‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 7 sur 178 · UN DEBAT HISTORIQUE XIII · texte numérisé non relu

UN DEBAT HISTORIQUE XIII

Ainsi toutes les précautions étaient prises pour que cet acte authentique, vainqueur du temps, s'imposant à lignorance des uns, à la mauvaise foi des autres, conservât dans lavenir le respect et l'obéissance de tous.

Mais le gouvernement royal tint fort mal ses promesses. Il tendit constamment à restreindre, à éluder, à contester, à annuler en un mot les privilèges qu'il avait accordés.

Cette convention, il faut le dire, cette charte des libertés bretonnes reposait sur une contradiction, elle devait engendrer forcément des malentendus et des conflits. En effet, le pouvoir du roi était absolu, il ne souffrait aucune restriction, aucune contrainte, il n'admettait aucune discussion, aucune observation. Or, les Etats de Bretagne étaient un corps délibérant; ils prétendaient, en donnant leur argent, donner aussi leur avis.

Les affaires qu'on leur soumettait étaient presque toujours des demandes de fonds, des créations d'impôts nouveaux. Or, ils étaient armés de ce droit formidable qui fait toute la force des assemblées politiques : celui d'accorder ou de refuser les crédits. Il était écrit en toutes lettres dans l'édit de 1532.

On a dit qu'une Chambre qui est maîtresse du budget est maîtresse du pouvoir. C'est vrai. On ne peut nier que les Etats, quelle que fût leur composition, — nous reviendrons tout à l'heure sur ce point, — possédaient les garanties qui sont la base même des prérogatives des assemblées parlementaires : le vote préalable des impôts, le droit d'exiger que nul changement ne fût apporté dans les institutions, les coutumes et la justice sans leur consentement formel.

Dès lors, la lutte était inévitable entre le pouvoir central et les Etats. L'un parlait d'obéissance et de j. soumission; les autres, de droits, de contrôle et de 1: libertés.

Elle commença dès le xvi® siècle. Par des empiète^ ments sans cesse renouvelés, le gouvernement outre- c3 passe ses conventions et essaie de créer en sa faveur " c? des précédents dont il abuse ensuite. Mais cette 1 p guerre ouverte a peut-être encore moins d'action quel n les attaques incessantes, continues des agents royaux; 1 P ils entreprennent contre les anciens pouvoirs locaux V une lutte sourde qui doit aboutir au triomphe défini- 1^< tif de la monarchie absolue'.

Les Etats combattent pied à pied contre l'exploitation du fisc royal, qui devient de plus en plus âpre, à mesure que les besoins d'argent s'accroissent. Ils défendent avec énergie leurs privilèges contre Tautorité qui déjà tend à la centralisation, à la suppression dé tout contrôle, à la destruction de toute indépendance provinciale.

Bientôt le pouvoir absolu arrive à son apogée avec Riclielieu et Louis XIV; les dépenses militaires et les prodigalités fastueuses épuisent le Trésor. Il faut recourir à des expédients financiers de toute nature. Les Etats courbent la tête sous la volonté inexorable du souverain, ils sont réduits au rôle de chambre d'enregistrement. « Les Etats ne doivent pas être longs, écrit M""® de Sévigné, il n'y a qu'à demander ce que veut le roi ; on ne dit pas un mot : voilà qui est fait. Pour le gouverneur, il y trouve, je ne sais comment, plus de 40,000 écus qui lui reviennent. »

1. Les Etais tic Bretagne au X VI' siècle, par Henri Sée. (An^ nales de Bretagne, nov. 18y4-juil. 1895).

Page 1