‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 174 sur 178 · Sixième Développement, p · texte numérisé non relu

Sixième Développement, p

vous ne m'entendez pas. Je n'ai point prétendu faire de vous un intrigant qui entre dans une cabale de cour, mais j'ai prétendu vous dire que, sans le vouloir, vous servez sous les drapeaux (Hrangers vous et vos Messieurs. Les Jésuites et leurs adhérents ne peuvent trouver de ressources que dans lo trouble et dans le désordre, il est donc de leur intérêt d'en exciter. Vous ne pouvez pas le nier. Il s'en élève de tous côtés. Et quand? A la veille d'une assemblée du clergé qui sera des plus orageuses... Si, toutes les fois qu'un Parlemont aura une querelle avec le roi, il faut que tous s'émeuvent, la magistrature est perdue sans ressource; car enfin un Parlement n'est pas infaillible : il faudra, ou que le roi ait toujours le dessous, et ce sera une anarchie complète, ou que pour avoir le dessus il y ait douze querelles majeures dans le royaume. Cette attitude d'administration est-elle tenable?

« Ce ne sont pas des chicanes que je vous cite, mais des faits. Dites que dans tout cela il y a eu quelque gaucherie dans la conduite du gouverncîmoiit. Gela peut être, quoique je ne le voie pas, mais on voulait éviter les grandes affaires à la veille de l'assemblée du clergé ^ »

Et M. de la Chalotais, à son tour, expose la situation telle qu'il la voit avec une vivacité et une franchise qu'explique la confiance réciproque des deux correspondants : « En vérité, monsieur, les cornes me viennent à la tête, pour me servir d'un proverbe familier, lorsqu'on lit dans les

1. Archives Nationales, H. 'iliO. Lavcrdy à La Chalotais, V2 mai 1705.

lettres d'un ministre que la Bretagne ne veut plus payer de droits, que c'est le but du Parlement et des Etats, qu'il faudra nécessairement que le roi soutienne ses droits avec des troupes, que le Parlement veut culbuter le ministère sans songer aux conséquences, que M. de la Gâcherie dicte les arrêts et que M. de la Ghalotais est engagé dans ce funeste combat.

« 11 n'est point étonnant, d'après ces descriptions et ces tableaux, qu'on échauffe l'esprit d'un roi doux et raisonnable, qu'on l'enflamme contre ceux qu'on veut noircir. Vous ne voyez, permettezmoi de vous le dire, que M. de la Gâcherie dans tout ceci; M. d'Aiguillon ne voit que M. de la Gâcherie et moi.

« M. de la Gâcherie, que je ne défends point, avec lequel je n'ai jamais été lié, n'a pas le crédit que vous croyez et qu'il croit au Parlement, et moi je ne me suis mêlé de rien de ce qui a été fait que pour dire qu'il fallait examiner et aller doucement.

(( Mais il est pour le moins singulier qu'on veuille nous faire accroire que M. d'Aiguillon, un évêque de Rennes qui est son espion, ses prêtres... et M. de Goniac sont les honnêtes gens, et que Kerguézec, Bégasson et Goëtanscours sont les malhonnêtes gens, que le Parlement veut culbuter le ministère, à quoi il pense comme à aller détrôner le grand Mogol.

<( On a réitéré les injures atroces et les mauvais traitements pour défendre une administration fautive; on grossit tous les incidents; on n'écoute que la passion de M. d'Aiguillon, qui réalise (sic) toutes les calomnies de ses es-

540 LE DUC d'aiguillon et la chalotais

liions ot de ses délateurs qu'on u*ose nommer.

« ()uuiit à moi, mousiour, je crois bien que M. dWiguillon, soutenu de la protection déclarée de son oncle^ l'emportera toujours sur moi, quand ou ne voudra pas m'entendre, et qu'il sera cru en mentant et en calonuiiant i>hift que moi en disant la vérité.

« Je suis suspect. Je ne suis soutenu de personne, parce que personne n'use prendre le parti de rinnocent persécuté. Je m'en vais à la campagne. Je laisse mon fils an milieu des delà* teurs. On ne lui reprochera ni à moi aucune mauvaise action, ni aucun mauvais discours. On le calomniera appâreniment tout comme moi, car

M. d'Ai^aiillou

les calomnies...

.^ ....... w n épargne pas les

()ue lui et M, de Saint-Florentin me laissent en repos, ou je ferai imprimer un mémoire ([ui sera si cruel t.'t si amer (jue ceux ipii m'ont attaqué s'en repentiront peut-être longtemps.

(£ Je serai toujours plein d'amour et de reconnaissance ]>our le roi, que je [>lains d'être en butte à la flatterie et à Tincâpacité K m

Cepentlant la crise s'aggrave, les lettres du contnMeur généi'al se multiplient, elles deviennent presque quotidiennes, les 17, 18, lî*. 20, 22, 27 mai.

Le 17 mai : n Le Parlement a (ait beaucoup de fautes, mais il ne pouvait pas en faire de plus gi'ande que de renouveler toute la querelle des 2 sous pour livre.*. C'est un incendie que les Bretons allument dans le royaume. En défendant

L Arch. cl a m'ui. de la just. La Ghalotaii & Laverdj^^ 6 mai ITC&i

de percevoir ce qui est enregistré, ils renversent tous les principes, ils excitent les autres Cours à en faire autant et préparent les plus grands troubles. J'en appelle à vous-même, et vous avouerez vis-à-vis de votre cœur et de votre raison que je vous dis le vrai. Je ne vous parle pas en ministre, mais en citoyen ; je vous dis ce que je vois, ce que les gens sensés voient à Paris et ce que vous voyez vous-même...

« Le roi est déterminé à prendre les démissions pour tout de bon, quelque chose qui arrive. Je suis magistrat, je crois à la nécessité des Parlements dans le gouvernement français ; je ne crois guère à la possibilité de les remplacer, en tout cas je la regarde comme un vrai malheur * . ;)

Un moment on eut à la cour la velléité de céder £tu Parlement. Une lettre originale de Laverdy, du 18 mai, annonce à La Ghalotais que le roi va Suspendre la perception des deux sous pour livre Ou du moins l'alléger au moyen de certaines Combinaisons et retirer les lettres patentes du 7 novembre. Mais on revint vite sur cette disposition et la lettre du ministre ne fut pas expédiée 2.

Le lendemain 19 mai, autre missive confiden-

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