‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 171 sur 178 · Arcb. Nat., U. 440. D'Aigunion à d'Amilly, 13 avril · texte numérisé non relu

Arcb. Nat., U. 440. D'Aigunion à d'Amilly, 13 avril

parti hostile au ministère et que la reine approuvait en secret M. de la Gâclierie ^

Les deux journées du 20 au 22 mai furent d'ailleurs, comme on le pense, remplies de colloques, de pourparlers, d'intrigues, d'adjurations. Cette mauvaise langue de Raudin a tracé un tableau un peu suspect, mais curieux, de ces scènes historiques :

« Le président de Montbourcher qui, deux jours avant, avait si bien prouvé que la démission était contraire à Thonneur, à la conscience et à la religion, a signé, sans mot dire, au grand étonnement et préjudice des bons, auxquels cet exemple a été pernicieux.

(( Le président de Langle (de Coëtuhan) a dit que rien ne le ferait jamais agir contre ce qu'il doit au roi et a refusé de signer. Le président de Chàteaugiron, qui avait toujours argumenté contre la démission, qui avait même rassuré des chancelants, a cependant signé. Robien autant. Guillé retenu chez lui par la fièvre, on lui porte l'acte qu'il a signé. De Guer, doyen, a dit qu'il voulait mourir dans sa charge et fidèle au roi. Il a refusé de signer. De même, Desnos, sous-doyen.

a M. de Yilleblanche, le plus ardent et le plus zélé à faire des prosélytes au bon parti, a manqué au moment de la signature ; il a déclaré qu'il sacrifiait à son attachement pour la compagnie son avis et sa charge, il a dit qu'il allait signer contre sa conscience. On lui crie qu'il ne signe pas. 11 avait perdu la tête, il était plus mort que

1. Ai'ch. Nat., H. 436. Lettre d'un conseiller au contrôleur général, 7 mai 1765.

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vif, ainsi (juo les autres bons^ tant on îiitiiiiitk' ; et iioiiol>stant ces clameurs, il a signé, H

« Lcîs requêtes ont signé, à rexception dol marquis de Liingle, malade *, qui a fait dire qu*il ne se démettait de rien. h

« Il n'est pas possible de dire tous les mouvo-^ ments qu'on se donne et les ressorts qu'on fait jouer pour taelier d'affaiblir le nombre des bons. On s'attaque surtout à MM. de la Musse et de Siiint-Lue-, »

Ce tableau de mœurs pai'Iementaires est assea piquant; mais on ne doit pas oublier qu'il esi tracé par un aj^ent du ministère. Pour Raudtn, les bons sont ceux qui faisaient preuve d\mt^ soumission aveugle au pouvoir. Il reconnaît^ d'ailleurs que tout s't^st passé avec la plu^ grande tranquillité et qu'il n\i échappé aucun

1. Lo: innrquis de Langle-Beaumanuir était en effet fort maladif cl muiirul peu Qprès.

2. Aitb, Nut., H. kM. Rapport do Ruudin au contrôleur géoérol. 2^4 mai ITtjj.

Toys les incidents^ rn^ron tés por Riiutîin s& tnitivetit reproduils^j presque daiiM les mt^mes termes, dans le Journal du cammamie^ meni du duc d'Aiguithn. cMé pnr M. Murion (La Breiaj*nt;, p. 3.'t'i)^ Ce Journal n'a donc sur ce point que raulorilé de l'iig-t^nt duufi il copie le rapport, et qui e»t par clln-ménie fort suspecte.

n dit par exemple i fi Le président de Cuillé, reteDU chejt \m pur la mnlwdie, avail écrit qu il ne ëig^nernit pets : le premier président vint en personne lui npporler l'acte de déttiit$sion ^i-t il ifosn refuser d'y njuuter son nonu i> (Mnrion, p. Î^S'i,) — Cette déniorrbe, d ailleurs invrnisemblnble^ étnnt donné le earaclére de d'Aniilly, est certainement incxaclt^, rttr c'est le président de Robien qui a signé pour le président de Forry de Cuillé, en vertu d'une proru ration régulière qu'il déposa nu (greffe. (Areh, du ParL, B. 73.) C'est une des ijouibreusen erreurs eoumiise* pur lo9 agent» du duc d'Aig-uillon, que celui-ci a reproduites fidèlement duos son Journal du, Commandement,

discours qui ne fut respectueux pour le roi'. Il ne faut pas non plus que les coulisses cachent la scène; et ces petites intrigues, inhérentes à tout acte humain, n'enlèvent rien à la grandeur de la décision ni à la valeur des motifs qui la déterminèrent.

Quelle fut dans cette crise Tattitude des procureurs généraux, et notamment de M. de la Ghalotais?

Ils n'avaient pas à donner leurs démissions, Car bien que leurs charges fussent aussi des offices, ils étaient en même temps les hommes du pouvoir. C'est ce que pensait Tavocat général Le Prestre : « Si j'avais voix pour cela, écri- Vait-il, je serais bien du petit nombre (des non démettants), mais mes fonctions me dispensent de suivre l'exemple du Parlement et je vais attendre le parti que le roi va prendre sur cet évèïiement dont le subdélégué général a donné aussitôt avis à la cour par un courrier extraordinaire parti lundi dans la nuit. » Le Prestre « ennuyé, dégoûté en présence des tristes événements dont il était témoin » voulait quitter ses fonctions et songeait à solliciter une intendance-.

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