‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 8 sur 178 · UN DEBAT HISTORIQUE XV · texte numérisé non relu

UN DEBAT HISTORIQUE XV

Mais le peuple se révolte, en 1675, contre les impôts du papier timbré et du tabac, illégalemen t établis ; on sait par quelle répression implacable et sanglante le duc de Chaulnes vengea ces "Soulèvements.

Après la mort de Louis XIV, les Etats tentent de reprendre l'usage de leurs prérogatives ; le maréchal de Montesquiou, incapable et brutal, irrite la province par son arbitraire et ses violences ; ce sourd mécontentement aboutit, en 1720, à la conspiration de Pontcallec, arrêtée, sur Téchafaud du Bouffay, par l'exécution capitale de Pontcallec, Talhouët, Montlouis et du Couëdic.

Cependant l'assemblée provinciale n'abandonne pas ses revendications; le maréchal d'Estrées, qui succède à Montesquiou, est un politique plus avisé et un diplomate plus habile. C'est sous son administration que les Etats obtiennent enfin, en 1734, une concession longtemps réclamée : la création d'une Commission inter- 'médiaire destinée à les suppléer dans l'intervalle des sessions. Cette Commission, ayant sous ses ordres neuf bureaux diocésains, centralisa bientôt presque toute l'administration de la province. Elle forma un contre-poids à la création des intendants, qui n'avaient pu être imposés à la Bretagne qu'après une vive résistance des pouvoirs locaux.

Le gouvernement central, saisissant toutes les occasions de restreindre et d'entraver les représentations du pays, avait mis peu à peu la main sur la nomination des officiers des Etats, sur le choix des députés en cour, qui n'offraient plus les garanties d'indépendance désirables * . La Commission intermédiaire

1 . La Bretagne sous le maréchal d'Estrées, par Gh. de la Lande de Galan. (Reuue de Bretagne, oct. 1897-juiUet 1898.)

rendit à la province une réelle autonomie administrative.

Les dix-sept années du gouvernement du maréchal d^Estrées se passèrent sans conflit marquant, non toutefois sans qu'il distribuât quelques exils et quelques emprisonnements. C'était le dernier argument des agents du pouvoir contre les adversaires trop gênants ou les opposants trop entêtés.

Le duc de Cliaulnes eut recours au même procédé sommaire pour punir, en 1752, la violente opposition des Etats à l'établissement de l'impôt du i>ingtième; les Bretons frappés par ces lettres de cachet durent aller méditer au Mont Saint-Michel et au château de Pierre-Encise sur la difficulté d'exercer des droits politiques en l'absence de garanties pour la liberté individuelle * .

La mission que le duc d'Aiguillon eut à remplir en Bretagne fut identique à celle de ses prédécesseurs. Nous aurons à en retracer les péripéties successives. Mais il était nécessaire de rappeler ces précédents et de citer ces textes pour établir clairement la situation de cette province et ses droits en face du pouvoir central.

C'est pour ne l'avoir pas fait que les historiens distingués qui ont étudié dernièrement l'administration du duc d'Aiguillon ont, à notre avis, donné une idée fausse de ces événements et présenté sous des couleurs inexactes la résistance des Bretons.

En effet, ce problème historique, outre l'intérêt qu'il présente par lui-même, a l'avantage de puiser un regain d'actualité dans des controverses récentes.

1. Les Etats de Bretagne, par le comte de Carné, t. II, p. 07.

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