‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 173 sur 178 · Comme loppgsiliojv de Lo Cbulotoîa aux démiaaioas gène · texte numérisé non relu

Comme loppgsiliojv de Lo Cbulotoîa aux démiaaioas gène

Au reste les lettres de Laverdy à La Glialotais, montrent que si ce ministre condamnait la conduite du Parlement, il ne doutait pas de la bonne foi du procureur général. Il entretint avec celui-ci pendant toute la crise une correspondance suivie. Quatre de ces missives, saisies plus tard lors de Tarrestation de La Chalotais, furent produites au procès, mais toutes se retrouvent encore, en minute, aux Archives Nationales.

les défenseurs du duc d'Aiguillon, décidés à prendre en mauvaise part. tout ce que fait le procureur général, ils en sont réduits à dire que celui-ci a changé d'attitude : d'abord très favorable aux démissions, il les aurait ensuite déconseillées : « A mesure qu'ils voyaient s'approcher l'échéance fatale des démissions, les meneurs de toute l'affaire, les plus compromis dans l'intrigue, MM. de la Gacherie, de Montreuil, de Kersalatin et de la Chalotais modifiaient visiblement leur attitude. » (Marion, La Bretagne, p. 327-328.) On n'apporte aucun fait prouvant que La Chalotais ait approuvé les démissions, mais comme il y en a qui démontrent manifestement qu'il les a combattues, on se contente de dire que « sa conversion n'était pas sincère, » qu'il agissait contre ses secrets désirs, en un mot qu'il était de mauvaise foi. C'est très commode, mais est-ce acceptable "i

Puis on répète l'éternel argument : « L'action prépondérante qu'ils exerçaient sur le Parlement leur eût rendu très facile, pour peu qu'ils l'eussent sérieusement voulu, de l'arrêter sur la pente fatale qui le menait à sa perte. Ils ne firent jamais pour le contenir que des démarches tardives, équivoques, douteuses, et les paroles de modération qu'il put leur arriver de prononcer ne pouvaient pas et ne devaient pas d'ailleurs donner le change sur leurs véritables intentions... Très certainement, un mot aurait suffi de la part des procuifeurs généraux pour tout finir, mais ils se gardèrent bien de prononcer ce mot. » (Marion, La Bretagne^ p. 328, 330.) Il faut bien peu connaître les compagnies judiciaires pour imaginer qu'un procureur général pût avoir une telle influence sur les magistrats assis. Elle est d'ailleurs péremptoirement démentie par les faits, puisque le jour où La Chalotais essaya de faire entendre son opinion à la Cour assemblée, il fut simplement mis à la porte. (Exposé justificatif, p. 48.)

Mais, pour ces historiens, La Chalotais doit toujours avoir tort : s'il soutient l'opposition, c'est un factieux; — s'il se montre favorable au gouvernement, il est de mauvaise foi.

534 LE DUC D'AIGLriLLO>' ET L.\ CIÎALOTAIS

Elles moïitront ]v contrùleur général tel qu'il était : ami du bien public, désintéressé, loyal, cherchant la conciliation, dédaigneux des inimitiés personni'Ue^, Tiiais connaissant mal les droits spéciaux de la Bretagne. Magistrat» il était disposé à traiter avec égard le Parlement; ministre des finances, il avait besoin d'argent. Epris de la tentation rpi'ont eue tous les contrôleurs généraux d'uniformiser les provinces» afin de rendre la percepîion ties impôts plus facile et plus assurée, il ne comprenait pasJ que la noblesse et la magistrature bretonnes se liguassent pour résister à la levée de subsides peu importants en eux-mêmes et dont le Trésoi — roj^al avait si grand besoin. Ces pri\dlèges, ob — • stinément réclamés par cette province réealci — trante, étaient-ils donc si authentiques? Ils étaient si vieux et les colfres du roi étaient si vides!

Dans une longue lettre de neuf pages, datée du 30 avril, Lavei'dy démontre savamment que-^ les deux sous pour livre n'ont pu être compris dans le secours extraordinaire accordé par les Etats. Accessoires à des droits appartenant au roi, ils n'avaient pas besoin d^étre votés. Beaucoup de marebandisos passant par les ports I de Bretagne, cette province eût été favorisée aux dépens des autres si elle n'avait pas payé ces taxes. Gomment le Paidement n'a-t-il pas compris qu'en soutenant les plaintes intéressées des négociants, il usurpait sur les droits du f roi législateur? « Voyez, monsieur^ par cette H lettre, la dernière que je vous écrirai peut-être, au H train factieux que prennent vos alïaires, qu'ici il , n'v a ni humeur ni envie de nuire au Parlement ■

ni à personne. » Et le ministre cherche une voie de conciliation « pour éviter du chagrin au roi, du mal au Parlement et des malheurs à la province. » Il décharge sa conscience en écrivant à « Thomme du roi, » afin de Tengager à faire tout ce qu'il pourra pour éviter les maux cruels qui menacent*.

