‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 3 sur 178 · UN DEBAT HISTORIQUE VII · texte numérisé non relu

UN DEBAT HISTORIQUE VII

éteintes ; elles trouvèrent une occasion de se rallumer sous la Restauration, lors du procès célèbre de VEtoîle, et, de nos jours encore, elles renaissent souvent dans les polémiques de la presse.

Pour retracer les incidents de 1762, nous nous sommes placé sous l'égide de la grande parole prononcée par Léon XIII, quand il ouvrit libéralement aux travailleurs les Archives secrètes du Vatican. Le Pape déclarait hautement que la maxime posée par Cicéron devait être la loi de l'histoire : Primam esse historiœ legem : ne quid falsi dicere audeaty deinde ne quid veri non audeat; » et il ajoutait : oc Eni^ tendum magnopere ut omnia ementita et falsa adeundis rerum fontihus refutentur, »

Ne dire que la vérité, la dire tout entière et réfuter les erreurs accréditées en recourant aux sources, telle est donc la règle supérieure de l'historien. C'est celle qui nous a guidé au cours de ce travail.

Et, s'il est permis d'évoquer ici une autre mémoire, c'était aussi le vœli formulé par une sainte religieuse, arrière-petite-fille de La Chalotais, M™® Maria de la Fruglaye, qui écrivait en 1847 : « 11 me semble qu'il y aurait un livre intéressant et utile à faire sur la vie de cet homme, aussi peu connu de ceux qui le louent que de ceux qui le blâment. L'équité de l'histoire y gagnerait et il est temps de saisir les données traditionnelles qui vont nous échapper avec la dernière génération qui a connu M. de la Chalotais. »

C'est ce livre que nous avons essayé d'écrire.

Mais l'affaire des Jésuites ne fut qu'un épisode.

Une controverse s'est élevée récemment sur une question à la fois plus générale et plus délicate : il s'agit de la rivalité entre La Chalotais et le duc d'Ai-

VIII LE DUC D AIGUILLON ET LA ClIALOTAIS

guillon, et du rôle joué par ce dernier dans le gouvernement de la Bretagne.

Jusqu'ici, l'histoire avait été sévère pour le duc d'Aiguillon. Après s'être concilié les bonnes grâces de Louis XV par un marché honteux, il maintint sa faveur par ses intrigues beaucoup plus que par ses mérites, et surtout par l'appui constant de ses deux oncles, Saint-Florentin et Richelieu, qui ont laissé eux-mêmes un triste renom; plus tard, arrivé enfin au pouvoir avec le « triumvirat » décrié de Maupeou et de Terray, grâce au patronage scandaleux de la du Barry, il humilia la France devant l'étranger, laissa s'accomplir le partage de la Pologne et se montra à tel point insuffisant et inepte qu'il arracha au vieux roi désabusé le mot souvent cité : « Ah ! si Choiseul avait été là! » Tel était, jusqu'à ces derniers temps, le jugement à peu près unanime porté sur ce personnage.

L'impression qu'il laissa en Bretagne n'est pas plus favorable. Après avoir dirigé l'administration de cette province pendant quinze ans, le duc d'Aiguillon dut la quitter sous le coup de l'animadversion publique, en butte à des haines furieuses, succombant sous une impopularité telle, que bien peu d'hommes politiques l'ont encourue au même degré.

Ces appréciations sont-elles raisonnées? Cette explosion du sentiment populaire fut-elle justifiée? Jusqu'à présent, on le croyait. Mais des historiens sont venus qui ont dit : tout cela est faux, ces jugements sont mal fondés, ces traditions sont des légendes erronées. Et ils ont entrepris la réhabilitation ou, pour mieux dire, le panégyrique du duc d'Aiguillon.

Où est la vérité? C'est ce problème historique qu'il s'agit d'élucider et de résoudre.

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