‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 50 sur 178 · L OPPOSITION AUX ETATS DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

L OPPOSITION AUX ETATS DE BRETAGNE

les circonstances n'exigent qu'il le produise plus tôt. »

En fait, les Etats votèrent au scrutin secret pendant toute la session. Ce ne fut qu'à la séance du 12 décembre, deux mois et demi après, que le commandant leur fît transmettre par le procureur général syndic l'arrêt du Conseil cassant la délibération du 2 octobre, et en demanda l'inscription au registre.

Cette déclaration causa une fermentation d'autant plus vive qu'on ne s'y attendait pas. Les tuteurs et leurs adhérents crièrent qu'on ne l'enregistrerait jamais : « Le roi, disaient-ils, n'avait point la police de leur assemblée, elle appartenait aux Etats seuls, ils étaient les maîtres de faire tous les règlements qu'ils jugeraient convenables ^.. »

Les affaires étaient terminées, les Etats allaient se séparer, les demandes de fonds étaient acceptées, il ne restait plus qu'à procéder à l'adjudication des fermes; alors trois membres de la commission des finances : ]\DL du Lattay, de Kerivon et de Ranléon, qui s'étaient distingués pendant la tenue par la vigueur et l'àpreté de leur opposition, déclarent qu'ils refusent de signer, parce qu'on ne leur a pas fourni tous les éclaircissements nécessaires. En vain les dixhuit autres commissaires leur représentent qu'on n'en donnait jamais de plus étendus. Ils persistent obstinément dans leur refus.

Dès lors, impossible de voter l'état de fonds, c'est-à-dire le budget, de procéder à Tadjudica-

|. Arch. Nat., H, 440. D'AiguiUon à Berlin, 13 décembre 1760.

H8 LE DUC d'aIGULLON ET L\ ClïALOTAIS

lînn des fermes et <](• pronr>ur(*r h\ elofiiro do Fassembîée, qui l'tait annoncée pour le jfmr mt^me,

AL de Coëlanscours se levé, il soutient que le refus des trois opposants est parfaitement niôtlve et qu'il est nécessaire de renvoyer la délibération au leodi'niain. Comme toujours, la noidésse Tappuie avec chaleur. Le président du tiers est hué quand il énonce que Favis de son ordre est d'approuver Tétat de fonds; TégUse n'ose pas prendre d'avis eu foi' me.

Cette scène était eu réalité ce que tu^us appelons aujourcrhui une manœuvre parlementaire. Ou voulait à tout prix g*agner le lendtuuaiii, non pas pour les finances, mais pour la question du > scrutin. AL de Kerguézec, avec sa vive intelHgonceM et son liabitudc des débats, avait vite compris le coup mortel que Tinterdiction dn vote portait à Topposition et aussi à l'indépendance des Etats Mais que faire? Impossible de désobéir à l'ordn formel du roi. Il eut alors une pensée hardie.

Il émet devant quelques membres influents devant h'S hastionnaires les plus avist^s, Tidée que Fou pourrait [irut-rtre maijilenir la délibération en rinsérant au registre comme un simple a'vis, une convention oflicicuse, sans lui donner le caractère d'une décision onicielle, et surtout sans rajouter au règlement comme article obligatoire.

L'idée fait son chemin. Lul-mémc alors se rend en secret pendant la nuit prés du duc d'Aiguillon. 11 l'aborde en lui disant qu'il s'adresse à lui non connue commissaire du roi, mais en son nom personueL

s*fl rafl

l'opposition aux états de BRETAGNE 119

— « La noblesse est décidée à maintenir, à titre de convention tacite, la résolution du scrutin secret; je vous demande de ne pas vous y opposer ou plutôt de consentir à l'ignorer. »

Le commandant, comprenant qu'il ne pouvait décemment donner tout haut les raisons qui le faisaient tenir au scrutin secret, craignant d'ailleurs de provoquer un éclat ou, comme il le disait, « de nouvelles incartades, » et surtout désireux de clore une session qui durait depuis plus de trois mois, finit par se rendre aux raisons de M. de Kerguézec.

