V. L'erreur de La Cbuloînis
Nous n'avons point à retracer iri Flitstoire do la suppression do la Compagnie de Jésus. Ce n'esl pas le but de cet ouvrage* Nous devons seule- ' metit rappeler les faits f^énéraux qu'il est indispensnble de connaître pour la clarté de ce récit»
Est-il nécessaire de dire que nous apporterons dans celte élude le calme et Finipartialité que FLisloitT exige? Bien que ce snjet soideve eneoro aujourd'luu les passions, les événements qui se sont déroulés il y a plus d'un siècle sont assez éloignés de nous pour t^tre racontés avec sangfroid i»t appréciés avec justice,
La Société di» Jé*sus a toujrmrs en le privilège d'exciter de vives animosilés. Fondée en io;{4 paJ Ignace de Lo3^ola, elle attaqua le protestantisme
avec vigueur, et se trouva engagée par la suite dans toutes les luttes que le catholicisme eut à soutenir.
Les querelles religieuses ont de tout temps, en France, exalté les esprits. Les Jésuites se jetèrent dans la mêlée; de là Tardeur des sentiments qu'ils provoquèrent chez leurs partisans comme chez leurs adversaires.
Ils combattirent dès le début avec énergie les jansénistes, qui trouvèrent des défenseurs de génie comme Pascal et des partisans dans les rangs les plus élevés de la société. Les parlementaires surtout adoptèrent en grand nombre les idées nouvelles, pourtant si peu attrayantes, parce qu'elles convenaient à leur rigorisme d'apparat et favorisaient l'esprit d'opposition qui les animait. Les philosophes devinrent leurs alliés, bien qu'ils n'aimassent guère mieux les uns que les autres. Les lettres de d'Alembert et de Voltaire ne peuvent laisser aucun doute sur ce point. Celui-ci souhaitait tout uniment « d'envoyer chaque Jésuite au fond de la mer avec un janséniste au cou, comme autrefois, dans certaines circonstances, on y jetait des singes et des chats liés ensemble dans un sac. Cette proposition honnête et modeste ne peut-elle être exécutée ?» — « Et moi qui vois tout en ce moment couleur de rose, écrivait d'Alembert, je vois d'ici les jansénistes mourant l'année prochaine de leur belle mort, après avoir fait périr cette année-ci les Jésuites de mort violente '. »
1. Voltaire, Œuvres complètes. Edit. Garnier, t, 42. Correspondance, t. X, p. 101. Lettre du 4 mai 1762.
174 LE DUC d'aiguillon et la iCHALOTAIS
Les philosophes étaient dans leur rôle, ils attaquaient la religion, et les Parlements se firent leurs instruments, sans mesurer toujours la portée des coups qu'ils frappèrent.
Les thèses jansénistes furent formellement et à plusieurs reprises condamnées à Rome. Cette décision donnait raison aux Jésuites. Tout au plus pouvait-on leur reprocher d'avoir mis parfois une certaine âpreté à défendre la vérité et à confondre leurs adversaires*.
Mais ils s'étaient fait des ennemis implacables. On leur en voulait d'avoir donné des confesseurs à Louis XIV et à Louis XV ^. Ghoiseul, nous l'avons vu, leur était hostile. M™® de Pompadour le devint aussi, le duc d'Aiguillon nous apprend lui-même pour quelles raisons : « Se méfiant de ses charmes surannés..., elle conçut l'idée de retenir le roi par des liens d'un ordre supérieur et de faire succéder à un amour profane une liaison fondée sur les principes respectables de la religion... » Elle jeta les yeux sur le P. de Sacy. Mais celui-ci s'aperçut vite « que cette prétendue conversion n'était qu'une feinte criminelle ; honteux du rôle qu'on prétendait lui faire jouer, il déclara qu'il ne voulait pas prêter son ministère à de pareilles vues... Alors la marquise, désolée et furieuse, forma le projet d'une éclatante vengeance, dans laquelle elle était assurée de se voir seconder par le Parlement^. » Ainsi, il est
1. Vicomte de Bnslard. Les Parlements de France, t. II, p. 18-25.