Fille aînée de La Chalotais
2. Selon un usage très fréquent à cette époque, on appelait l'aînée des filles : M"» de la Chalotais, la seconde (qui devint M"" de la Fruglaye) portait le nom de M''" de Saint-Benoist, et la troisième celui de M"* de Vern. Cette dernière épousa le comte de Boissard.
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oomiiie inic enfant dans sa ^famille, fjiioiiniV'lle uùt vinjLj^t ans.
(f Le cliûvalier de la Chalotais ' revLMialt du cullt'gi! dfî Juilly; la délicatesst» de sa santé vi le jHHL de moyens de son esi^rit lai avaient peu permis de i>mflter de cette éducation. Avec fort peu d'acquis, il avait le maiiilien d'un écolier; il était doux et complaisant. On Tainiait juscju'u le pâter beauconp, on prolouj^^eait ainsi son enfance, aussi esl-il resté fort médiocre.
« A la famille se joignaient quelques commensaux : M. Abeille et sa Illle, avocat, ancien secrétaire de JL de la Bédoyère'^^ tioinme d'esprit, mais pédant; — M. Fontaine, son beau-frërc, avait peu d'es|Hnt, mais quelques talents, il peignait et chantait bien; — M. Tliébaut, sous una! enveloppe grossière, cachait beaucoup d'esprit et une foule de connaissances acquises par le travail; — Xr'*' de la Mutte-Caradeuc, née dnrie branche très éloignée, sans fortune, que M, delà Chalotais avait recueillie et cpi'il maria avantageusement.
« M. de Caradeuc, fds aîné de la maison, conseiller au Parlement de Bretagne, avait épousé, en 1760, W^^ de Coëtmen et vivait chez sa belle
î. Second fils de Lft Cbalotai?, il tïfvijit oonadUer au Papî meut ie 7 mai 177<>. el <:pousa M"" de Saiiit-Perri h^ 21» ni^vemb: Î777, Il fut l'iiU(k''S douze dépotés du Pajdemeut de Beiuic'â iiuprè^fi du roi, le 14 juillet 1788 (voir les Ori^in^f tfc ia Ilt'tutiufittu ta Bretagne, par llarthelciny Pocquel, 1, 23«), el mourut ii Renne» le 24'iuuvier 1790.
2. PrédécesscTur de M. de la Chaluloi», comme proeurêur g-ciK rai, M. Abeille fui luni^'-temps secréhiire de lu Sorit-lé d A^ricul turCf cl il mérita les élo|j;'ca el \q.% griiltficationa dcsi Etala puui> g utile colluburattoa, (Arch. dlL-et-Vil., C* 2G9U, l/noveuLbre 176:
mère, entre Morlaix et Laniiion, à sa terre de Kercadio*. Sa jeunesse avait été assez vive et fort inappliquée. Depuis son mariage, il s'était adonné aux goûts simples de la campagne, dans le loisir le plus absolu.
« Tels étaient la famille de M. de la Ghalotais et les habitués de sa maison de Vern. »
M*^® de la Ghalotais aurait voulu imposer son caractère dominateur à sa sœur mariée et même à son beau-frère. Ce rôle ne convenait point à M. de la Fruglaye.
« Je ne pouvais, raconte-t-il, me promettre aucun avantage par Tesprit vis-à-vis de M"® de la Ghalotais, mais je me promettais d'en tirer
1. Jacques-Anne-Raoul de Caradeuc de la Ghalotais, fils aîné du procureur général, né à Rennes, le 14 septembre 1728, fut reçu conseiller au Parlement en 1755. Il avilit épousé en premières noces Marie de Coëtmen dont il eut deux filles, l'une mariée au comte du Boberil, l'autre au comte Hay de Bonteville, et en secondes noces, en 1779, M"' Rosalie de Montbourcher, dont il eut un fils et une fille.
