‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 17 sur 178 · UN DEBAT HISTORIQUE XXXIII · texte numérisé non relu

UN DEBAT HISTORIQUE XXXIII

nîon juste, formuler une appréciation impartiale. Or, si M. Marion produit à chaque page de copieux fragments des lettres de d'Aiguillon et de tous les docur ments favorables à sa cause, il fait à peine quelques citations rares et imprécises de ceux qui ont été publiés en sens contraire.

Il est pourtant d'autant plus nécessaire de consulter ces derniers qu'il est plus difficile de démêler aujourd'hui les sentiments et les mobiles qui faisaient agir les chefs de l'opposition bretonne. Les dépôts publics n'ont reçu que les pièces officielles, les écrits administratifs, tous favorables au duc d'Aiguillon et tout prêts pour un panégyrique. Mais qui nous révélera les pensées de ces magistrats, de ces gentilshommes qui firent au duc une guerre impitoyable et sont peints par ses agents sous de si noires couleurs ? Qui nous éclairera sur leurs desseins, leurs idées politiques, leurs procédés de résistance? Il faudrait pour cela pénétrer dans les archives privées, dépouiller des papiers de famille, dont trop souvent les possesseurs actuels ignorent la valeur ou qu'ils gardent avec un soin jaloux.

Cependant ces opposants, ces « bastionnaires, » ces magistrats prisonniers conquirent la faveur publique. C'est un fait incontestable. Autant le duc d'Aiguillon était honni, autant ils furent populaires. Pour expliquer ce contraste qui les gêne, les apologistes fervents du grand seigneur détesté affirment que l'opinion a été entraînée et trompée, et ces pourfendeurs de légendes ont inventé ce que l'on peut appeler : « la légende des innombrables pamphlets. » D'après eux, les libelles publiés alors ont égaré les masses et créé ce courant défavorable qui existe encore.

a Ces événements ont amené une éclosion si abon-

XXXÏV LE DUC D AIGUILLON ET LA CH.iLOTAIS

danto de libelles et de pamphlets que les clameurs du parti momentaiiémeot vaincu se fontj pour ainsi dire, encore entendre. » (Marion, p. i.)

Or, « ces inuorabrables pamphlets, » je les ai recherchés et comptés : il y en a trente-huit, ce qui pour une période de cinq années, n'est pas si considé rable. D'ailleurs ce ne sont pas ces brochures qui onfc^ entramé Topinion, c'est l'opinion qui les a enfanlées.W A coté des légendes qu'on prétend démolir^ il ne faudrait pas en édilîer d'autres.

Ces pamphletSj ces libelles que 1 on traite avec dédain, dont on accuse riniluence sans les citer, sont à coup sûr animés de l'esprit de parti ; il faut les contrôler avec attention ; mais je demande que l'on me démontre en quoi ils sont plus suspects de partialîlê ou moins dignes de créance que les correspondance; cntlanmiées du commandant et de ses amis. Et j ridée que si le livre La Bretagne et le duc d'Aigu îllo avait paru au x\ui^ siècle, il aurait tenu un rang distin^ gué dans cette catégorie de publications passionnées,

En résumé, T ouvrage de M, Marion est un<î apologie systématique du duc d'Aiguillon et une satire d parti-pris de ses adversaires. 1 /auteur accepte toutei les opinions et défend k peu près tous les actes de son héros; il mentionne à peine, en quelques phrases incidentes, insuffisantes ou malveillantes, la constitution bretonne qui est le fond même du débat; il se place au point de vue d'un homme et non au point de vue du droit, il croit à un complot imaginaire tramé contre 1^| duc, il va jusqu'à traiter les Bretons de « rebelles j) et de™ t( factieux. » — Or, il est facile de démontrer que les opposants bretons s'appuyaient sur la légalité la plusfl . certaine et que le véritable « factieux, )> c'était le duaB ^'Aiguillon* H

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