Et non le l*' mars, comme dit M. Marion (p
3. « Le grand prestrc partit hier à trois heures après minuit
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Sans doute, le ministère ne se souciait pas de les mettre en contact avec les magistrats bretons depuis longtemps retenus dans cette ville. Ceuxci reçurent, le 3 mars, ordre de la quitter et de se retirer dans leurs terres, sans passer par Paris ni par Nantes, ni séjourner à Rennes, et d'y demeurer jusqu'à ce que la Cour eût repris son service. Quant à La Chalotais, il lui fut prescrit au contraire de se joindre au Parlement et de se présenter avec lui à l'audience royale.
Kcîrsalaûn, Montreuil et La Gâclierie se hâtèrent d'obéir. Ils arrivèrent le 7 mars à Rennes, « où il n'y avait plus aucun des magistrats, » et en partirent dès le lendemain pour se rendre dans leurs terres. Ils ne revinrent au Palais que le 13 avril ^
nvcc M. son frère, tous deux dans la même chaise. » C'était le jeudi 7 mars. Ils arrivèrent à Paris le dimanche 15 et se rendirent immédiatement ù Versailles. (Lettres de M*" Le Preslre, 8 et 15 mars 1765.)
Ces voyages multiplies de magistrats « mandés, » courant les grands chemins, inspirèrent à un aiguillonniste plaisant ce sixain ironique :
Partez, partez, robins,
Rendez-vous à Versailles,
Au duc ne livrez pas bataille
Et ne soyez plus si mutins.
Puisque c'est pour vous qu'il travaille
En réparant les grands chemins.
(Arch. du Pari., B. 73 )
1. M. Marioii écrit : « Défense leur avait été faite (à Kersalafln, Montreuil et La Gàcherie) de se montrer dans Rennes : ils n'en firent pas moins leur entrée triomphale dans la ville, y reçurent un accueil enthousiaste, furent complimentés par les procureurs et se vantèrent très haut, à la grande joie de leurs auditeurs, d'avoir mené fort lostemeut les ministres, notamment Saint- Florentin. » (La Bretagne, p. 320.) Los trois conseillers avaient reçu la défense non pas de se
Le premier président de la Briffe d'Amilly était arrivé à Versailles dès le 13 mars ; il informa M. de Saint-Florentin que les magistrats bretons seraient tous réunis le 15 mars, sauf ceux (( dispensés nommément par le roi ou retenus par leur âge et leurs infirmités, » dont il remit la liste. Le ministre répondit qu'il prendrait les ordres du roi, qui devait revenir le soir de Saint-Hubert, et le lendemain il lui fit savoir que le souverain recevrait le Parlement le lundi 18 mars ^
Ce jour-là, à dix heures du matin, les conseillers, revêtus de la robe rouge et de la simarre fourrée d'hermine, attendaient dans les salons du palais de Versailles.
Le ministre de la maison du roi, M. de Saint- Florentin, et le marquis de Dreux-Brézé, grand-
montrer dans Rennes ni d'ij passer, mais d'y séjourner. Car enfin il fallait bien qu'ils passent par quelque endroit pour se rendre dans leurs terres !
Quant à « l'entrée triomphale et fi l'accueil enthousiaste » qu'ils reçurent, on en fait mention en effet, quoique en termes beaucoup plus modestes, dans la Relation de ce qui s'est passé au Parlement de Bretagne (Arch. Nat., H. 630), pamphlet haineux, suspect et même g-rossier contre les parlementaires ; mais on n'en trouve aucune trace ni dans la lettre de M"*" Le Prestre, du 8 mars 1765, fort au courant des choses du Palais et qui signale l'arrivée et le départ des trois conseillers, ni dans leurs Mémoires imprimés. (Mémoire pour La Gucherie, p. 56, note. — Mémoire au roi, pour Picquet de Montreuil, p. 19.) Il est d'ailleurs impossible de vérifier au Registre des procureurs, car les pages de la fin ont été arrachées. On n'y trouve rien pour l'année 1765, à. partir du 15 février, ni pour toute Tannée 1766. Est-ce pour motif politique ?
1. Tous ces détails sont extraits du récit fait parle premier président aux chambres assemblées, le 5 avril, après le retour du Parlement. (Arch. du Pari., Registre secret, 5 et 13 avril 1765, et Affaire de 1765, B. 73. Rapport manuscrit de M. d'Amilly.)