« Aussi bien, pensa-t-il, cet article n'est qu'une simple convention entre les ordres, je n'ai pas le moyen de l'empêcher et elle pourra être cassée encore plus aisément qu'un règlement. )>

Mais il imposa comme condition de déchirer lui-même le feuillet portant la délibération du 1^^ octobre. En effet, il se fit apporter le registre et détacha la page sur la minute du greffier en présence de la députation^

1. M. Marion paraît ne pas bien se rendre compte de ce qu'est le procès-verbal authentique des Etats. Il n'y a qu'M« procès-uerbal authentique, c'est celui qui était écrit par le greffier sur un registre coté et signé à chaque feuillet par les six membres de la commission de chifFrature. De plus, le procèsverbal de chaque séance est signé manu propria par les présidents des trois ordres. Ces procès-verbaux sont aux Arch. départ. d'Il.-et-Vil. C'est la minute. Tous les autres registres qui existent à Rennes, à Paris, à Nantes, ou même chez des particuliers, ne sont que des copies plus ou moins authentiques de cette minute.

Ce chapitre sur V Opposition aux Etats de Bretagne ayant été publié dans la Revue de Bretagne, en 1892, M. Marion dit dans son ouvrage (La Bretagne et le duc d'Aiguillon, p. 158, note 2) : « M. Pocquet a vu aux Archives d'ïlle-et- Vilaine le procès-verbal du greffier où il est dit que le feuillet fut raturé et non pas déchiré. » Je n'ai pas dit cela et le greffier ne l'a jamais écrit.

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On attendait avec finxirto rouverture do hV séance. Oa prévoyait un orape. Déjà les Etals avaient formule leur protestation conlre l'arrêt du Conseil. Mais M. de Kerguézec prend la parolis il expose son système, et telle est son influene^B que rassemblée se range aussitôt à son avis, elle™ l'adopte sans débat, la protestation est eiTacée sur le registre et Ton y inscrit la motion suivanteS qui resta insérée au procès-verbal :

« Sur qnclqïics représenUdions ffiUes plus cVune fois, les irais ordres, sans s'en faire^ néanmoins une loi par forme de règlement^ son™ convenus de ne polnl refuser de délibérer aux chambres et par senti in, dès qu'un des ordres le désirera pour la liberté des suffrages^, »

M. Mitrion m'û mol lu. n ajoute fjue Us lermPR dp la lettre d'x\îyiLiillotJ du 1^1 tlécemtjrc ne pertiioacMit pos dl<* duutfT que lé\ feuillet ti'uil éié rèaUcuieni âévhhù et que lii rej^fiàU^e H, 3'j^i,J des x\rebtve3 Nutiorinles no contîenl rien qui tiit rapport scruliii, CeUe dçi'iiiei'iii ronstutulîmi ne prouve tirn ; raJIirinntioill du due d'Aiguillon, ijtii est une prouve irréfulable puur M* Muriuriii" n'eu e.Hl pus une pour moi.

Toutefois, jfl dois njouter que le rcoilîel n pu élre dt'ehirt^, uni examen minutieux du registre me permet de le cruîre. L» séniie du 1""" uetobre est portée au folio <iO, et il n'y o aucune iulerruplion dans les pa^M; moda je suis porté ù penser que ce fejilk*! a pu «^Ire dtUiudié et un nuire rnppiuté aprta coup. H y n Iroîa îndiees qui semblenl rî«idi(|ucr : l* le l'euillet (>0 ne porte pus lea^i HÎjJi-mitures des six membres de la coiniMÎ:^sîon de chiffralurej c'est tu fie u le page qui tie les porta pas; 2"* il est monté onglet et pcutf par suite, ovoir ùiè recoffe' après coup; 3" \i\ fin de lu délibération, qui est au haut du feuillet 61, Mlonnéo efr ratuvëeT paraît t'ommenrer un milieu d'une pbrase. Le feuillet *>Û présente du reste eertaines dillérenees de calligrapîiîc qui seuH Lieraient indiquer qu'il a été êetit «près lea autres.

1, Areh. d n^-ct-ViL, C» 2828, Procès-verb»! tuillienliqiie. Séûnc du 13 décembre 17<îO,

M, de Cfuue a dramatisé coîlc srhnc eu raruTilant l'enlrée »ci leuncllc du eommaudunt aux Etats {Ehtls de Brdagnt^ II, t28jJ

l'opposition aux états de BRETAGNE 121

On voit quelle importante concession était faite aux Etats. Ils sacrifiaient la forme, mais ils gardaient le fond. Cette habile manœuvre est une des preuves les plus frappantes de Tintelligence politique de M. de Kerguézec et de Tinfluence dominante qu'il exerçait sur rassemblée.

