‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 33 sur 178 · VI. Travaux publics. — Les grands chemins · texte numérisé non relu

VI. Travaux publics. — Les grands chemins

En activant Touverture dos grandes routeTs, le duc d'Aiguillon n'avait pas seulement en vue rintérêt du commerce, mais aussi les besoins de la défense.

Les Anglais venaient de recommencer les hostilités, ils voulaient à tout prix abaisser la puissance maritime de la France et pour cela ruiner sa marine ; leurs corsaires capturaient impitoya- Llcimont les navires marchands, leur escadre menaçait constamment les côtes. Le duc se préoc- (Mipa de mettre celle-ci à Tabri d'un coup de main, (!; 'était une grosse affaire dans une province (entourée par la mer et dont les rivages sont couj)éH i)ar un nombre infini de ports, de havres, de gn^vcîs sablonneuses.

Il (il él(^v(îr sur les points favorables des forts cl (les batteries destinés à tenir en respect les

vaisseaux ennemis, à protéger le cabotage et la pêche. C'est de cette époque que datent le fort de la Cité, devant Saint-Malo, ceux des îles d'Houat, d'Hœdic, des Glenans, de Belle-Isle.

Pour armer ces défenses, il résolut de réorganiser les milices garde-côtes.

Auparavant tous les hommes valides de seize à soixante ans, dans les quatre cent soixantequinze paroisses qui bordent la côte, étaient tenus de se rendre au premier signal sur le point menacé.

Cette multitude de 90,000 hommes, sans armes, sans discipline, sans chefs était plus encombrante qu'utile. Elle fut remplacée par un certain nombre de compagnies garde-côtes comprenant seulement 10,000 hommes, qui furent armés aux frais de la province et recevaient une solde du roi lorsqu'ils étaient assemblés plus de quatre jours par mois. D'anciens officiers furent mis à leur tète.

Cette réforme était excellente. Plus tard, lors de la rupture entre le duc et les Etats, tous ses actes furent attaqués avec une extrême violence et parfois, il faut le dire, avec une injustice passionnée. On lui reprocha d'avoir gaspillé les deniers publics, d'avoir astreint les laboureurs à un service pénible qui ruinait les campagnes ^ 11 put se défendre facilement, en prouvant que le fort de la Cité n'avait pas coûté 200,000 livres, que Tentretien des gardes-côtes ne demandait que

1. Mémoire pour M. le duc dAlgitilUm, p. 22-2't. — Réponse des Etats de Bretagne au Mémoire du duc d'Aiguillon, p. 7-9. — Observations sur la réponse des Etats, p. 52-70.

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05,150 livres par an et que les soldats n'étaient astreints à ce service que pendant cinq ans. Il était si peu pénible que beaucoup se rengageaient indéfiniment.

Le duc d'Aiguillon agissait en administrateur sage et en général prévoyant. L'Angleterre venait de recommencer la guerre. Les Français attaquaient ^linorque et, sous les ordres du maréchal de Richelieu, s'emparaient de Port- ■Nlahon, place réj)utéc imprenable (28 juin 1756).

A ce moment, notre diplomatie préparait un coup de théâtre. La France se rapprochait de TAutriche, notre adversaire depuis trois siècles. Les négociations, conduites dans le plus grand secret par l'abbé de Bcîrnis, aboutissaient au traité d'alliance (Mitre ^larie-Thérèse et Louis XV, signé à Versailles le 1^'' mai 1756'.

Par contre, un des petits Etats de la Confédération germani(|U(î avait grandi et aspirait à jou(u* un role.'^(]'était la Prusse. Frédéric II se rapproche de l'Angleterre, envahit la Saxe et attaque l'Autriche. Celle-ci, battue à Lovositz (P** octobnî 1756), fait appel à sa nouvelle alliée. Alors commença cette guerre qui devait durer siqjt ans et qui fut, pour la France, si féconde en désastres.

Le trésor était épuisé et pourtant il fallait trouver des ressources. On se décida à créer un second vingtième. Les Parhmients Tenregistrèrent avec peine. !Mais la grosse difficulté était de le faire accepter par les Etats. Périlleuse

1. Voir Mémoires et Lettres du Cardinal de Bernis, par Frédéric Musson, I, p. 222 et suiv.

besogne, surtout en Bretagne, car le premier avait failli soulever des tempêtes dans la dernière assemblée et n'avait même jamais été régulièrement voté.

Pourtant elle n'effraya pas le duc d'Aiguillon ; il se fit fort d'obtenir le consentement des Etats. Il eut même été d'avis de ne pas envoyer d'abord au Parlement la déclaration du 7 juillet 1756, établissant le second vingtième. Il soutenait cette thèse que les Etats avaient seuls le droit de voter les impôts, que le Parlement ne pouvait que les promulguer, thèse de circonstance, dont le but était de désunir les deux corps, de les exciter l'un contre Tautre. « Nous en viendrons pour lors plus aisément à bout, » disait-il avec une sincérité dépourvue d'artifice'. »

L'Assemblée s'ouvrit à Rennes le lundi 6 décembre 1756. Elle était nombreuse ; l'ordre de l'église comptait 33 membres , la noblesse 635 gentilshommes, dont 500 présents effectivement, le tiers 56 députés ; les trois présidents des ordres furent M^'"* de Vauréal, évêque de Rennes, le prince baron de Léon, et jNI. de Silguy, sénéchal de Quimper-. Dès le lendemain,

1. Arch.Nat., H. 336. D'Aiguillon à Pcircnc de Moras, qui avait succédé à de Séchelles le 15 avril 1756. LeUres du 5 et du 11 décembre 1756.

2. Mgr de Vauréal était un parlementaire habile, tacticien consommé, connaissant ù merveille le tempérament de l'Assemblée qu'il présidait. (Recherches sur les Etats de Bretagne, par du Bouëtiez de Kerorguen, I, 190.)

Les commissaires du roi, chargés de présenter les demandes

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le don gratuit de 2,500,000 livres fut voté à Tunanimité et sans discussion.

Mais le calme ne devait pas être de longue durée. Huit jours après la lutte commence, et ce sont les Etats qui rengagent. Prenant les devants, dès le 12 décembre, ils envoient une députation aux commissaires du roi pour leur demander la suppression de Timpôt du vingtième, (( comme trop onéreux pour le peuple et levé sans le consentement des Etats, ce qui était contre les privilèges exprès et formels de la province. »

Cette démarche n'était pas pour satisfaire le duc d'Aiguillon, qui avait à faire accepter non pas un, mais deux vingtièmes. Il répondit à la députation par les arguments ordinaires : « Le vingtième est une imposition dont le produit est employé à acquitter les dettes de l'Etat contractées pendant la dernière guerre. La Bretagne doit la supporter comme les autres provinces du royaume; et je ne peux pas imaginer que les Etats cherchent à se soustraire à une imposition aussi juste, dans un moment où ils n'ignorent point que le roi a besoin de nouveaux secours pour soutenir une guerre que la gloire et l'intérêt de la nation exigent également*. » Il

du gouvernement, étaient le duc d'Aiguillon, le premier président de la BrifFe d'Amilly, l'intendant Le Bret, le procureur général de Garadeuc de la Ghalotais, les avocats généraux du Parc Porée et Le Prestre de Chûteaugiron, MM. Auvril de Trevenegat et Viard de Mouillemuse.

Arch. d'Il.-et-Vil., C. 1759, 1760, 2687, 2826. Toutes les indications données dans le texte et toutes les citations faites dont extraites de ces documents authentiques.

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