Arch. Nat., H. 440. Laverdy à La Ghalotais, 18 mai
C'est ce que M. Marion exprime en ces termes : « Son destinataire (La Ghalotais) n'a pas eu la satisfaction de voir le ministre s'abaisser devant lui jusqu'à cet excès de dégradation » (p. 332). Ailleurs il dit que « La Ghalotais méprisait trop les ministres pour avoir ressenti, au dernier moment, des craintes réelles » (p. 328). Et l'on reproche au procureur général ses vivacités de langage !
542 LE DUC d'aigl:illo.n et la ghalotais
tiolk' : <f y m tout fait au monde, dit Laverdy, pour arranger les choses. Le roi au Conseil allait cé-^Ê der, mais les arnHt-s des ParlenieiiLs Je Bordeaux et Besanecïii f approuvant Rennes) Font irrité, il a dit en se levant : « Attendre et voir c^M qu'ils feront. « Yoilà le vrai. Monsieur, et e^est pour vous seul. Je dois vous dire aussi que M. de Saint-Florentin a fait tout ce qu'il a pu pour le suecLîS *. Le Parlement a fait de jurandes fautes vis-it-\TS du roi. L'arrêt du 16 octobre 1764 est le tison qui a iucendié la Bretagne. Si le Parlement avait voulu rejireudre le service après la réponse de Coni}>îègne, tout eût été dit et on eût renvoyé les mandés. fl
te Je plains FEtat de voir nue affaire aussi™ mal menée par vos Messieurs, où ils out mis tant do chaleur, et dont Fobjet est au fond si pe majeur. Soyez sûr que c'a été une affiure d'aver*] sion personnelle...
(( Je viens de voir une lettre d'un eonseillor au] Parlement de Bnîtague, elle contient des injures] atroces contre moi personnellement. A la bonne lieure ! quoique ecla soit bien injuste, si cela peut" opérer le bien ; mais Dieu, le roi et d'autres^ connaissent ma droiture et les calomnia teura seront punis tiH on tard^ n
Enfin, après les démissions « consommées, le contrôleur général adresse à La Chalotaîg cette lettre très importante parce qu'elle constata
î, Aaserlîon fort cotitestabLe. Lu Chulutnîs dît au contraire < Sainl-Florcntiii ne fit rien pour t'tnpôrher les démisgîotid fSijrîvmi' Dt'i'f-foppemf'itt, p, 'iCi), espérant, sans doult» qu'i>nes iiu^ rniotil ml moiiia ve bon résultat de It* di^burrosser du Parli^trieiii
■2, Arch. NtiL, U. 440. Laverdy à Lft Chûîolaîs, 19 mai 1765,
Tattitude de celui-ci et son opposition au projet du Parlement :
(( Je n'ai pas manqué de rendre compte au roi de tout ce que vous m'avez marqué que vous faisiez pour empêcher les démissions. Sa Majesté m'a paru penser que vous remplissiez en cela ce qu'elle avait lieu d'attendre de vous. C'est un très grand malheur que le Parlement se soit démis. On m'assure qu'il a été dit beaucoup de mal de moi dans les opinions, notamment par M. de la Gâcherie. Si cela est vrai, dites-lui de ma part que je lui pardonne, mais qu'il est un homme bien injuste ' . . . »
Enfin, cette correspondance se termine par une lettre qui fut plus tard produite au procès.
Le contrôleur général y résume les actes du Parlement et ceux du pouvoir. Ce sont tour jours les mêmes arguments. Le roi ne pouvait pas reconnaître au Parlement le droit d'interdire la perception ni aux Etats celui de discuter les taxes, c'eût été admettre qu'elles pouvaient être refusées par la Bretagne et par les autres provinces. De là un déficit possible de plus de 30 millions dans le budget.
