Le Héraut de la Nation, n* 16, p
2. Voir notamment Henri Martin, Histoire de France, XVI, 239; — de Lacretelle, Histoire de France pendant le XVIII'' siècle, IV, 113; — Sismondi, Histoire des Français, XXIV, 322; — Michelet, Histoire de France, édit. in-12, XIX, 35, 158; — Pitre-Chevalier, Bretagne et Vendée, ch. III et ch. IV; — Rennes ancien, par Ogée, et Rennes moderne, par A. Marteville, t. III, ch. I, 85; — Histoire de la Révolution dans les départements de Vancienne Bretagne, par A. Duchiltellier, I, 10; — Les Elats de Bretagne, par M. de Carné, II, ch. VIII et IX. — Et tous les dictionnaires historiques qui se ressemblent et se copient.
3. Marcel Marion, La Bretagne et le duc d'Aiguillon. Introd. Henri Carré, La Chalotais et le duc d'Aiguillon. Introd.
12 LE DUC d\uGUILLO>' ET LA CHALOTAIS
La faveur qui accueillit le duc d'Aiguillon à son arrivée en Bretagne s'explique facilement. Il était jeune, il était riche*, il voulait plaire, il* se montra séduisant et aimable. Il avait d'ailleurs des relations avec la province, puisque sa femme appartenait à la grande famille de Bréhant, Tune des plus anciennes du pays, et y possédait do vastes domaines territoriaux.
Il accueillit avec bienveillance les députations qui vinrent le saluer selon l'usage et l'impression fut excellente.
(( Jamais commandant ne fît son entrée sous des auspices plus favorables, disaient plus tard ses adversaires, allié à la noblesse, neveu du ministre ayant le département de cette province, doué de talents, s'il eut pu modérer son amourjjropre, il avait des moyens faciles pour concerter avec la nation des projets utiles et pour les faire approuver par le ministre-. »
Dès le début, le nouveau commandant voulut donner un gage de ses intentions conciliantes, de sa mission réparatrice ; il fit des démarches pressantes pour obtenir la grâce des Bretons proscrits sur la demande de son prédécesseur, le duc de Chaulnes, à cause de la résistance qu'ils avaient apportée à l'impôt du vingtième. Cinq gentilshommes étaient internés dans différents châteaux et dix exilés. Tous reçurent leur liberté ^,
1. Les revenus du domaine d'Aiguillon seul montaient à plus de 60,000 livres. Arrh. ^at., H. G22.
2. Réponse des Etats de Bretagne au Mémoire du duc d'Aiguillon, p. 7.
3. Archives r*îationales, II. 3133. D'Aiguillon à Machault, 29
LES DÉBUTS DU DUC d'aIGUILLON 13
Le duc obtint également que Tindemnité accordée aux députés du tiers, pour leur assistance aux Etats de 1752, qui avaient duré quatre-vingt-neuf jours, fût doublée.
Cette administration s'annonçait donc sous les auspices les plus favorables, les dispositions étaient excellentes de part et d'autre et rien ne pouvait faire prévoir les orages qui allaient bientôt éclater.
L'arrivée de trente dragons, que le duc fit venir à Rennes pour sa garde, excita une assez vive émotion et lui permit de pressentir la susceptibilité ombrageuse des Bretons ; ce ne fut qu'un nuage passager*.
Mais il fallait attendre les Etats, assises solennelles de la nation, rassemblés tous les deux ans, épreuve des représentants du pouVoir, pierre de touche de leur influence et de leur habileté,
Le duc d'Aiguillon devait être secondé dans sa mission par Le Bret, qui avait été nommé intendant à la même époque, le 15 mai 1753. Le Bret succédait à Pontcarré de Viarmes ; on avait voulu renouveler entièrement l'administration afin de laisser au nouveau commandant toute liberté d'allures.
déc. 1753. Archives d'Ille-ct-Viluine, G. 1755. Séchelles à Le Bret, l*"" sept. 1754. Mémoire pour M. le duc d'Aiguillon, par Liiiguet, édit. in-12, p. 19. H y en avait eu six condamnés à la prison, dix exilés et quinze exclus des Etats. Dict. de l'Adm, de la Bretagne, t. I, v" Cabales.
1. Archives dllle-et-Vilaine, G. 1755. Saint-Florentin à Le Bret, 14 octobre 1754.
14 LE DUC d\uGUILLO>' ET L\ CHALOTAIS
Saint-Florentin, qui l'avait recommandé à son neveu, ne s'était pas trompé dans son choix.
Le Bret était, quoi qu'en dise d'Argenson ', un homme capahle, habile, travailleur ; il connaissait les alfaires. D'une santé faible, il s'épuisa dans ces fonctions ; d'un esprit net et d'un caractère résolu, il était bien décidé h aider de son mieux le commandant à imposer à la Bretagne les ordres du ministère'-.
Le pouvoir des intendants était, comme on sait, considérable. On connaît le mot souvent cité de Law : « Sachez que le royaume de France est gouverné par trente intendants. Vous n'avez ni Parlements, ni comités, ni Etats, ni gouverneurs. J'ajouterais presque : ni roi, ni ministres; ce sont trente maîtres des requêtes, commis aux provinces, de (jui dépend le bonheur ou le mallieur de ces provinces, leur abondance ou leur stérilité. »
(]e]KMidant si, dans les pays d'élection, le pouvoir des intendants était à peu près sans limites, il était restreint, dans les pays d'Etats, par la nécessité d'obtenir, sur Ixuuicoup de questions, le consentement des assemblées provinciales.
Une autre puissance naissait alors avec laquelle les intendants s'entendaient très bien : c'était celhî d(îs bureaux. Auprès de eha(iu(î ministre s'était formée, petit à petit, toute une hiérarchie de scribes et d'employés, divisée en bureaux