché le mal M, le duc sera confondu ici et on m'aura obU-j gation à moi, stiivant ce que je vois, car la cour est etnbarrassée et sera bien aise de sortir! d'un mauvais pas où M, le duc d'Aiguillon Taj mise.

« TAcliez, d'un autre cùté, que le roi ait eon-l lentement sur les deux sols poin* livre, car j'ai" promis vos bons oHlces, pas davantage; mais faites en sorte que Ton puisse dire que vous avez ser\â, je crois fermement que cela est du bien de tout le monde ^... n

n n'était pas possible de pousser plus loin 1^

1, Lettre circulaire rJf M. ûe In GhnloUîs h pluKÎciire; m<?!nihre« du Furlement, écrite de VerHuîUcs le U> janvier 17G5. Exposé justificatif, p. 39-^1 1, m>lr, c4 Sixième Dct*t'lopfjt'ntenl, p. 20.

2. LctU-e de La ÇbaJotais h son fils, 15 jauvicr 1765- E^F/Mwr. Justificatif, p. h\.

désir de la conciliation et de la paix. Peut-être La Ghalotais voyait-il dans ce projet son avantage particulier, c'était légitime, mais il avait surtout en vue l'intérêt général.

Galonné revint ce jour-là à Versailles ; il lut les lettres, les approuva, et La Ghalotais envoya son fils le chevalier les porter lui-même à la grande poste à Paris pour ne pas éveiller Tattention. Il y en avait en tout quarante-quatre.

Le soir,- Galonné vit le contrôleur général, il lui rendit compte de ses entrevues et lui fit espérer le succès.

Mais le ministre, qui par état songeait avant tout aux finances, ne goûta pas cet arrangement; il estimait que Faccession des Etats devait être parallèle à la démarche près du Parlement, et il demanda à Galonné d'insister dans ce sens auprès de M. de la Ghalotais.

Dès le lendemain matin, 16 janvier, Galonné adresse à celui-ci une lettre pressante qu'il lui fait porter par un exprès.

La Ghalotais obéit aussitôt, il écrit une seconde fois à son fils et insiste avec plus de chaleur : « Il est essentiel que vous fassiez tout votre possible avec vos amis pour que les Etats se déterminent à donner l'acquiescement qu'on attend d'eux. G'est un coup de parti pour le Parlement et notre retour sera encore plus assuré...

(( Ce serait le moment d'accorder au roi le consentement qui, combiné avec l'arrêt de surséance, concilierait tout. Au nom de Dieu, pour le roi, pour le public, pour le Parlement et pour [es Etats, faites auprès de vos amis tout ce que vous pourrez. Tout est perdu si cela ne se fait

pas et tout sera au mieux si cela se fait^w

La Ghalotais envoya cette lettre à la poste par TexprèH même qui lui avait apporté celle de Galoiiue. Puis la réilcxion vient, les doutes naissent dans son esprit; il a pour de s'être trop avancé, il se résout à adresser à Caloane lui-môme une longue missive qui constate les faits : confession mélancolique et sauvegarde pour Tavenir,

« Ses confrères se sunt livrés avec bonne foi, dit-il, mais ils n'ont jamais consenti à faire \me démarche près des Etats; s'ils avaient su qu'en en fît une condition essentielle, ils auraient dit que vous et moi nous les avions trompés et auraient refusé d'écrire aux conseillers, car je vous certifie que ce n'est point la jfcur de rester ici ou dédier ailleurs qui les fit consentir à votre proposition, mais uniquement le bien public, celui du roi et de la magistrature. *

« J'ai écrit à mon fils dans les termes les plus forts et les plus pressants et j'ai pent-ètre quelques scrupules à me fidre sur la façon dont je lui ai écrit ; il n'est pas trop honnête de presser la noblesse de poraUre acheter la liberté de gens innocents et sans reproches, et d'ailleurs la délibération des Etats est totalement étrangère au Parlement...

