‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 47 sur 178 · Uuc de Bro^Ve, Le Secret uu ItoL î · texte numérisé non relu

Uuc de Bro^Ve, Le Secret uu ItoL î

^ais par 70,000 ennemis. Les désastres se multipliaient.

Alors Choiseul conçut le projet d'aller attaquer 'Angleterre jusque chez elle. Idée audacieuse, iéduisante, hardie, mais irréalisable.

Des préparatifs formidables furent entrepris, ^inq escadres furent armées; le duc d'Aiguillon, ïRCore entouré de la gloire de Saint-Cast, devait ître mis à la tète de l'armée de débarquenent.

Les trois flottes de TOuest, réunies à Brest t commandées par le maréchal de Conflans, ortirent enfin du port; elles rencontrèrent Tesadre anglaise près de Belle-Ile; une mêlée conuse s'engagea, six vaisseaux français furent pris u brûlés, les bâtiments d'avant-garde se réfu- ;ièrent à Rochcfort, les vaisseaux du centre 'échouèrent sur les rochers ou, pour éviter d'être apturés, entrèrent dans la Vilaine, où ils res- L»rent bloqués. C'est cette journée désastreuse 10 novembre 1759) qu'on a appelée la bataille \e M. de Conflans,

Quelques mois après, les Anglais, dont la lotte croisait toujours sur la côte sud de la Brcagne, attaquèrent Belle-Ile • qu'ils convoitaient lepuis longtemps. Le 22 avril 1761, étant parvenus à gravir un rocher réputé inaccessible ît non défendu, ils s'établirent sur le rivage, )attirent et firent reculer deux régiments français.

1. Bolle-Ile-en-mcr, en face de Quibcron (Morbihan), 8,000 hocares, 18 kilom. de long, 8 dé large, 48 de circonf., 10,800 habiants.

96 LE DUC d'aiguillon et la chalotais

Le chevalier de Sainte-Croix, qui commandait, officier de mérite et d'une grande bravoure, fut obligé de se renfermer dans la citadelle ; il y tint quelques jours, puis se rendit à condition d'obtenir les honneurs de la guerre. Les soldats français passèrent sur le continent et les. Anglais restèrent maîtres de l'île. Ce malheureux événement produisit .une douloureuse émotion en Bretagne ; les malveillants l'interprétèrent contre le duc d'Aiguillon, la gloire de Saint-Cast commençait à pâlir.

On lui reprocha plus tard de n'avoir mis à Belle-Ile ni assez de troupes ni assez de munitions, de ne pas s'être porté au secours de M. de Sainte-Croix. Le commandant répondit à ces accusations en donnant le chiffre des approvisionnements, en montrant qu'il avait tenté tout ce qu'il était possible de faire.

Entre ces affirmations contradictoires, il est assez difficile de démêler la vérité. Il faut remarquer toutefois que ce fut seulement neuf ans après, au moment de la grande querelle entre le commandant et les Etats, que ces imputations furent formulées par écrite Elles n'atteignirent pas tout d'un coup ce degré de violence et aussi d'injustice que l'emportement d'une lutte acharnée peut seul expliquer. Mais dès l'époque de la prise de Belle-Ile, dès l'année 17G0, im sourd mécon-

1. Voir en faveur du duc d'Aig-uillon : Mémoire pour M. le duc d Aiguillon, par Linguet, p. 00 à 7't ; Obseri>ations sur la réponse des Etais de Bretagne, par Linguel, iii-4", p. 88 à Ul. — Contre le duc : lîéponse au grand Mémoire de M. le duc d'Aiguillon, in-4°, p. 20 à 28 ; Réponse des Etats de Bretagne au Mémoire du duc d'Aiguillon, p. 24.

tentement commençait à régner. La noblesse revenait à sa défiance habituelle ; on le vit bien aux Etats de 1760 : jamais l'opposition ne s'était manifestée avec autant de vivacité et d'énergie.

Page 1