‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 69 sur 178 · Mémoires manuscrits de M. de la Fruglaye · texte numérisé non relu

Mémoires manuscrits de M. de la Fruglaye

Ces lettres ne venaient-elles pas de « cet atelier de jansénistes que, d'après Georgol, les trois procureurs pén^roux JoUy de Fleury, Monclar et La Chalotais auraient établi à la maison des Blancs-Manteaux, à Paris, pour faire les recherches et les compilations dont ils avaient besoin? » i Mémoires de l'abbé Georgel, t. 1, p. 60). — Comme on le voit, cette assertion est inexacte, att moins en ce qui concerne La Chalotais.

tuite accusation de plagiat? Il est incontestable que le procureur général était capable d'écrire les Comptes rendus; ils ne sont point supérieurs à nombre des remarquables réquisitoires prononcés par lui et recueillis dans le Journal des Audiences,

C'est du reste ce que répondait dédaigneusement La Ghalotais lui-même, d'après le témoignage de son arrière-petite-fiUe, à ce bruit qui courait déjà de son vivant : « On ne peut dire que j'aie fait faire par d'autres les mémoires que j'ai écrits dans les cachots de Saint-Malo avec mon cure-dent : on peut en comparer le style à mes autres écrits ^ »

Cependant le magistrat n'était pas sans inquiétude sur les suites de son intervention dans cette grave affaire. « Mon beau-père, écrit M. de la Fruglaye, ne se dissimula pas le danger auquel il s'exposait en écrivant défavorablement aux Jésuites. Il prévit dès lors pour lui et les siens les suites d'une vengeance dangereuse. Il nous le dit à tous, en ajoutant que, quoi qu'il pût en arriver, il était résolu à suivre les lumières de sa conscience et à dire la vérité que son devoir lui imposait; qu'il comptait assez sur les principes de sa famille pour être certain que nous approuvions ceux qui le dirigeaient en cette occasion et qu'aucun de nous ne l'en blâ-

1. Souvenirs manuscrits de 3/"" Maria de la Fruglaye, Elle ajoute : « M. de la Ghalotais eut les torts d'un esprit prévenu et séduit par les idées de réforme si générales de son temps; mais il est injuste de confondre les erreurs de l'esprit avec l'irréligion de l'àme et les intentions coupables. »

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merait jamais. Nous Ten assurâmes bien positivement tous^ »

« Il fit plus, ajoute M™® de la Fruglaye ; avant de publier ses Comptes rendus^ il s'adressa directement à M. de Choiseul pour s'assurer si ce ne serait pas offenser le roi et s'attirer une lourde responsabilité de combattre un ordre si puissant. M. de Choiseul lui répondit confidentiellement que non, stimulant ainsi un utile auxiliaire aux vues de l'impiété dont il était dans le ministère l'agent habile, mais prudent-. »

Plus tard, Choiseul ne sut guère témoigner sa reconnaissance au magistrat disgracié qui s'était compromis pour avoir trop bien servi les visées politiques du premier ministre.

Quels sont donc ces fameux Comptes rendus dont on parle tant et qu'on lit si peu? Ils sont passés en effet au rang de ces ouvrages célèbres qu'on trouve dans toutes les bibliothèques, mais qu'on n'ouvre jamais.

Malgré leurs rééditions nombreuses et successives, à la veille de chaque expulsion nouvelle, en 1828 comme en 1880 3, ils n'excitent plus la

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