Arch. d'H.-et-Vil., C. 33't
2. Arch. dll.-ct-ViJ., C. 2086. Procès-veibal dos Etats do 175^*. La statue de Louis XV a été fondue en 1793 et le métal employé à fabriquer des canons.
26 LE DUC d'aiguillon et la chalotais
10 novembre 36,179 livres; enfin Ton est un peu surpris d'apprendre que le total des dépenses de toutes sortes, faites pour le monument, s'éleva à 439,254 livres'.
Vï
Après les Etats, le commandant parcourut la province, visita les villes et les ports et les examina en administrateur et en stratégiste. Il fut surtout frappé du mauvais état et du petit nombre dos routes.
La Fontaine avait peut-être un peu calomnié la Bretagne quand il écrivait, quelque soixante ans auparavant :
... C'était à la campagne, Près d'un certain canton de la Basse-Bretagne,
Appelé Quimper-Corentin.
On sait assez que le Destin, xVdresse là les gens quand il veut qu'on enrage^.
Mais, (( si Ton s'en rapporte au témoignage de tous ceux qui ont parcouru la province avant
1. Le duc d'Aiguillon parle dans son Journal d'un incident dont ne fait pas mention le procès-verbal pourtant fort détaillé du greffier des Etats. La noblesse aurait protesté et même témoigné l'intention de refuser la gratification accordée au sculpteur, parce qu'il avait représenté la Bretagne à genoux aux pieds du roi. Le duc blâme cette susceptibilité ombrageuse, « qui mêle une sorte d'aigreur aux sentiments les plus doux. » Son apologiste partage ce sentiment. D'autres, au contraire, trouveront ce sentiment très légitime et tout i\ fait honorable; ne peint-il pas le caractère des Bretons : fidèles, mais debout. (Voir Marion, La Bretagne et le duc d'Aiguillon, p. 28; de Carné, Le* Etats de Bretagne, II, p. 102.)
2, La Fontaine, Fables, Le Charretier embourbé.
LES DÉBUTS DU DUC d'aIGUILLON 27
1756, dit le duc lui-même, les chemins y étaient absolument abandonnés. La seule route de Rennes à Brest était praticable; les autres, dans les plus beaux temps, offraient à peine un passage sans danger, même aux cavaliers. A la moindre pluie, tout rapport, toute communication étaient interceptés entre les différentes villes K »
De là des inconvénients graves pour le commerce comme pour la guerre. Les « productions et les denrées périssaient sur la terre ou restaient sans valeur entre les mains des laboureurs, )) alors qu'elles manquaient dans la région voisine. Les côtes, à chaque instant menacées d'une attaque par les Anglais," n'auraient pu être défendues à -temps et restaient à la merci des incursions de l'ennemi.
Le nouveau commandant résolut de remédier à cet état de choses. La question des « grands chemins » devint dès lors l'une de ses principales préoccupations et' fut l'une de celles qui lui valurent dans la suite le plus de critiques et le plus d'animosités.
Elle n'était pas aussi simple qu'elle le parait au premier abord.
Les Etats avaient dirigé jusque-là, au moins pour une grande part, l'administration des (( grands chemins; » depuis 1734, date de sa création, la Commission intermédiaire surveillait l'emploi des fonds votés par l'assemblée; mais les attributions des représentants de la province n'étaient point clairement délimitées et
. 1. Mémoire pour M. le Duc d'Aiguillon, p. 31.
28 LE DUC I)\viGUILLON ET L\ CIIALOT.US
])lusieiirs difiicultés s\Hiiient élevées entre eux et les agents du pouvoir.
Ceux-ci tendaient à s'emparer de la direction des travaux. Le duc assure qu'ils étaient fort mal conduits, « que les places d'ingénieurs s(^ donnaicMit aux créatures de personnes en crédit, à d'anciens domestiques. »
Pour remédier à ces abus, il voulut codifier les règles de la matière. Un Règlement en quarante- six articles détermina avec la plus grande })récision la forme, la largeur, le mode de construction des routes.
Il faut S(î rappeler que l'usage de l'empierrement dit « macadam » n'était pas encore connu. La chaussée était empierrée ou, comme on disait alors, ferrée avec de grosses pierres recouvertes d(î gravier.
Les chemins étaient ouverts et entretenus au moyen des corvées,
Cha(iue paroisse était tenue de fournir un certain nombre de corvoijeurs^ désignés d'après les rôles de la capitation, qui, conduits par un (lépiiléy devaient se trouver à un jour donné sur tel point pour fournir un nombre fixé de journées. Les travaux d'art étaient faits à l'entre- ])riso ; de plus, il était créé toute une hiérarchie iV ingénieurs, {['inspecteurs et de piqueuj's, placés sous l'autorité d'un chef demeurant à Rennes, et qui devaient correspondre seulement avec le commandant et l'intendant'.
Ce Règlement, complété par une série de
1. lU'f^Iement pour les Gran:h Chemins de la Province de Dre~ lasfne. Ueiines, 175'i. •
LES DÉBUTS DU DUC d'aIGUILLON 29
mesures pénales, parut le 5 noyenil)re 1754.
Les Etats, qui étaient alors assemblés, nommèrent une commission pour Texaminer. Voyant là un empiétement sur leurs prérogatives, ils réclamèrent Tadministratiou des « grands chemins. »
Le duc parut disposé à faire quelques concessions. 11 apporta, en effet, certaines modifications au Règlement de 1754, qu'il soumit aux Etats de 1756. Il laissait aux représentants de la province toute la partie financière, leurs commissaires devaient assister aux adjudications, ils pouvaient surveiller l'emploi des fonds, inspecter et recevoir les travaux.
Mais il se réservait expressément la partie technique, la correspondance avec les ingénieurs et leur direction. Il divisa la province en neuf départements^ à la tête desquels était un ingénieur payé 3,000 liv.; ringénieur en chef, Chocat de Grandmaison, en recevait G, 000'.
Enfin, il fut décidé que les corvéables d'une paroisse ne pourraient être appelés à travailler à plus de deux lieues de leur clocher, que la tâche serait d'une toise par livre de capitation, et que la longueur des chemins entrepris à la fois ne dépasserait jamais 380 lieues.
Les Etats et le duc tombèrent d'accord sur ces dispositions principales, et celui-ci publia le Règlement qui devint le code de la matière^. »