‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 154 sur 178 · Mémoire pour La Gûcherlf^ p. 50. — Mémoire de Calonnt · texte numérisé non relu

Mémoire pour La Gûcherlf^ p. 50. — Mémoire de Calonnt

M. Morion écrit : « La Chalôtaia exerçait sup le ParlcMiient un riTipire Burubondumment démoiitrê par toute In suite de cette histoire. 0 (p, 7fj.) — Il uc le fut guère dons ceUe circonstonce,

ment faisait ce qu'on exigeait, mais je n'ai point entendu exciter le Parlement à faire ce qu'on exigeait, ni être garant des promesses dont j'ai fait une simple narration * . »

Et huit jours après : « Vous avez remarqué que j'ai été le moins enivré du projet... J'ai pensé comme les autres ne pouvoir renfermer en moimême les faits dont on me donnait connaissance... Depuis que j'ai vu s'élever des nuages, j'ai désiré ardemment que le Parlement prît le parti qu'il a préféré et qui me paraît le meilleur dans la circonstance présente... Enfin m'en voilà quitte et je vous jure que je n'y retournerai pas. Rien ne pourra me déterminer à rien mander sur les affaires présentes, dont je ne veux plus me mêler, directement ni indirectement 2. »

L'odyssée de M. de Montreuil était pourtant loin d'être terminée, elle ne faisait que commencer.

Cependant le Parlement avait interrompu ses audiences; cette cessation de service causait dans la ville de Rennes et dans la province entière une émotion vive et des troubles profonds.

Autour du Parlement gravitait tout un monde d'avocats, de procureurs, de greffiers, de clercs, puis de plaideurs et de plaignants, ceux qui ont besoin de la justice et ceux qui en vivent. Tous

1. Montreuil à La BeUangerais, 15 et 27 janvier 1765. (Procès instruit, I, 379-386.)

2. Montreuil à La BeUangerais, 3 février 1765. (Procès instruit^ I, 386-387.)

470 LE DUC n'AÏGUILLON ET LA. CHALOTAIS

se irouvaienl atteints. Le public commençait à s'occuper de ces incidents politiques et à prendre jfarti dans la querelle ^

La cour ne pouvait rester insensible devan ces actes de résistance passive, mais obstinéi^ Elle résolut d'ag;ir avec énergie. D'al)ord on dé cida de faire publier et afiiclier partout un arrè du Conseil anuulunt les dernières décisioas dl Pai'lement'. Saint-Florentin ju'escrivit a rinteOi dant de s'acquitter de cette commission et reconi manda spécialement a dWignilkm d'en surveilla Texécution. Les af'liches furent aj>pnsé<*s dant chaque YiWe.

Pour Tiennes^ la quc'stioti était délicate; pour tant le subdélégué AudoucU'd iit placarder quel ques exemplaires de Tarrct du Conseil. Mais aussitôt le conseiller de Mot*lien apporte à se coid'rères cette imnieuse afiiclie encore tout hu^ mide de colle et la dénonce avec indignation C'est luie atteinte portée à l'autorité et au prestige du Parlement. Les jeunes uiagistrats sont

1. Voici un passage d'une IcUrc écrite il celle t^poque ptii" un liabitonl de Henni?* : <i L<? roi vctil- mt^Hri^ une impoâîUan de deux *ioU pour livre sur presque tous les droits. Le» ELals^ ûft« tneneinent nsseinbléa ù Nwntes depuis trois mais entiers, neveux lent pns Il's arcttrder. Le Pftrleuienl n refusé d'enreg^islrer U décluratiou et, jusqu û la décision de la Cour, le Palais est fermée c'est-à-dire que les ebambre& sont toujours tennotes sans qu*îl se fasse aucune nffoiro. Lea uvocnls, pur délibération pri»e cntH eujt, oui fermé leurs cnbinela, et les procureurs leurs études. Jd ne sois combien de temps f^ela durera* » (LeUre privée écrite dl Rennes, îe 2'* décembre IICA^ por l'un de mes parenla n l'un dl ses couffins ii 1 Ile de France. Papiers de famille.)

2, L'arrAl du Conseil est du 28 décembre 1764 ; il cassa lei dêlibéntlions du Pîrrlemeul dcH ^i et 22 décembre [irécédents,

3. Arch. dir Pnrl.. B. 73. AlFuire de ITn.'i. L alli» l»** ejùsle en eovc.

t très surexcités et Audouard n'est qu'à moitié P rassuré. Il risque d'aller attendre dans les basses I geôles du Palais qu'on lui fasse son procès. Le premier président l'avertit sous-main que les esprits sont fort échauffés et déterminés à sévir; il l'engage à ne pas paraître dans les rues après neuf heures, lui promettant de l'aviser, si Ton décidait de l'arrêter, avant qu'on put le faire. Audouard resta à l'hôtel de l'intendance jusqu'à midi et demi, « prêt, si la bombe venait jusqu'à lui, à fuir jusqu'à Nantes pour en parer l'effet ^ » Mais elle n'éclata pas ce jour-là. La Cour se f contenta de charger, le 18 janvier, ]NL de la Bour- : bansaye, conseiller de grand'cliambre, d'interro- [ ger Audouard, qui se couvrit du nom de l'intendant, et huit jours après, le 2G, elle supprimait le placard et ordonnait d'afficher partout son propre arrêt, « à la diligence du procureur général du roi et de ses substituts'-. »

Les événements se précipitaient, le conflit entre l'autorité royale et l'obstination parlementaire devait avoir une fin. Colle-là ne pouvait céder devant celle-ci. On eut recours au suprême moyen de coercition : les « lettres de jussion. » C'était l'ordre formel, émané du souverain, d'enregistrer un acte législatif sans délai et sans remontrances. A Paris, le roi procédait lui-même à cette exécution dans une séance extraordinaire qu'on appelait un « lit de justice. » On voulut cette fois donner à la mesure une certaine solennité.

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