Mcmoins du warquis d'Argenson^ VII. 21 février
2. Cardin Le IJrot, Fraïujois-Xavior, était né 1« 12 décembre 1719. Il mourut à Paris lo 2(> mai I7<>5. Il avait été avocat jcénéral au Purlemoiit de Paris. (Gvnvalo^ie hi.storifiue de la Maison Le Bret, pur le comte Cordiii Le Uret. L'n vol. iii-'i".)
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pour Texpédition des affaires, et ayant à sa tête les premiers commis. Peu à peu ceux-ci tendirent à prendre eux-mêmes les décisions dans nombre d'affaires d'importance moindre. Ils remplissaient les fonctions des directeurs généraux actuels, mais avec des attributions plus larges encore.
Ils représentaient la tradition, ce qui, en toutes choses, est une force considérable. Les premiers commis furent presque toujours, d'ailleurs, des hommes de mérite inconnus, appelés à tout diriger sans jamais paraître, à tenir en mains la clef de tous les secrets d'Etat, sans que leur naissance et la nature de leurs services leur permissent d'aspirer, même par le plus lointain espoir, à l'éclat du premier rang. Supérieurs des intendants, dont ils dictaient les instructions et contrôlaient les démarches, survivant à la rapide succession des ministres, échappant par leur humilité même au caprice des destitutions arbitraires, dépositaires de toutes les traditions, les premiers commis devinrent bientôt, du fond de leur cabinet, le ressort fixe et principal, bien qu'inaperçu, de toute l'administration française '.
En Bretagne, une institution gênait singulièrement le pouvoir absolu, en train d'étendre sur la France ce réseau à mailles serrées que la Révolution a repris et complété : c'était les Etats.
Ministres, secrétaires d'Etat, premiers commis, gouverneurs, commandants et intendants, tous regardaient du même œil ces assemblées turbulentes. Elles s'ingéraient de défendre les
1, Duc de Broglie, Le Secret du Roi, I, 236.
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intérêts de la province, de réclamer assez rudement ses privilèges et ses droits. Elles venaient périodiquement troubler les plaisirs des courtisans, déranger les combinaisons des financiers, contrecarrer les exigences du souverain, toujours avide d'argent. Pouvait - on concevoir pareille audace, pareil manque de savoir-vivre?
Dans toutes les correspondances du temps, on voit ces sentiments percer discrètement ou s'étaler au grand jour. « Vous savez, disait Machault à Le Bret, lors de ses débuts, les justes sujets que Sa Majesté a eus de n'être pas satisfaite de la conduite des derniers Etats. Vous sentez Timportance dont il est d'employer les moyens les plus efficaces pour prévenir des scènes aussi indécentes et rétablir le bon ordre dont on s'est si étrangement écarté ' . »
Nous verrons quelle était la composition de ce Parlement au petit pied; elle pouvait donner lieu à des critiques; elle en a, de nos jours, suscité de fort vives. Nous les discuterons; mais disons dès maintenant que, tel qu'il était, il parvenait à un résultat : faire payer à la province le moins d'impôts possible. C'était déjà quelque chose.
Quelques semaines avant chaque tenue d'Etats, des conférences avaient lieu à Versailles afin de préparer les instructions « générales et particulières, )) c'est-à-dire « publiques et secrètes, »
1. Arch. d'IJ.-el-Vil., C. 1755. Machault à Le Brct, 16 juillet 1754,
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données aux commissaires qui devaient représenter le roi.
Le duc d'Aiguillon, pourvu de toutes les indications nécessaires par Saint-Florentin et de Séchelles qui venait de succéder à Machault, ouvrit pour la première fois les Etats à Rennes, le 14 octobre 1754.
L'Assemblée était nombreuse : 8 évêques, 25 abbés et chanoines, 776 gentilshommes, 57 députés du tiers.
Evidemment, la noblesse devait jouer un rôle prépondérant, mais il ne faut pas oublier que le vote avait lieu par ordre et non par tête.
Des deux côtés, les dispositions paraissaient conciliantes.
Les Etats envoient complimenter la duchesse et lui offrent un cadeau de 15,000 livres, sans préjudice de celui de 30,000 livres accordé au commandant.
Mais la question difficile était toujours celle des impôts, elle provoqua une première bataille. Le <( don gratuit » de deux millions fut voté dès le début à l'unanimité. La capitation et le casernement ne soulevèrent pas de grosses discussions; mais le vingtième faillit provoquer des orages.
Le vingtième était un impôt général, établi par Machault en 1749; il devait être levé dans toute la France par les agents du pouvoir sur les déclarations des contribuables, vérifiées par le contrôleur.
La Bretagne avait opposé à rétablissement de cette nouvelle taxe une résistance invincible. Les Etats de 1750, puis ceux de 1752 avaient refusé
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de Tapprouver ; le conflit soulevé entre ces derniers et le duc de Ghaulnes avait été des plus violents, le commandant avait réclamé des mesures de rigueur, à la suite desquelles son maintien en Bretagne était devenu impossible.
Les Etats, s'ils ne pouvaient échapper à l'impôt nouveau, en demandaient au moins « l'abonnement, » c'est-à-dire que la province fut chargée de le percevoir par ses propres agents et eût seulement à verser au trésor royal une somme fixe chaque année.
Mais Machault s'y était toujours opposé et Séchellos, « bien qu'il eût les fibres de l'âme souples autant que le premier les avait raides, » dit d'Argenson, s'y opposait également'.
Le vingtième était cependant perçu, tant bien que mal, sur les rôles du dixième, et rendait peu. Le duc d'Aiguillon était d'avis d'accorder des adoucissements de forme. « 11 me semble qu'il est essentiel, dit-il, de ne pas leur ôter entièrement l'espérance d'obtenir un jour à venir l'abonnement et qu'on peut leur laisser faire tout ce qu'ils jugeront à propos pour mettre à couvert les privilèges qui leur tiennent tant âu cœur et dont on ne fait que le cas que l'on veut. Avec des assemblées aussi tumultueuses, on gagne tout en gagnant du temps, en conservant les formes et ménageant les préjugés'^. »
Le contrôleur général fut inflexible. Les trois ordres envoyèrewi députations sur députations aux commissaires du roi pour demander d'a-