C'est toujours aussi la même équivoque. On veut assimiler la Bretagne aux autres régions de la France; on ne comprend pas que lui refuser le droit de discuter un impôt, quel qu'il soit, c'est
1. Arch. Nat., H. 440. Laverdy à La Chalotais, 24 mai 1765. — Sixième Développement, p. 43.
M. Marion dit que la lettre de Laverdy, du 24 mai, a été citée au procès (p. 328, note 3). C'est une erreur. Le passage quïl reproduit est tiré du 4* Mémoire, où La Chalotais l'a cité (Sixième Développement, p. 43). Le texte intégral de la lettre est aux Arch. Nat., H. 440.
544 LE DUC D'AICrflLLON ET LA CIIALOTAIS
annuler le premier Ji:^ ses prîvili'igos, c*est viole le pacte constitutionnel de la province. On a beau dire que les sol^i |)oiir livre des fermes générales étaient des taxes appartenant au roi qui ne pouvaient être soumises à la diseussion des Etats, la prérogative de ceux-ci était générale, et dès que l'on y portait atteinte sur un point, elle n'existait plus; toutes les infractions pouvaient passer par cette porte et par suite annihiler le droit dû^ rAsseinlïlée. |
Le ministre adresse un appel ému à riiistoire et a la postérité qui justi liera sa conduite, et il termine eu disant : « Vous êtes d'avis de ne rien faire.*. On peut ainsi gagner du tenqjs et laisseiM les esprits se calmer, mais les autres Parle-" ments se démettront et la magistrature se détruira elle-même,,. On est bien embarrassé quand on veut être en même tenq^s bon magistrat et hot serviteur de lu chose publique et du maître ^
Tel était eu edet Tavis de La C halo tais. Od eu trouve la preuve dans deux Inilets adressé^ par lui au contrôleur général le 26 mai :
« Plus j'y pense, Monsieur, plus je suis cou4 vaincu que le seul parti qui mène à quelqul chose, c'est de défendre à ious de désempareà de la ville [jusqu'à nouvel ordre et d'y attendre les ordres du roi]. Vous pouvez compter qu'avant un mois ils demanderont tous comment sortir de
là; ils s*enuuierout, il
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lat d
envie
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L Arcli. Nat., U. 440. Lnverdy à La Cholotoîs, 27 loaî 176 et rtocèn insiruii, I, 274*278. — Le ti^xt*» îtnpHnio nu Procès îdi^nlique h eeiuî des Archives NiitiiiiiHli^s, re qui prouve so ou Iheii licite. Lu dotn seule diffère : In Procèjt porte lia mai i In mmute des Archives Ncitiûnaîes 27 mai.
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'^ leurs campagnes. Je ne vois à ce parti aucun in- ^^ convénient et j'en espère quelque chose. De grâce. Monsieur, que Von croie un peu les hon^ nêtes gens qui sont sur les lieux et qui veulent la paix et le bien de la chose et qui sont attachés à Sa Majesté, »
« Ah ! Monsieur, si nous avions eu une défense de quitter les fonctions. Si nous avions encore tout simplement une défense de désemparer de la ville de Rennes, je ne désespérerais pas entièrement. Il y en a déjà une vingtaine de partis; si les autres partent, comment les rassembler, comment leur parler, les faire convenir de quelque chose? Ils s'ennuieront ici à ne rien faire et I on pourrait plus aisément leur faire entendre raison. Tâchez, de grâce, que pour toute décision d'abord il y ait une défense de désemparer sans exception. Gela les punira plus que toute chose *. »
L'idée était naturelle et, comme on dit, indiquée. Cette sorte d'internement constituait une peine fort sensible pour des magistrats habitués à fuir à leurs campagnes dès qu'ils le pouvaient. De plus, c'était le meilleur moyen de les tenir en quelque sorte sous la main, de les amener à
1. Arch. Nat., H. 608. — Ces billets ne sont pas signés, mais je puis affirmer qu'ils sont bien de la main de La Chalotais, — sans avoir à craindre la vérification d'experts en écriture. Du reste, la feuille qui les contient porte cette note, écrite probablement par le premier commis Mesnard de Gonichurd : « Deux lettres de M. delà Chalotais du 26 mai 1765. » Les mots entre crochets sont en renvoi dans la marge. Les passages soulignés l'ont été par le procureur général. Au dos de la seconde feuille, qui porte le timbre de la poste de Rennes, est écrit : Monsieur le Controlleur général, A la Cour.