Le ministère eut quelque peine à accepter la transaction du commandant, qu'il taxait de faiblesse. On fit observer à celui-ci « qu'il serait peut-être nécessaire de casser l'article que les Etats avaient substitué à la délibération et qui avait été censé l'avoir été à son insu, parce qu'en le laissant subsister, ce serait en quelque sorte reconnaître la proposition absurde qui paraît avoir été adoptée par les Etats; que la

Tous ces détails sont inexacts. Le duc dit positivement dans sa lettre du 16 décembre 1760 au contrôleur général « qu'il se fit apporter le registre pour déchirer le feuillet qui contenait ladite délibération et qu'il l'avait fait en présence de la députation qui lui avait apporté ledit registre. » (Arch. Nat., H. 440.) D'ailleurs, le procès-verbal mentionne formellement que le duc entra aux Etats à la fin de la séance pour prononcer la clôture. Il n'y parut pas auparavant.

Je reproduis le texte de cette note tel qu'il a été publié en 1892. J'avoue que je ne comprends pas les critiques que m'adresse à ce sujet M. Marion (p. 158, note 3).

« M. Pocquet, dit-il, conteste l'exactitude de ce récit et reproche à M. de Carné d'avoir dramatisé la scène et attribué à l'entrée solennelle du duc de trop merveilleux effets. M. Pocquet nous paraît avoir perdu de vue que ce n'est pas l'entrée du duc d'Aiguillon, mais les nouvelles apportées par M. de Kerguézec qui furent cause de cette brusque métamorphose ; la radiation ou la rupture de la page n'eut pas lieu en présence des Etats, puisque le duc s'est fait apporter le registre, mais en présence d'une députation. »

Non seulement je n'ai pas perdu de vue tous ces points, mais ce sont précisément ceux que j'ai démontrés en réfutant M. de Carné et en citant les termes textuels de la lettre du duc du 16 décembre. Une fois encore, M. Marion m'a mal lu.

122 LE DUC d'aiguillon et la chalotais

police de leur assemblée leur appartient à eux seuls, qu'ils sont les maîtres de faire tous les règlements qu'ils jugent convenables ^ »

Mais l'infortuné commandant s'excusait « en retraçant ce qu'il avait à souffrir de l'indisposition générale des esprits, de la composition intolérable de l'assemblée et du despotisme outré qu'y exercent deux chefs de parti qu'on n'ose pas contredire. » C'est alors qu'il ajoutait que, (( pour comble de disgrâce, il avait à se méfier même des principaux commissaires du roi, qui se faisaient les espions et les soutiens de la cabale! Et pourtant, ajoutait-il, je n'ai point à me reprocher d'avoir laissé porter atteinte à l'autorité de Sa Majesté dans un temps où elle est méconnue presque dans tout le royaume et par tous les corps de l'Etat-. »

La question du scrutin n'était pas la seule qui dût causer de poignants soucis au représentant du roi, celle des finances, toujours irritante, allait provoquer une tempête.

Les demandes do fonds étaient plus élevées que jamais. Le ministère, pressé d'argent pour la guerre, pour les armements de la marine, pour les dépenses de la cour, exigeait, en plus des deux vingtièmes abonnés à 2,400,000 livres, un troisième vingtième et toujours les 2 sols

1. Arch. Nat., H. 'j'iO. Le contrôleur général à dAiguiUon, 26 décembre 17G0.

2. Arch. Nul., H. 3'i8. D'Aiguillon à Berlin, 10 décembre 1760.

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pour livre de chacun; en outre le doublement et pour certaines cotes le triplement de la capitation, plus les 4 sols pour livre d'iceux (et l'intendant trouvait lui-même exagérée la somme de 1,800,000 livres que produisait cet impôt); enfin les droits sur les courtiers-jaugeurs, contrôleurs des boucheries, boissons, etc.

Devant Ténormité de ces exigences, la noblesse déjà mal disposée se cabra; elle avait, disait-elle, à défendre les intérêts du peuple, elle n'accepterait jamais de pareilles exactions, qui seraient la ruine de la province. Une commission fut nommée pour adresser des remontrances au roi. MM. de la Biliais^ de la Bédoyère, de Kerguézec, des Nétumières, de Goëtanscours et de Pontual furent désignés. C'étaient les chefs de l'op- . position.

