Journal de Barbier, VIII
3. Correspondance Fontette, p. 159. « Je vous assure que ce n'est qu'un fou dont le public a été bien la dupe. Son Compte rendu lui a tourné la tête. II s'est figuré qu'il était de lui et il est peut-être le seul à ignorer aujourd'hui que c'est d'Alembeit qui l'a fait. » (Fontette à La Noue, 29 avril 1766.) Le plus fou des deux était-il bien La Chalotais ?
4. Mémoire présenté au roi par M. de Galonné, maître des requêtes, p. 5.
5. Les Jésuites au tribunal de La Chalotais et de Bertrand Robidou, par Alphonse Poirier. Nantes, 1879. Celte brochure
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Mais c'est surtout Tabbé Georgel, secrétaire du cardinal de Rohan et ancien Jésuite, qui a donné créance à cette opinion par un passage de ses Mémoires*. « L'ouvrage de M. de la Chalotais, dit-il, eut la plus grande vogue, il était écrit d'un style mâle et nerveux, les grâces semblaient avoir guidé sa plume; on se l'arrachait, on le dévorait; il entraîna l'opinion publique, d'après lui un cri presque universel s'éleva contre l'Institut.
(( Précédé par la grande renommée de ce compte rendu, ce magistrat parut dans la capitale en 1763, avec tout l'appareil d'un triomphateur : le jansénisme, la philosophie, la magistrature et tous les courtisans dévoués à la maîtresse dominante le suivaient, le prônaient et le fêtaient à Tcnvi...
« Le prince Louis, depuis cardinal de Rohan, comme issu de la maison souveraine de Bretagne,
élait écrite en réponse ù une réédition des Comptes rendus. On y lit p. 31 : « Il est à peu près certain que ce La Chalotais tant vanté n'eut d'autre peine à prendre que de répéter devant le Parlement de Bretagne les phrases que d'Alembert composait pour lui à Paris et que la poste lui apportait régulièrement toutes les semaines. A ce propos on riait beaucoup dans les cercles de la capitale de la puérile vanité du philosophe qui, dans un autre écrit également sorti de sa plume, mais dont il ne s'avouait pas l'auteur, citait souvent avec éloge le compte rendu du procureur général de Rennes et portait aux nues la philosophie du magistrat. »
1. L'abbé Georgel, né en 1731, mort en 1813, avait en effet appartenu à la Société de Jésus jusqu'à sa dispersion en 1762. 11 s'attacha alors au cardinal de Rohan et fut mêlé à différentes négociations diplomatiques. Il a laissé des Mémoires qui ont été publiés en 1817 sous ce titre : Mémoires pour seri'ir à l'histoire fies événements de la fin du AT///" siècle, par un contemporain impartial, feu M. l'abbé Georgel.
crut devoir, non encenser Tidole du jour, mais marquer attention à un des premiers magistrats d'une province où avaient régné ses ancêtres * ; il invita M. de la Chalotais à dîner. Le prince, outre ses parents et des personnes du plus haut rang, avait rassemblé à sa table des parlemeniaires et des membres de l'Académie française, dont il était, tels que MM. de Buffon, Duclos, d'Alembert, Marmontel. J'avais l'honneur, n'importe à quel titre, d'être du nombre des convives. « Quelqu'un voulant faire sa cour à l'auteur présumé du Compte rendu à la mode fît tomber la conversation sur les Jésuites. M. de la Chalotais, qui savait sa diatribe par cœur, en fit fort bien les honneurs : l'Institut y fut dépecé de manière à le méconnaître. Le prince Louis s'aperçut que le respect seul me retenait dans le silence. J'avais fait pour lui, quelque temps auparavant, un petit travail qui démontrait à quel point l'ouvrage du magistrat breton avait tronqué, altéré et falsifié cet Institut. Interpellé par le prince et provoqué ensuite par M. de la Chalotais lui-même, je me trouvai tout à coup entré en lice avec ce redoutable athlète. Le combat, commencé avec sang-froid et sans fiel, se prolongea avec chaleur d'une manière très pressante, sans néanmoins manquer aux égards qui étaient dus.
1. n est inutile de rappeler que les Rohan n'ont jamais régné en Bretagne. L'abbc Georgcl fait sans doute allusion au fameux Gonan Mériadec, dont les Rohan prétendaient descendre ; prétention insoutenable pour plusieurs raisons, dont la première et la meilleure est que Gonan Mériadec n'a jamais existé. {Voir Biographie Bretonne^ art. Conan Mériadec, I, p. 406, et Histoire de Bretagne, par A. de la Borderie, t. II, p. 441.)
a L'issuo n'en fut pas heureuse pour le Compte rendu. h'Insliiut, édition de Prague, et lo Conijife reu(hi {vivent apportés et coufroulés : les altérations étment palpables. L'extrême embarras (lu proeuri'ur général fut remarqué par tous les assistnnts; il sortît pour ne point eiiteudre sans doute It'S réflexiiMis rpu? cette Terilieation fmsait naître. Le triomphe de l'Institut fut eouiplet f*t Ton parut persuadé que M. de la Ctialolais n'était point Fauteur de sou Cofnple rendu '. »
Ce récit ne prouve nullement qiie La Chalotais n'iiit pas composé les Comptes renduSy mais senmcïit que cet écrit eoutient des erreurs et drs contradictions, des citations inexactes, mal comprises ou tronquées, ce qui n'est pas niable.