Son fils, le marquis de la Ghalotais, épousa, le 5 février 1821, Emilie de Martel. H n'eut qu'un fils, René-Raoul-Marie, mort à Rennes, en 1834, à l'âge de dix ans, et une fille, Marie-Gharlotte- Rosalie, née à Rennes, le 22 novembre 1821, qui épousa le comte de Falloux, ministre et académicien, et qui est morte au château du Bourg-d'Iré, le 24 mai 1877. Le marquis de la Ghalotais était mort au château de Caradeuc le 11 juin 1859. M. et M"*" de Falloux n'ont eu qu'une fille, M"« Loyde de Falloux, décédée sans postérité.
La sœur du marquis épousa le marquis de Montbourcher, député d'Iile-et- Vilaine ; elle eut deux enfants, dont la postérité existe encore, et qui sont les ancêtres directs de M. le marquis et de M. le comte de Kernier.
Le fils du procureur général fit partie de l'Assemblée des Notables en 1787; prit part au mouvement de 1788 (voir les Origines de la Révolution en Bretagne^ par Barthélémy Pocquet, t. II, p. 88 et suiv.), fut traduit, en 1794, devant le Tribunal révolutionnaire, condamné à mort et exécuté le 10 juillet 1794.
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beaucoup d'un dt'faut trt's ordiiudro à ceux qui s' piquent d'en avoir, celui d'en abuser dans la eonversation pour soutenir des opinions peu justes et des sophismes. Gela lui ari'ivait souvent, et elle le faisait avec autant d'adresse <jue de subtilité. Je me résolus donc à la contredire en loute occasion où elle s'y hastu^deridt en présence de M. son père et d'en délerer toujours à son jugement.
u J'avais soin de mettre dans la discussion au tant d'égards que de gaité possible. Cette petite guerre d'esprit animait nos conversations de Fintérieur et ainiisait M, de la Chalutais. Le plus souvent il me donnait raison, parce que j'avais le plus grand soin de ne discuter que lorsque Topinion qne j'entreprenais de contredire éttiit évidemment hasardée, Dans Fespace d'environ six semaines je lui gagnai ainsi une certaine quantité de petits procès, dont elle avmt soutenu la perte sans aigreur, ce dont je m'applaudissais infiniment.
« Alors il lui arriva de dire confidentiellement à M^^*" de Rosnyvinen, amiL* intime de ma femme, qui nous le redit : <c Je crois au bonheur de ma sœur, mais son mari géra le maître, car il a un caractère aussi décidé que |>ossible. » Je fus enchanté de connaître positivement son opinion sur mon compte, elle étmt telle que j'avais désiré qu'elle la conçût. EUo m'assurait le succès complet de la ruse dont je m'étais serv^i. Dès lors j'abandonnai le rcMe que je m'étais prescrit...
« M. de la Chalotnis m'a avoué depuis qu'il avait deviné le rùle que je jouais. Ce rùlu, au reste, nie rendit auprès de lui le service de là
persuader que j'avais quelque justesse dans Tesprit, qualité dont il faisait grand cas. Elle me mérita d'abord sa bienveillance, puis sa confiance, au degré le plus flatteur.
« Il s'offrit avec bonté à diriger mes études vers le droit public et particulier de la province, afin de me m3ttre à même d'user avec quelque connaissance du droit que me donnait ma naissance de délibérer dans l'ordre de la noblesse aux Etats. Il me prêta des livres et me montra la manière d'en faire des extraits. 11 m'encouragea tellement que je m'accoutumai en fort peu de temps à ce genre d'étude qui devint pour moi une vraie jouissance ^ »
Cette vie d'intérieur, si bien peinte par M. de la Fruglaye, ne respirc-t-elle pas le bonheur et la paix?
Ce calme devait être bientôt troublé.
Douze ans après, M. de la Ghalotais revenait à Vern, seul, triste, découragé, malade, épuisé par les souffrances et le chagrin; il avait été traîné de prison en prison, il avait perdu deux de ses filles ; son honneur et sa vie même avaient été menacés; dans cette jolie résidence de Vern, naguère si animée et si gaie, il était prisonnier, un soldat gardait sa porte, il lui était interdit de sortir de sa chambre !
C'est cette longue et émouvante tragédie qu'il nous faut maintenant raconter.