« Je n'ai suivi dans tout ce que j'ai dit et fait qu'un premier mouvement d'ainuur pour le roi, pour le bien public et pour la paix; je n'ai jamais eu de peur, j>arce que je n'ai jantais eu de reproches à me faire; je n'ai presque éprouvé que

1. La CbaWlttis u son fib^ K» jauyicr 1705, Erpottc jiistifiealtf, p. 41. Voir plus hout p. 41^4, aole.

des ingratitudes de la part des ministres... ; mais je trouve que ceci est mal combiné, comme tout ce que j'ai vu depuis six mois.

« L'affaire avec le Parlement a été mal engagée et mal conduite, elle n'a aucun fond ; c'est une affaire de pure humeur et qui cependant peut avoir les plus grandes conséquences.

« Pour moi, je vous le répète, je souhaite la paix, je désire d'être dans mon cabinet et à ma campagne,

« Oblitus cunctoruniy obliviscendus et illisK » C'est cette lettre évidemment confidentielle que Galonné oublia un jour par mégarde sur la cheminée du vice-chancelier Maupeou et dont celuici prit connaissance 2. Indiscrétion fort étrange à coup sûr, et qui pouvait faire suspecter sa bonne foi. Galonné le sentit et il voulut se disculper lui-même auprès de La Ghalotais ; celui-ci ne s'en montra pas fort ému, disant que la lettre ne contenait rien de malhonnête, qu'il croyait le chancelier trop raisonnable pour s'en courroucer

1. La Ghalotais à Galonné, 16 jonvier 1755 ; Exposé juttifica^ tif, p. 42. — Mémoire de Calonne, p. 34. — Sixième Développement, p. 26.

2. Voici comment Galonné explique cette indiscrétion : a Ayant eu une audience de M. de Maupeou pour des affaires relatives à ma charge, et ne trouvant pas dans mon portefeuille un papier qu'il me demanda, je le cherchai dans mes poches que je vidai sur le coin de la cheminée de son cabinet pour accélérer et, après l'avoir trouvé, je m'occupai tellement de Taffaire à laqueUe il avait rapport, qu'ayant fermé et emporté mon portefeuille , j'oubliai totalement les autres papiers que j'avais placés sur le coin de la cheminée. » La lettre de La Ghalotais était du nombre ; il retourna les chercher deux ou trois heures après et remarqua (( qu'elle était placée et pliée de manière qu'il était très possible qu'elle eût été lue. » (Mémoire de Calonne, p. lOj.

4G4 LE DUC d'aiguillon* et la. chalotais

et irélait pas fâché qu'on sût le dessein quil avait formé de se retirera

Plus lard, quand Calonno accepta de jouer dans le procès de La Clialotais un rôle que ses premières relations auraient dCi lui interdire, on lui reproelia coite nég^lîgence comme une véritablti trahison ; il s'en défendit vivement, mais il faut avouer qu'il y eut là, tout au moins, xine inadvertance bien extraordinaire et trop opportune pour n'avoir pas paru préméditée.

Dans les jours qui suivent, les scrupules de La Chalotais s'accentuent, il a peur quon m Faccuse d'avoir cédé à un motif d'intérêt personnel, au désir do quitter Versailles ; un peu raillé même par ses confrères sur sa facilité à s'en laisser imposer par les beaux sentiments du magistrat de Douais il écrit lettre sur lettre à son fils pour l'engager à ne pas se compromettre. Il faut en citer quelques passages, car certaines d'entre elles furent plus tard un des éléments du procès :

Le 18 janvier : u La cour a été bien embarrassée puisqu'elle nous a recherchés. Nous avons gardé notre quant à moi. JVi promis vos bons offices, mais je ne voudrais pas que vous vous commissiez et je crois bien que vous ne Faurez pas fait. Tout pour le roi et rien pour M. d'Aiguilloîi qui, je Vespère, est perdu ici,

« On sent bien l'injustice qu'on m'a faite et on a envie de me radoucir. Je reçois les avances! avec un désintéressement stoïque^. » i

L Adiïitloti au second Mémoire^ p. M-104. 1

2, Addition au aevond Mtfmoîre de La Chalutaîs, p. 08. |

3, La Clialotaia k son fils, 18 jrmvicr 1765; — Ej-pofé justifica-'\

Deiix jours après : « Nous attendons des nouvelles du Parlement et des Etats, qui décideront de notre sort. Vous savez les préparatifs des funérailles du Parlement et des Etats que les ministres voudraient faire ; mais le roi, plus honnête homme qu'eux, ne veut point le mal, il veut la paix et il mérite qu'on la fasse pour lui à quelque prix que ce soit. Pour les ministres, M. d'Aiguillon, son oncle, ils méritent la haine publique et particulière... Je vois très clairement qui ceci culbutera avant peu. 11 n'est pas possible que cela dure ^ . »