Après Tarrêt du 26 avril, le ministre est navré, les autres provinces en feront autant, les 124 millions de la ferme générale vont être compromis... et l'Etat périra. « Il faut que le roi se résolve à Cet événement ou qu'il soutienne en Bretagne €ivec la plus grande force l'attaque que vous lui livrez. Le Parlement se mettra à vouloir décréter les employés, et les troupes les défendront-. S'il se démet, ce ne sera pas une plaisanterie, mais Xme vraie démission qui aura tout son effet...

« Au surplus, c'est comme m'intéressant à la chose publique que je vous écris, car comme contrôleur général, c'est moi qu'on attaque personnellement pour me faire manquer aux dépenses nécessaires. Je le sens très bien, mais je m'en soucie fort peu, parce que je ne suis contrôleur général que par accident à mon être, que mon premier état est d'être sujet, citoyen et magistrat...; c'est comme magistrat que je gémis bien amèrement de toutes les démarches où l'on s'engage par des levées de bouclier pareilles ; on nous met entre l'anarchie et le despotisme.

1. Procès instruit, I, 260-269, et Arch. Nat., H. 440. Laverdy à La Ghalolais, 30 avril 1765.

2. C'est là la « guerre civile » dont voulait parler Kersalailn. (Voir plus haut p. 532.) Dans des termes difFcrcnts, le ministre et le magistrat expriment les mômes craintes.

536 LE Dvc d'aigvillo>' et l\ chalotais

« La magistrature, qui avait le plus beau moment, travaille, par une déraison qui nis ]»put paA s'imaginer, à sa destruction et à celle de tout ce quelle a pu faire ])r<'^nkleïïiment, et M. de lît Chalotais est engagé dans ce funeste eomliai'* »

Nous verrons plus loin la réponse de La CliaJotais. Citons encore cette lettre du contrôleur général- Il écrit le 10 mai :

u Faire naître une querelle abominable dan* FEtat et cela parce qu'on a M. le duc d'Aiguillon sur le nez et qu'on ne voit que lui ! Les magistrats eesseraient-ils donc d'étro citoyens et sesconduiraient-ils par des haines et des auiuiosités^ personnelles ? Je ne pourrais pas le croire si jt^ ne voyais clairement que cela tend là par votre lettre... Vous ne saisissez point du tout ce qui s'est passé aux Etats sur le fait des grands chemins. Et voulez-vous donc qu'il n'y ait aucune espèce d'abus quelconque dans la corvée?...

u Prenons des points de vue moins échauffés et plus ra[qu"ocliés h.\s uns des autres. Sauvons le roi, la France et la Bretagne et toute: la nui^ gistridure. Pour cela, mettons à hns tout personnel i.ç/r), et cherchons de lionne foi les moyens d(! tout terminer... si le Parlement ne se démet pas et ne suspend |>ns les perceptions, car, s'il fait Tuu ou l'autre, tout est joué a croix ou pilo-.

La Chalotnîs répond en énumérant les duretés

î. Pfoc^^ inatruif, I, p, 269-l'73. Liivcrdy h Lu Cholotsiîs, 2 miii Î7f>7,

2. Ai"fh. Nuï,, H. V1O4 Lttvorily " La Cliîilotuis, lO miti 1765. — Kii têtiî Je lnulea ces U'Ure»» il est vcvH : tlopîo île lu liHlre de M. le contrôleur ^^énëral tît de sa muin à M de la Cl]iilotais. Leur uuihpnlicîlé n'est doue pas doulcuso,

dont le Parlement a été Tobjet : <( On n'a cessé depuis un an de charger d'injures les magistrats. Il n'est question pour les Etats que des privilèges de la province qu'ils veulent conserver et on leur parle toujours de révolte et de soulèvement, parce qu'on l'a dit pour soutenir M. d'Aiguillon. J'ai eu beau dire que c'était là la cause de tout le mal, on n'a jamais songé à y remédier, on l'a aggravé par de nouvelles injures... Les magistrats savent qu'en représentant la misère du peuple, les droits de la nation, les voies que l'on emploie pour la corrompre, l'intimider et la ruiner, ils s'exposent à la disgrâce même du roi surpris, à la violence et à la fureur de ceux qui cherchent à établir un pouvoir arbitraire pour être les maîtres sous son nom et pour couvrir leur intérêt du prétexte de l'autorité royale. H y a une conspiration formée dans l'Etat pour détruire ces grands corps qui sont des surveillants trop éclairés... Je suis trop dégoûté des traitements que j'ai reçus depuis un an et il faut que j'aie bien de l'amour pour le roi et pour la paix pour m'exposer comme je le fais L ))

Deux jours après, nouvelle lettre du contrôleur général. La Chalotais ayant écrit que les Jésuites fomentaient secrètement le parti de se démettre 2, le ministre , en bon janséniste , né voit plus que les manœuvres occultes de la Société dissoute, qui entraînent à son insu La Chalotais lui-même! « Je vous assure, monsieur, dit-il, que

1. Arch. du min. de la just., dossier d'Aijj^uillon. La Chalotais à Laverdy, 5 et 15 mai 17G5.

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