Le duc accorda au nom du roi une réduction de 350,000 livres sur le troisième vingtième, ramené ainsi à 850,000 livres. C'était trop peu.

Après divers pourparlers qui n'aboutirent pas, le moment vint de prendre une décision : le tiers accepta les impôts; la noblesse, par 92 voix contre 53, les refusa tous en masse, principal et accessoires ; l'église, en apprenant ce vote, tarda à délibérer K (9 octobre 1760.)

Jamais la noblesse n'avait ainsi rejeté les impôts en bloc. Aussi le commandant est indigné, il écrit le jour même :

(( La noblesse a poussé la déraison et l'extravagance au dernier degré dans la séance de ce

1. Arch. d'Il.-et-Vil., C. 2689, et C. 1766. Procès-verbal officiel et lettres de l'intendant.

matin... la cabale ayant latalemont snbjijo^ué les espritB... J'aequicsyai trautani plus voloiitioi*s à ridée de surseoir que je f^avais que le délire était au dernier degré sur le tliéàtre. Le duc île Rohan, président, avait esBuyé des propos aussi déplacés qu'insulents, il n'osait et w. pnuvnit plus parler, et les gens snges étaient sortis pour n'être pas exposés aux injures des séditieux et même à leurs mauvais traitements. ^lais' ÎI, de Contanseours et ses ailliérents eraignireut qui* leurs pnrtisans ne faiblissent; la séancâ ayant été levée mtdgi'é les cris et les mi^nnres de la cabale j les chefs arréléreui sur le tliéàtre leurs partisans au nombre de *plus de eiuquantei et leur firent jurer bautement, foi de geutilbomme, qu'ils persisteraient le lendemain daas leur avis. Cette scène fut accompagnée des propos les plus violents et les plus extravagants.' 51, le duc de Ruban, qui ne put s'empécber d'en entendre une partie en sortant, en était affecta le soir jusqu'à verser des larmes ^ j)

L'esprit d'indépeiid-ince, Texultation de la résistance pouvaient entraîner quelques folies. Uiî gentilhomme n'avait-il pas osé dire peu de jourg auparavant, dans bi salon même du due d'Aii guillon et devant une nombreuse assistance, que les Etats devraient faire élever un monument aux quatre geutilsljonuues qui furent décapités al Nantes en 1720 pour la liljerté de la Bretagne, car personne n<* méritait plus qu'eux cette dis-^ tinction'^

!♦ Archives >î«lionnî«î?, IL 4'iO D'Aît^iiUim à UerUu, 7 oc 2. MM. de Puntcallec^ de Monilout:), du TuUiouvt et du Couc

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Le duc qui Tentendit le pria de se taire, mais n'osa rien ajouter. Le ministre fut outré de cette audace : « Ce gentilhomme, écrit-il, eût mérité une punition très sévère; » il regrette que le duc n'ait pas voulu sévir immédiatement et faire un exemple capable de contenir ceux de son espèce. Il eut dû même aller plus loin, ordonner d'arrêter le coupable et le faire poursuivre devant le Parlement... « Un pareil exemple, ajoutait-il, eût été de nature à en imposer à tous ceux qui se permettent les propos indécents dont vous vous plaignez avec tant de raison et que Timpunité autorise K.. »

Mais le duc, qui ne voulait pas pousser les choses à l'extrême, refusa constamment de livrer le nom de cet imprudent. Il essayait au contraire d'agir sur les Etats par quelques gentilshommes dévoués, comme le marquis d'Apreville et le comte de la Belinaye, afin de faire revenir la noblesse sur son refus.

Ce n'était pas facile. Les esprits étaient mal disposés. (( Chaque fois que le duc de Rohan ou un orateur parlant pour la conciliation se levait, la cabale faisait des huées épouvantables et ne les discontinuait que lorsqu'ils étaient rassis. M. de Coëtanscours et M. de Kerguézec prenaient alors la parole, et le silence le plus profond régnait dans l'assemblée. Chaque phrase indécente était suivie de battements de mains et on

décapités le 26 mars 1720 sur la place du Bouffay, à Nantes, par ordre du régent, pour avoir tenté de défendre les privilèges de la province contre le gouvernement des roues.

