‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 31 sur 178 · Mémoires du duc de Luynes, XIII · texte numérisé non relu

Mémoires du duc de Luynes, XIII

24 LE DUC d\uguillo>^ et la chalotais

« Les Etats ayant ordonné, en 1744, qu'il serait érigé d'ans la ville de Rennes un monument en mémoire de la convalescence du roi et de ses victoires, chargèrent de Texécution le sieur Lemoyne, sculpteur de Sa Majesté, si connu par ses talents et par ses succès*. »

Le roi était représenté debout, le bâton de commandement à la main, ayant à sa droite la déesse de la Santé, à gauche la Bretagne entourée des attributs de la guerre et du commerce. La statue était placée dans la niche ménagée au centre de riIôtel-de-Yille.

C'étaient les Etats qui la faisaient ériger et qui donnaient la fôte ; « en conséquence , ils envoyèrent la veille une députation prier les commissaires du roi et M™® la duchesse d'Aiguillon de s'y trouver'-. »

Le dimanche, les membres des Etats étant placés, le duc d'Aiguillon à leur tête, la duchesse et toutes les dames aux fenêtres de l'Hôtel-de- Ville, la bourgeoisie au présidial, « le héraut, revêtu de sa cotte d'armes, monté sur un cheval caparaçonné, précédé de trompettes et de timbales, s'avance au milieu de la place et lit à haute voix cette proclamation :

(( Cest aujourdliui que les États font la dédicace du Monument quils ont fait ériger CQmme

1. Lemoyne, J.-B., né en 1704, mort en 1778, sculpteur de talent, auteur du mausolée du cardinal Fleury, des tombeaux de Mijrnard et de Grébillon.

2. Relation de la Fête donnée à Bennes par les Etats de Bretagne, le 10 novembre 1754, Jour de la Dédicace de la Statue du Roi. Les détails qui suivent sont extraits de cette Relation, rédigée par M. Champion de Cicé, abbé de Landevennec.

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un gage de leur amour pour le Roi. » VIVE LE flOI!

Alors le canon tonne, les trompettes retentissent, le voile qui couvrait la statue tombe; le cri (le : Vive le Roi! éclate dans toute Tassistance. Les Etats, après avoir salué la statue, rentrèrent au lieu ordinaire de leurs assemblées, Téveque de Rennes leur annonça les faveurs accordées par le roi comme marque de sa satisfaction : deux abbayes au clergé , deux compagnies de cavalerie et quatre places de garde-marine à la noblesse, deux lettres de noblesse au tiers.

Dans la journée, réjouissances populaires où le vin et les vivres sont distribués à tout venant; le soir, illuminations générales et bal public à rPIÔtel-de-Ville'.

Les Etats ordonnèrent des largesses dans les liôpitaux et prisons de la province; ils firent frapper 3,000 médailles, graver des estampes et imprimer 4,000 exemplaires du compte-rendu.

« Le même esprit animait toute la Bretagne et la fête a été également glorieuse pour le prince et pour les sujets. » Ces derniers mots de la Relation sont bien l'expression du loyalisme breton, qui s'affirmait alors avec sincérité et devait persister à travers toutes les épreuves-.

Tout cela coûta fort cher. Outre une gratification de 50,000 livres au sculpteur Lemoyne, les médailles furent payées 39,708 livres, la fête du

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