‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 34 sur 178 · Arch. d'U.-et-Vil., G. 2687. Procès-verbal officiel · texte numérisé non relu

Arch. d'U.-et-Vil., G. 2687. Procès-verbal officiel

ajoutait d'ailleurs que s'il s'était glissé des abus dans la perception, ou si les Etats avaient quelque projet à proposer pour la rendre moins onéreuse, il était prêt à les écouter. C'était leur faire une avance au sujet de Vabonne^ ment.

« Il ne paraît pas jusqu'ici, disait de son côté l'intendant, que cette démarche ait d'autre objet que de faire valoir le système que les Etats ont toujours soutenu, qu'ils doivent consentir les impositions qui se lèvent dans la province *. »

Dès le lendemain lundi , la commission du vingtième présenta ses propositions : « La Bretagne ne doit pas être assimilée, quant à la forme de lever les impôts qu'exigent les besoins de l'Etat, aux autres provinces. Ses droits, franchises et libertés à cet égard sont fondés sur les titres les plus augustes. Malgré les pertes ruineuses qu'elle a faites, elle vient de donner une preuve distinguée et bien sensible de son zèle, en augmentant le don gratuit. Aujourd'hui, pour éviter les vexations continuelles des contrôleurs, elle propose de demander Vnbonuement de cette imposition, sur le pied de 900,000 livres. »

L'Assemblée accepte cette proposition, qui est transmise aux commissaires du roi.

L'abonnement était, comme on sait, une sorte do traité à forfait : la province s'engageait à verser une somme fixe au trésor royal, et elle se chargeait elle-même de la perception ; elle évitait ainsi l'administration en régie et les abus de

1. Arch. d'U.-et-Vil., G. 1759. Le Bret u Saint-Florentin et au contrôleur général, 12 décembre 1756.

3C LE DUC d'aiguillon ET LA CHALOTAIS

])ouvoir des collecteurs, dont elle se plaignait avec amertume.

Le duc accorde en principe Tabonnement, ainsi que ses instructions Vy autorisaient, mais il ajoute que la somme demandée d'après les rôles de la régie est très supérieure à celle qui est oflerte. Il profite de cette concession pour parler du second vingtième que les besoins de TEtat ont déterminé le roi à imposer dans tout le royaume; il serait prématuré de traiter de Tabonnement du premier sans y comprendre le second.

Aussitôt après, M. de Quélen, Tun des procureurs généraux syndics, dépose la demande officielle du second vingtième, au nom du roi.

A cette nouvelle, les Etats restent interdits. « Elle a si fort alarmé l'Assemblée que celle-ci s'est trouvée liors d'état de prendre un parti, » dit le procès-verl)al . On discute jusqu'à six Injures du soir, sans s'arrêter à aucune décision. L'iieure du dîner étant arrivée, on se sépare.

L'intendant était inquiet de la tournure que prenaient les choses; cependant il espérait qu'avec du temj)s et de la patience on parviendrait au but qu'on se proposait ^

Le lendemain, IG décemljre, nouvelle députation vers le commandant. On refuse absolument le second vingtième, a Notre zèle et notre bonne volonté n'ont point de bornes, lui dit la Commission, mais il s'cm faut bien que nos facultés puissent y répondre. La multiplicité et l'excès des impositions nous accablcuit... »

1. Arch. dîl.-ot-Vil., C, 1750. Le Bi'ot à Saiiil-FIorenlin, 15 décembre 1756.

Là-dessus, peinture fort noire de la situation de la province dont la nombreuse population maritime est décimée depuis un an par les poursuites des corsaires anglais. « Dans Tintérieur, on trouve peu de laboureurs, la milice en a enlevé la plus grande partie. Les côtes demeurent totalement sans culture; il n'y reste que des femmes et des vieillards, dont les forces ne sauraient suffire au travail nécessaire pour rendre la terre fertile. Les matelots... se trouvent prisonniers depuis longtemps en Angleterre, et les familles ont vendu jusqu'à leur ménage pour fournir la subsistance à des malheureux, auxquels on ne la donne point suffisante, chez une nation qui joint cette cruauté à tant d'autres perfidies ^ »

Le duc ne se laisse pas ébranler; il répond à Févêque de Saint-Brieuc, Mgr Thepault du Breignou, chef de la députation :

« Monsieur, personne ne connaît mieux que moi les maux de la province et ne désire plus ardemment de lui procurer les soulagements dont je sais qu'elle a besoin. J'ose même me flatter que je l'obtiendrais aisément de la bonté du roi dans toute autre circonstance; mais les dépenses énormes qu'occasionne une guerre aussi juste que nécessaire obligent Sa Majesté à demander de nouveaux subsides à ses sujets... Je rends trop de justice aux Etats pour ne pas être persuadé qu'ils donneront à cette occasion de nouvelles preuves de leur amour pour le roi et de leur zèle pour son service. »

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