1. Arch. Nat., H. 440 et H. 347. Bertin à d'Aiguillon, 12 octobre 1760.

12(3 LE DUC d\v1GI:1LLO>' et L\ ClI\LOTAlS V

lu r(''|HHaiL a\"ec omphase à tous les coins de la salle K y> m

Les commissaires du roi useï eut alors du graii™ moyen qui réussissait prtjsfjue toujimrs. ils firent savoir aux Etats que lo roi se cdiargerait lui-memJ de recouvrer les impôts, que par suite la provined^ devait renoncer aux al)nuuements, La crainte salutaire de voir le pays devenir la proie des agents du fisc royal, non moins que les exhortations individuelles et eoUectives du eonnuaudant, liuin^nt par faire réfléchir certains espi'its. La questimi fut reprise à la séance du 17 oetubre; M. de Coëtanscnui s, irréeoncilioljltv, déclara qne la nobles* ne pouvait abandonner le peuple, qui serait éera si les sommes exigé'ês étaient accordées.

ftlais alors un gentillionnne obscur, M. de Berthou, de Vannes, se leva et dit bautetuent : M

0 CTesi votre mauvaise foi, monsieur, vutr^ opiniâtreté et celle de vos adliérenls, qui causeront la ruine de la prfnince, Nous ne sommes plus les dupes des î^entîments patriotiques i\iw vous étalez avec tant d'empbase et nous lisons actuelleuieul jusqu'au fond de votre eœur. » L'orateur fut applaudi, les iu/citr.s' gardèrent le sib^ncu On proposa de passer au vote. L'église e le tiers se retirent dans leurs cluunbres. La noblesse, selon Tusage, reste sur le tliéatre. Le duc de Rolian veut ouvrir le scrutin, mais la cabale^ fait nu bruit si aiïrr^ux qu'il est impossible d'entendre les noms que le grelîier a]»|)elle; ou repousse a e*)U(is de poing li*s premiers qui veulent donn«*r leurs billets, u Cette scène aussi indé-

r Atcl», Niit,, Jï. lîVf. D'Aig^iJiUoii û Ucrliii, 10 uctubri» 17»jO,

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cente que ridicule dura jusqu'à cinq heures du soir. M. le duc de Rohan, voyant que les gens sages, quoique en plus grand nombre, ne pouvaient plus tenir tête aux séditieux qui ne leur répondaient que par des invectives et par des hurlements épouvantables, craignant qu'à l'approche de la nuit le théâtre ne se changeât en champ de bataille, envoie prier les présidents de l'église et du tiers d'y rentrer pour lever la séance. »

Cependant la résistance était inutile. Le lendemain, après un discours habile de l'abbé de Pontbriand, les abonnements furent votés '. (Séance du 18 octobre.)

Le contrôleur général fut fort satisfait du vote des vingtièmes et de la capitation, mais il voulait sévir contre les chefs de la cabale. « Je n'ai pu lire, écrivait-il, sans en être extrêmement affecté les détails que contiennent sur cette matière presque toutes vos lettres. Je sais qu'il est rare que les assemblées des Etats de Bretagne se soient passées sans quelques scènes violentes et extraordinaires de la part de certains membres de l'ordre de la noblesse; mais je vois, par tout ce qui m'en a été dit, que rien n'approche de ce qui se passe dans celle-ci et que les choses y ont été portées à un excès qu'il n'est plus permis de dissimuler. La punition sévère des coupables me paraît indispensable pour le bien du service du roi, qu'il deviendrait, sans cela impraticable de procurer. »

1. Arch. Nat., H. 440, et U. 347. D'Aiguillon à Berlin, 18 octobre 1760. — Arch. d ll.-ct-Vil., G. 2689, G. 1766.

128 LE DUC d'aiguillon et la chalotats V

Le malheiin'ux commandant nV'f-Mt paw au bout' dfî sc^H mauvais jours, a Je ne vous rendrai pas compte, écrit-il, des ])ropos iiidi'iccnts, je puis mt^mo dire insolents que la cabafe tient sur^ I\r. le duo fie Mohaii et sur moi. Je suis, à edl qu'elle dit, un vérilalde comunssairo du roi, c'est-" à-dire un fripon et un Inuuuif* de très mauvaise fni, et ^L le due de Rohan un traître. On pro- ]>osa de noua me tire en i)éinteTice, et M. le due de Uohan v fut hum elTectivement, n'a va ut eu chez lui ])endant la journée que quelques gen^B sages et d(Herminr*s, dont le nombre est |)eu considérable; le bal et le jeu me préservèrent de ce malheur '. )j m