Citons enfin deux lettres du 9 et du 13 février : <c II faudrait que la noblesse fit tout ce qui est possible pour répondre à la lettre du roi. N'y a-t-il pas moyen de passer quelque chose pour les 2 sols pour livre et de faire quelques efforts en marquant tant qu'on voudra l'extrême indigence de la province ? En un mot, tout pour le roi qui, dans le fond, est très bon, comme vous voyez, et rien pour M, d*Aiguillon, qui est mauvais. »

« Nous avons vu un projet d'avis que l'on disait de Kerguézec et j'avais cru qu'il passerait. On dit tout plus désespéré que jamais. Cela est bien fâcheux. Si M. d'Aiguillon est un fou, ce n'est pas une raison pour que les Bretons soient déraisonnables, et il faut toujours séparer la cause du roi de la sienne,,. Je crois que le Parlement a eu grand tort de ne pas suivre l'avis

iif, p. 44, et Sixième Développement, p. 30. — Lettre produite au procès. Procès instruit, I, 232.

1. La Chalotais à son fils, 20 janvier 1765. Lettre produite au procès. Procès instruit, I, 233. — Sixième Développement, p. 39.

que nous lui avions donno : il était bon et honnùte *. »

De toutes ces lettres il résulte que La Chalo- d ttiis Jésira le rt'tablissemeut de la paix et s'y I employa avec activité; il fut certainfïmenl siacèro; on pourrait même le trouver trop confiant» et rieu dans ses lettres ne permet de suspecter sa loyauté dans cette négociation,

L'iusinuation calomnieuse de Galonné, d'après laquelle Tin succès fut dû à ce qne l'un des « mandés » écrivit en secret qu\>n étnit venu leur par- m 1er de la part du ministère, ne saurait être jiristî ™ au sérieux-, pas plus d'ailleurs que la prétendue lettre dans laquelle La Clndotais aurait écrit a son fds : « Dites à nos amis de tenir ferme et de tout refuser^. » Il est évident que si cette lettre

1. La Chnlotnis h son fils, D et 13 février Î765. Lettres non produites eu procès. — Siscième Deiclcffernenl (ou Quatru'rftc Mémoire) f p. 32-33, Il dit même : «( iFui toujours persiisté ît pcn-ier et je piîuse encore que Ion n eu quelque lorl de le rejeler< » (A ddit io n au ^se€vn d Me m o ire , p . 95 . )

2, Mémoire de Cnlonne au roi. Il ftut évidemment nnusîon à ces mots de lu lettre de La Cbalotnis du 18 jiiïivier 17G5, eitéô plus haut : « La cour n été bien embarrassée pubqu'clle nous u recherchés, nous avons g-ardé noire quant h inoL n Mais il abuse de ces termes ; cetle lellre confidentieOG ndressée h M. de Garadeur, h Nnules, ne pouvait avoir iiucune înOucnce sur le Parlement de nonnes, et les faits postérieurs démanlrcnt amplement qu'elle n'en eut aucune,

S, 11 est vrai que Car nd eue, dans son interrog^alwire et dans fion récolementt a reconnu lexislence de ceUe lettre, et La Cholotais lui-même, en proiû aux iiiterrog^ntians captieuses du juge d'instruction, ne la nie pas rurmellemeut. (Proci's insindt, II, kl y 2Vi ; 111, 61.) Mais celui-ci fuit remarquer qu>Ue ne saurait prévaloir contre les conseils conirnin's et itératifs qu'il a donnés i^ son fiîs, tJnrndcuc affirme d'ailleurs que si son père a écrit cette phrase, elle se réfère uniquement au crédit dfs grands i chemins, qui fut eu elTet rejeté par les liluts le 20 mars I7<i5. — j Ajoutons que dans son Exposé justificatif (p. 'i5), La Cbaloiaîs

avait existé, Galonné n'eût pas manqué de la produire au procès, car elle eût constitué un acte d'insigne mauvaise foi et le chef d'accusation le plus décisif contre le procureur général • .

