‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 30 sur 178 · Arch. Nat., H. 331. Vauréal à SécheUes, 13 oct · texte numérisé non relu

Arch. Nat., H. 331. Vauréal à SécheUes, 13 oct

22 LE DUC d'aiguillon et la chalotais

fermés toutes ces impositions nouvelles, d'Aiguillon les aurait déclarés admirables et n'aurait eu pour eux que des éloges.

Un détail : le duc s'étonne et se moque de la susceptibilité des Etats, qui refusent de délibérer quand des troupes séjournent dans la ville ou même ne font qu'y passer. Il avait eu l'intention d'appeler un régiment de dragons pendant leur session et se montre fort surpris de l'opposition qu'il rencontre. 11 parle assez légèrement de ces (( prétendus privilèges^, » qui semblent provoquer chez lui une irritation mêlée de dédain. N'est-ce pas là pourtant la condition primordiale de la liberté et un droit souvent réclamé par les assemblées délibérantes - ?

Les Etats avaient encore un autre grief : ils se plaignaient d'abus commis dans le travail des grands chemins et ils en réclamaient l'administration. Le duc repoussa cette demande, mais il leur olfrit de réunir une Commission dans laquelle des délégués, nommés par l'Assemblée, examineraient, d'accord avec lui, l'intendant et l'ingénieur en chef, les abus dénoncés et chercheraient les moyens d'y porter remède. Sur cette promesse, les Etats votèrent le fonds de 600,000 livres. Cette affaire des routes devait

1. Arcb. Nat., H. 331. D'Aiguillon à Sérhellos, 12 oct. 1754.

2. Naturellonient, le défenseur du duc d'Aig-uillon approuve et partage sa manière de voir. Il parle « de l'humeur inquiète et défiante de la noblesse;^ qui se manifeste à propos d'un incident futile. » Il stigmatise les scènes de violence et d'effroyable tumulte des Etats, que le duc dominait de toute la hauteur de sa grande ànie : « 11 en était indigné, sans être d'ailleurs ni intimidé ni aigri; l'entêtement et la fureur de la noblesse le révoltaient sans épuiser sa patience. » Marion, La Bretagne et le duc d'Aiguillon, p. 25-30.

LES DÉBUTS DU DUC d'aIGUILLON 23

être plus tard Tun des gros griefs de la province contre le commandant.

Les questions délicates étaient résolues, la session avait été relativement calme, les Etats se séparèrent le 2 décembre 1754, sans que Tentente entre l'Assemblée et les nouveaux commissaires du roi eût été sérieusement troublée * .

A Paris, cette première campagne fut considérée comme un succès pour le duc. D'Argenson rindique d'un mot pittoresque : « Les Etats de Bretagne se sont passés avec beaucoup d'honneur et d'agrément... On prétend qu'il n'y a qu'à ne point rudoyer les Bretons et qu'on en tire ce qu'on en veut, non comme les Allemands que l'on compare à la pierre à fusil et qu'on n'en tire qu'à force de les battre, mais comme des Français généreux que l'on mène par amitié et par justice 2. »

Luynes constate aussi le succès du duc et de la duchesse : « Elle leur fait bonne chère, on boit et on mange à triple rang à ses soupers et l'on danse après... ^ )>

Une circonstance heureuse avait contribué, d'ailleurs, à maintenir la concorde : une grande fête fut célébrée à Rennes le dimanche 10 novembre 1754 pour l'inauguration de la statue de Louis XV.

1. Arch. d'n.-et-Vil., G. 1755, 1756, 1757; G. 268G, G. 2708, C. 2825, G. 2726.

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