résipiscence et dr? leur imposer les décisions à intervenir. Une fois dispersés dans leurs châteaux, les conseillers auraient vite pris leur parti d'un évèuement qui leur procurait ces doux loisirs, et il eût été manifestement impossible de vaincrefl une résistance appuyée sur la force d'inertie.
Le simple bon sens conseillait cette solution. Aussi ce fut ropinion unanime de tous ceux qui exerçaient une certaine influence sur la marche d^îs choses. Le subdiVléjrrué Raudin et le nouvel intendant de Flesselles, — qui avait succédé à Le Bret, — furent sur ce point du même avis que L Chalotais. Ce fut aussi, k la cour, la premier pensée des ministres, pensée spontanée san doute, car le texte officiel de la démission parvint à Versailles le 26 mai, avec une lettre du premier président, et deiirV jours après, le 28 mai, cenM dix-huit lettres de cachet étaient adressées à tous™ les magistrats pour leur enjoindre de ne pas sortir de Rennes** Au moment où ces ordres furent expédiés, les lettres de La Chalotais n'étaient môme pas encore arrivées à Versailles, et le ministre ne faisait que constater un point connu de tous quand il répondait a celui-ci le 3 juin K Lorsque vous m'avez écrit, Monsieur, pour mi marquer qu'il était utile que le roi envoyât dei
1, Vôîci, à tUro d'exemple, ceHc du prcHident de Montluc <T Mons. de Ift Bourdormaje do Monlliic;, je vous fflis cetle leUr«l pour vous dire que vous ayex h demeurer en ma viOc de Retitic jusqu'à ce qae je vous aie Tuit savoir mes intentions. Ecrit VcrsniUos, le 28 mai 17G5. Signé : Lours. El plus bas : Phely pcuujt. (Arch. d ïl.-^et'Vil. , fonds do Laillo. Orig^iuQl.)
On sait que rheiypeaujr, c'était le coralc do Saint-Florentin^ plu» tard duc de la Vrilliere. Il était d'ttsog'e de signer, aprèi lé roi, du seul nom pntronvmique.
ordres à tout le monde pour rester à Rennes, Sa Majesté l'avait déjà ordonnée »
Et pourtant plus tard, quand on vit que les prévisions avaient été trompées, que la manœuvre n'avait pas réussi, on poussa la mauvaise foi jusqu'à en rejeter la responsabilité sur La Ghalotais, qui était à coup sûr le dernier à qui elle pût être imputée. On prétendit qu'il avait voulu tendre un piège au contrôleur général. Il s'est défendu avec vivacité contre cette accusation aussi mal fondée qu'injuste. « On m'a fait un crime, dit-il (car de quoi ne m'en fait-on point), d'avoir donné le conseil de retenir à Rennes tous les magistrats démis. On s'en est pris à moi parce que cette solution n'avait pas eu tout l'effet qu'on en pouvait attendre. J'ai répondu dans mes interrogatoires que j'avais ouvert cet avis dans la vue que, fatigués de la longue demeure qu'ils feraient à Rennes, les magistrats démis eussent pu se porter d'eux-mêmes à reprendre des fonctions que je n'avais pas cru qu'ils dussent abandonner'-. )> Et il invoque la lettre de Laverdy du 3 juin 1765, qui en effet clôt le débat, car elle est aussi formelle qu'un texte peut l'être.
Faut-il à présent réfuter une sotte invention qui fut répandue à cette époque? On fît courir, paraît-il, une lettre attribuée à La Ghalotais et dans laquelle il aurait dit qu'en adressant le conseil de garder les magistrats à Rennes il avait fait donner le bonhomme clans le panneau. Il