Le projet de conciliation imaginé par Galonné n'obtint aucun succès, il fut mal accueilli par les magistrats de Rennes. « La plupart, dit La Gâcherie, craignirent que ce ne fût un piège qui nous eût été tendu, d'autres n'eurent aucune confiance dans nos inspirations, d'autres pensèrent que nous n'avions consulté que nos intérêts privés,

désavoue explicitement le fait. Il n'est pas sûr enfin que l'interrogatoire ne vise pas une lettre antérieure d'un an et fort étrangère au débat actuel, dans laquelle La Cbalotais disait à son fils : « Il ne s'agit que d'avoir raison, d'être très respectueux envers le roi et ferme envers les commandants et ne leur rien passer contre les règles. » Lettre du 11 février 1764. (Procès instruit, I, 225.) Du reste, rien ne peut infirmer cet argument : si celle lettre avait existé, comment ne l'aurait-on pas produite?

1. L'apologiste du duc d'Aiguillon pense naturellement que La Chalolais n'a obéi, dans toute cette affaire, qu'aux sentiments les moins honorables ; il doute de sa sincérité, « il est fort difficile, dit-il, d'attribuer à un zèle désintéressé pour le rétablissement de la paix les vœux qu'il a pu faire pour l'accommodement du différend. Il s'ennuyait à Versailles, désirait revoir sa terre de Vern et surtout pensait que la pacification de la Bretagne pourrait être pour lui le point de départ d'une fortune politique sans bornes et assurer son triomphe définitif sur le duc d'Aiguillon. » (Marion, La Bretagne, p. 315.) — Or, quelques pages auparavant, M. Marion affirmait « qu'il n entrait pas dans les plans de La Chalotais de pacifier les choses et qu'il semble, au contraire, avoir éprouvé un véritable plaisir à exaspérer ses adversaires » (p. 276). Ces contradictions infirment d'elles-mêmes de telles appréciations où le parti pris apparaît trop clairement pour que le simple récit des faits ne suffise pas pour les réfuter.

Cette ambition effrénée, qu'on prête au procureur général, ne s'accorde guère non plus avec le repos tranquille à Vern après lequel il soupire : « Si je suis une fois à Vern, ce que je désire, c'est de ne jamais entendre parler d'eux et de ne les voir jamais, n (les ministres). (9 février 1765, Sixième Développement, p. 33.)

^i68 LE DUC d'aiguillon ET L\ CHALOTAIS

^'oiiiUe faire

L'L ((uoique k» sieur de Cnlon core à sa négociation rhonneur do n'avoir échoué que de irès peu de voix acïuloinent, le fait est que pas un seul m^f^gislrat, sans aucune exception^ ne voulut même proposer aux eliambres assemblées les partis inspirés. >ï j Rien ne ]>roiive mieux, remarque-t-il encore^ eomlûeii étidt fausse cette prétendue iullueno attribuée par le ministre à La Clîalotais et ceux qui, d'après lui, « condtnsaieut le Parle ment ^ »

Il advint même ce qui arrive toujours en ce sortes d\draires : les (c mandés » n^çurent de: reproclies des deux côtés* <f Ce qu'il y a d*admi* rable on tout ceci, écrit Moutreuil, c'est que pendant qu'on uouB blâme à Hennés de n'avoii" pai pris assez de sûretés, il paraît qu'on veut prendre ici pour prétexte de manquer de parole t[ue nous avons donné trop d'assurances. »

a On nous vilipende à Uennes, ajoute-t-il, on débite que nous ne pensons qu'à nous... Je neme suis déterminé à écrire le 15 janvier que parce (juVm m'a persuadé que de renfermer en moi-même des faits intéressants venus à ma connaissance, c'était m'en rendre juge et m*ex poser à des reproebes bien fondés. La façon dont j'ai écrit prouve assez que je n'ai été guidé que par ce principe... J*ai mandé ce qu'on exigeait du Parlement et ce qu'on promettait si le Parle

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