L'opposition étant mécontente du vote des abonnements, M, de Noyau, un des princijiaux aides de camp des chefs de la cal>ale, dit un jour qu'il fallait supprimer toutes les bourses dont lf^s Etats sont dans l'usage de disposer, tant en faveur des maires €[ui remplissent leurs fonctions au gré du public, que des membres de certaines comndssions, et ru vendi'e les jetons pour en appliquer le produit au paiement des dettes dâl la province. "

« Cet avis avait pour objet de mortifier le tiers parce qull avait acquiescé avec aeebunalirm à la dernière délibération, et les présidents qui nomment les commissions des bourses. — • Li^ tiers nqiondit ipTil eonsentait très vt ►Ion tiers à cette suppressiou, mais qu'il demandait en même temps celle de tontes hs pensions dont la noldesse jouit, — M. de Coetanscours répliqua cpTil ifl

L Kvch. Kotj 11. 3'i7. l) AltfwiJlon ù Dcrlin, *il uelubrc 1700.

l'opposition aux états de BRETAGNE 129

acquiesçait d'autant plus aisément qu'elles étaient presque toutes données à des militaires qui étaient vendus au roi et traîtres envers la patrie. — Cette impertinence fut reçue avec de grands battements de mains de la part de la cabale et de grands murmures de celle des officiers présents, mais comme ceux-ci ne savent ni parler ni crier, leurs antagonistes l'emportèrent à force de poitrine et on se retira aux chambres pour délibérer sous cette double impression'. »

Cette petite scène de mœurs parlementaires au xviii® siècle n'est-elle pas pleine de caractère ? Cette fois encore les esprits sages s'entremirent, et bourses et pensions furent maintenues.

Une dernière exigence du ministère au sujet des impôts faillit une fois de plus tout compromettre et retarda la fin de la session de plus de trois semaines.

Les Etats avaient racheté au roi en 1722 les droits da « courtiers-jaugeurs et d'inspecteurs aux boucheries » (droits accessoires des devoirs ou contributions indirectes); ils en étaient propriétaires, pouvaient les percevoir à leur profit ou les éteindre à leur gré. A chaque session, le contrat solennel leur reconnaissait explicitement la confirmation à perpétuité de cette subrogation.

Le pouvoir, faisant flèche de tout bois, imagina de demander à la province un sou pour livre du produit de ces droits. Cette exigence parut inique aux Etats, elle était en effet contraire à tous les principes de légalité. On ne peut pas

1. Arch. Nat., H. 440, Lettres du contrôleur général Bertin du 22 octobre et du duc d'Aiguillon du 21 octobre 1700.

130 i.i: DUC d'aigtillo" et l\ cîialotais

réclamer raccessoîn! f[ïi;uid on a aliéna I(» pi-in cipal, L'Assemblée adressa au rui im mémoire o elle disait : << Les Etats de Bretagne n'auraient pas JiL s'attendre à ètva as si mile gt à une compu gnic de traitants qui stipulent pour eux seuls e* qui font sur leurs traités des profits personnels ', »

L'intendant lui-mt^me estimait que Ton ne pourrait répondre aux objections très fondées des représentants de la province qu'en s' appuyant sur des raisons générales : le roi à cause de la guerre avait besoiTi d'argent, toutes les pro-^ vinees payaient ces droits, etc... f

« Mais ces réponses, ajoutait-il, ne persuaderont jamais les Etats que, contre le texte le plus clair et le plus précis du contrat qu'ils passent chaque ajinéo avec les commissaires Sa Majesté, on puisse exiger d'eux une augniei tation de droits ou de taxes relativement à objet qui en a été absolument alTranchi, en consé{pience des sommes considérables ([u'ils ont fournies au roi en différents temps... Il reste dans 1rs Etats un fond d'humeur qui t^allumera bientùt le feu que nous y avons vu, si on peut— trouver quelque prétexte pour le faire éclater^*.* ifl

C'est en elfet ce f[ui arriva. Ces exigences produisirent dans raf^semblée un véritaljle soulèvement. A la séance du 3 décembre notamment, vers quatre heures, plusieurs gentilshommes ayant dîné au cabaret en revinrent loi-t échaulféaJ

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