A dire vrai, cette controverse nous semble un peu puérile. iVous préfi'rerîons lasiucoup, pour notre compte, que La Chalotais n'ait pas écrit les Comptes rendus^ — -car il est toujours regrettable lie coopérer à une œuvre de ]u\iscri])tinn, — niais le Fait n'est pas sérieusement contestabk». Il suffit de les bre pour être couvaiucu que les Comptes reiidus et L'S Mémoires éei'its au château de Saint-Malo sont de la même main.
Que La Chalotais ait utilise des documents recueillis, des citations et des extraits ]>jvparés par des secrétaires, [M'ut-étre jiar Abeilh*, eVst possible, c'est probalde na'ine, Xoinhre d'Iionimes dMîtat et d"r*eri vains eu rt»nom usent de ce procédé parfaitement b'gilinn*. Mais cela ne diminue eu rien sou mérit**, — ni sa respons*abilité.
l. MvtiHnrcê pour êctiur à Ihlàtoirt Je/* Cifiwmvnt» de /u fin du XVtll'* sU'çk, j>ûr TubJjé Georgel, L I, p. iîL
Le texte des Comptes rendus a bien été écrit et tracé par sa main*.
Outre son propre témoignage dans la lettre au duc d'Aiguillon, citée plus haut, il en est un autre non moins irrécusable, c'est celui de M. de la Fruglaye, gendre de La Ghalotais, dont on ne saurait mettre en doute ni Tintelligence ni la bonne foi. Il était aux côtés de son beau-père pendant cette retraite de deux mois que celui-ci employa à composer son travail et il déclare quil a vu et lu chacune des pages de l'ouvrage, à mesure qu'il a été fait.
« J'observe, dit-il, que pour peu qu'on survive aux événements de quelque importance, l'on voit changer les opinions les plus généralement reçues qui y ont rapport. Les Comptes rendus^ par M, de la Ghalotais, lui firent le plus grand honneur dans le temps par leur véracité même. Cependant j'entends dire et je lis aujourd'hui dans quelques ouvrages de littérature récents ^ qu'il était connu pour l'ennemi de cet ordre célèbre et qu'ils lui avaient été dictés par la
1. M. Marion devait naturellement se ranger parmi ceux qui doutent de l'authenticité des Comptes rendus. Il estime que le témoignage de M. de la Fruglaye n'est pas suffisant (p. 173, n.). Mais il a toute confiance dans celui de Brissot, qui connaissait pertinemment (?) la collaboration d'Abeille. M. Marion nous apprend d'ailleurs que le duc d'Aiguillon paraît admettre l'authenticité des Comptes rendus qu'il déclare « bien faits et bien écrits. » [Journal du Commandement, III, 20.) Pouvait-il faire autrement après la lettre que lui avait adressée La Ghalotais le 12 déc. 1761 ?
2. Les Mémoires de M. de la Fruglaye furent écrits en 1802. Quand, en décembre 1765, on fit une perquisition chez M. de la Ghalotais, ses ennemis eussent vivement désiré, qu'on y trouvût des pièces prouvant qu'il avait reçu les Comptes rendus tout faits ; mais on ne découvrit rien. (Arch. Min. Just., Goniac à d'Aiguil- Jpn, 20 novembre 1765.)
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haine et la partialité. Personne mieux que moi, n'est à même de démentir cette calomnie. J'ai vu et lu chacune des pages de cet ouvrage, à mesure qu'il a été fait, et je dois dire, avec toute vérité, . que non seulement M. de la Chalotais n'avait | aucune prévention antérieure contre cette Société, mais même qu'il faisait grand cas de quelquesuns de ses membres, lorsque le devoir de sa place le mit dans la nécessité de donner son avis sur sa constitution ; qu'incapable de le faire par haine et partialité, sentiments qui n'entrèrent jamais dans sa belle âme, il rejeta au contraire toute impulsion étrangère à son opinion personnelle.
(( J'ai vu et lu une foule de lettres anonymes qui lui furent adressées, sans doute par quelques jansénistes ennemis des Jésuites. Elles étaient pleines de fî(4 et d'amertume, mais aussi de faits et de recherches profondes dont il eût pu s'aider dans son travail; il dédaigna toujours d'en faire aucun usage et finit même par ne les plus vouloir lire. Il lui arrivait souvent de m'en donner à déchiffrer, car l'écriture en était détestable; il s'amusait du compte que je lui en rendais, sans y attacher plus d'importance K »
Au bout du compte , que signifie cette gra-