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maître des céréinonios, vionneiit les clierclirr et les oondiiiseiii dans l'appartement du roi. Loois XV était assis dans son faiileuil, la tète dik^mverle ; il avait cet air de dignité royale et un peu hautaine qu*il ne perdit jamais ; à cMù de lui se tenait Ir^ dauphin, derrière lui les mltnstres i't les grands otlîciers de la couronne. Les magistrats entrent, foui les révérences prescrites par l'étiquette et se ran<j;T*nt devant le souverain.
Les portes sont alors fermées, le roi met son . chapeau et, d'un ton séA^ère, adresse aux magistrats les paroles suivantes :
« Vous avez ordonné à deux de mes sujets de - <i controvenir à mes ordres. Vous avez supprimé ^^ « et fait arracher les arrêts de mon Conseil, vous -^ « m'avez renvoyé mes lettres patiuites par la^^ « poste. Votre cessation de service a ruiné ma^^^ « province de Bretagne et vous venez m'apporter^ « des remontrances ! C'est un excès de bouté de t( ma part de les recevoir*. »
Le roi remet lui-même au premier président Its texte de ses pai'oles et ordonne h celui-ci do* parler.
M. d'Amilly lit un discours assez long, résunnW alîaihli et éduleoré des l'emontrances.
u Sire, dit-i[, votre Parlement ressent la joie la plus grande de pouvoir exprimer à Votre Majesté les sentiments dont il est pénétré, mais la satisfaction que nous éprouvons est bien troublée par la circonstance qui nous amène au pied
1. Le leite conservé «ujt Archivi-a Nutioiiaîes (H, 631) eal un peu dilTêrent de celui c3es Archive* du PmleiDéiit. nmis le st-ri^ n'est pua modifié. Lo pretniore phrat»e fait alluâion aux deux conseillers f|uî uvaient révèle reiitrctieii secret
de votre trône... Le Parlement a cru que les ordres envoyés au nom du roi n'exprimaient pas sa volonté réelle et qu'ils portaient atteinte aux franchises et libertés de la province. »
Et au sujet de la cessation de service :
(( Nous avons cru ne devoir remplir d'autres fonctions que celle de solliciter la bonté de Votre Majesté. Nous craignons que des rapports peu fidèles n'aient jeté quelques doutes sur notre conduite dans l'esprit de Votre Majesté et ne lui aient donné lieu de penser que nous nous étions écartés du respect et de la soumission qui lui sont dus. Nous avons la douleur de voir qu'une conduite aussi exacte que la nôtre a été qualifiée d'indécente, la fidélité à nos devoirs présentée comme désobéissance, et nos sentiments les plus purs et les plus soumis chargés du caractère odieux d'une résistance produite par l'humeur et la passion. »
Louis XV écouta ce discours en silence; alors le premier président lui présente les remontrances. Le roi les reçoit dans sa main et dit :
(( Je les lirai. Revenez mercredi à pareille heure recevoir ma réponse. »
Le roi se découvre, les conseillers lui font les mômes révérences qu'à leur entrée; ils sont reconduits à la salle des ambassadeurs par le comte de Saint-Florentin et le marquis de Dreux-Brézé, celui-là marchant à la droite et celui-ci à la gauche du premier président.
M. de Saint-Florentin avertit M. d'Amilly que le roi a défendu à ses ministres de recevoir aucun des membres du Parlement; il était
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également interdit à ceux-ci d'aller à Paris*.
Le mercredi 20 mars, à dix heures, le Parlement se trouva de nouveau réuni à la salle des ambassadeurs, il fut conduit à l'audience royale avec le même cérémonial.
Le roi prononça ces dures paroles :
« J'ai lu vos remontrances, elles sont écrites « avec une chaleur que je désapprouve et j'en (( défends toute impression. Vous y dites que je « n'ai pas été instruit, rien n'est plus faux : j'ai (( lu tout ce que vous avez fait, et on ne vous a (( rien adressé que je n'aie ordonné moi-même. « Retournez sans délai à Rennes, que votre ser- (( vice soit repris dès le premier jour de votre « rentrée, je vous l'ordonne expressément. Je ne (( répondrai au reste que quand vous m'aurez « obéi, c'est le seul moyen de mériter le retour (( de ma bienveillance 2. »
Et le Parlement reprit le chemin de la Bretagne.
1. Seul le président de la Bourdonnaye de ModUuc obtint, par l'intermédiaire de son cousin, M. de Blossac, intendant à Poitiers, l'autorisation de se rendre à Paris pour affaires particulières. (Arch. du chat, de Laillé, Saint-Florentin à Blossac, 27 février, et à Montluc, 20 mars 1765.)
2. Arch. Nat., H. 631. — Arch. du Pari., B. 73. — Journal de ce qui s'est passé en Bretagne, p. 42.