UN DEBAT HISTORIQUE XXXV
Ce grand débat n'a point été, comme il le prétend, une querelle de personnes, mais la continuation des luttes séculaires entreprises par la cour contre des libertés gênantes. Aussi, bien que l'auteur s'en défende, son livre est au fond une apologie du pouvoir absolu. De là des injustices notoires contre les Etats et le Parlement, dont M. Marion trace un portrait qui est presque une caricature.
En rétablissant la vérité historique, nous espérons être plus juste pour le duc d'Aiguillon et demeurer impartial entre les deux partis.
Au reste, la thèse nouvelle de l'historien né semble pas avoir produit beaucoup de conversions et l'on peut, pour conclure, s'en rapporter à l'opinion d'un appréciateur compétent : « L'ami de la Châteauroux et de la Pompadour, dit-il, le conseiller le plus intime delà du Barry ne saurait être considéré comme un honnête homme... Il n'a pas été autre en Bretagne qu'il ne fut à Versailles : insolent quand il se croyait le plus fort, toujours imprévoyant pour l'avenir, peu scrupuleux sur les moyens employés pour vaincre, incertain souvent sur la conduite à tenir, non par conviction ni conscience, mais par crainte de s'enferrer ou de se créer des ennuis * . »
Et maintenant nous devons indiquer les sources où nous avons puisé les éléments de ce travail. La première de toutes, c'est évidemment les Archives Nationales : il existe aux Archives Nationales plus de quatre-vingts liasses relatives au duc d'Aiguillon, à son administration, au Parlement et aux
1. Revue critique d'histoire et de littérature, 19 décembre 1898, p. 461.
Etats de Bretagne ; c'est à cette mine d'une richesse incomparable qu'il faut recourir tout d'abord. Les Archives du Ministère de la Justice, inexplorées jusqu'ici, conservent plusieurs dossiers relatifs au procès de La Chalotais contenant des pièces importantes et uniques. A la Bibliothèque de l'Arsenal, il existe deux portefeuilles concernant l'affaire de Bretagne. Enfin la Bibliothèque Nationale possède de précieux recueils de factums et quelques manuscrits intéressants.
Aux Archives départementales d'Ille-et-Vilaine on trouve les procès-verbaux des Etats avec tous les documents à l'appui, la correspondance de l'intendant et des ministres et aussi certains papiers de famille, trois sources d'informations d'une utilité de premier ordre. Les Archives du Parlement gardent, outre un dossier spécial de l'affaire de 1765, les registres si importants de la Cour : registres secrets, registre littéraire, registre des procureurs, etc., guides indispensables auxquels il faut toujours se référer.
J'ai retrouvé dans les minutes de mon trisaïeul, M® Pocquet, notaire des Etats, bon nombre de pièces originales concernant la session de 1767.
Enfin les Archives municipales de plusieurs villes m'ont fourni des indications que j'ai utilisées.
De plus, on m'a confié de nombreux documents particuliers, dont quelques-uns ont une inestimable valeur.
M. le comte de Champagny, aujourd'hui décédé, a mis à ma disposition, dans ce beau château de Keranroux, situé sur les bords de la rivière de Morlaix et que La Chalotais habita après son retour d'exil, les Mémoires de son bisaïeul, le comte de la Fruglaye, qui était le gendre du procureur général. Ces mémoires, d'une authenticité incontestable, forment deux