‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 80 sur 178 · Souvenirs manuscrits de il/™' de la Fruglaye · texte numérisé non relu

Souvenirs manuscrits de il/™' de la Fruglaye

Elle ajoute : « Les malheurs de M. de la Chalotais sont un motif d'espérance pour son âme ; neuf années d'exil et de persécution, la porte de trois enfants chéris comptent devant la justice de Dieu quand on a supporté ces peines avec courage et avec foi. »

2IG LE DUC d'atgutllo^ et lv chalotais

L'Iiislnrif'ii de lu Cninpagnie do Jrsiis n'est jnis uiissî sévÎTt* qu'on ])oiirniit le croii'e pour les prorurours généraux, tf II y ^y sans aucun doute, du la passion, de riniquiU* volontairo dans leurs rt*([uit;itoîrês, dlt-îl eu parlant do La Chalotais et de Mouf.lar, maïs en t(*nant eomple dts entrainomeuts de Têpoque et des séduetlons que tant d'utopies exerçaient sur des natures ardentes, il faut avouer que ces grands magistrats trouvèrent souvent dans les amis des Jésuites la partialité dont ils ayaieiyt rlonnê Texemple. On a jugé Fouvrage sans vouloir deseendrf^ dans la m* de raut£*ur. Cotte vie sévère et retirée fut cependant aussi digne que pieuse. La Chalotais et ilonclar se laissèrent ein])orter par des violences, dont ils ne ealeulèrent que plus tard les tristes elFets, et ils s'en repentirent ^ »

On assure niénu» que le prttêureur général protégea plusieurs Jésuites m^d heureux et fugîtil's et ([u'il eonlia a l'un d'eux, le P. Cloyet, Féducation de son pelit-lils'.

Ironie des elioses! Soixante ans après, deux autres des petits-fds de M* de la Cluilotais aliandonnalent leur pairie et se coatlanniaient a un exil volontaire jinur aller recevoir rinstrnctioii des Pères à Bi'ugelette ! -^ N'y a-t-îl pas là connue iwu} réparfdioii îles calomnies de 17G2 et une réhabilitation des Jésuiles!

1. CivUnoîiu-jH^y, ffî.ftoire de in Compagnie* de Jéifus, t. V, p. 211 2t (M^ut'rrs tie l}t*n i/rr, t. I, p. 17fj, Plnidoii'îe de Berryer ei

ît. Le C" Pnul de ChuiHpjigny et son ïrl'i'v, ancien sénulcur du FinisU'i't% loui» deux docédi^j.

l'expulsion 217

Les Parlements de province, suivant l'impulsion partie de Rennes, proscrivirent à leur tour les Jésuites. Dès lors le Parlement de Paris pouvait leur porter le coup de grâce.

Sans tenir compte des protestations unanimes des évoques de France contre la suppression de Tordre, sans tenir compte des déclarations des Jésuites eux-mêmes qui avaient hauteme^it démenti les intentions coupables qu'on leur prétait, il prononça, le 6 août 1762, la dissolution de la Compagnie et Fexil de ses membres.

D'après cet arrêt, les Jésuites étaient reconnus coupables à peu près de tous les crimes connus, de toutes les hérésies imaginables. Comme peine, on les expulsa de leurs maisons, on confisqua leurs biens, on ferma leurs collèges.

Enfin Louis XV, cédant, malgré ses répugnances^, à la pression exercée sur lui, interdit la Société de Jésus en France par un arrêt du Conseil du mois de novembre 1764-, et le Pape Clément XIV, entraîné parles instances des cours qui avaient proscrit les Jésuites, prononça définitivement la suppression de la Compagnie par le hvQÎ Dominus acRedemptor, du 21 juillet 1773.

1. « Le roi est fort surpris du bruit qui s'est répandu dans le public que non seulement il approuvait les arrêts du Parlement, mais même qu'il désirait la dissolution de la Société; il m'a ordonné de vous mander de sa part que ce bruit est sans fondement. » (Arch. d'n.-et-Vil., G. 1251. Lamoignon à d'Amilly, 17 juillet 1762.)

2. Edit du roi concernant la Société des Jésuites. Cet édit ne fut enregistré par le Parlement de Rennes que le 3 février 17GG.

218 LE DUC d'aiguillon et la CHALOTAIS

La post*'*ritr impartiale, jugeant plus froidement les prétextes de cette condamnation, dira « que ces motifs étaient futiles, que la persécution devint barbare, que l'expulsion de plusieurs milliers de sujets hors de leurs maisons et de leur patrie, pour des métaphores communes à tous les instituts monastiques, pour des bouquins ensevelis dans la poussière et composés dans un siècle où tous les casuistes avaient professé la même doctrine, était Tacte le plus arbitraire et le plus tyrannique qu'on put exercer!. »

« Les Jésuites opposèrent la résignation aux persécutions dirigées contre eux. Ces hommes qu'on disait si disposés à se jouer de la religion refusèrent de prêter le serment qu'on exigeait d'eux. Des quatre mille Pères qu'ils étaient en France, cinq à peine s'y soumirent -, »

Le parti philosophique était arrivé à son but. Aussi son chef, Voltaire, adressa-t-il à La Chalotais ses chaleureuses félicitations. Le procureur général lui ayant fait hommage du Compte reiidu^ 1(; patriarche de Ferney lui répondit le 17 mai 1762 :

<( J'étais à la mort lorsque j'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré; je souhaite de vivre pour voir les effets de votre excellent Compte rendu,,,

« Votre réquisitoire a été imprimé à Genève et répandu dans toute l'Europe, avec le succès ({ue mérite le seul ouvrage philosophique qui

1. Lnlly-Tollendal, cité par le P. de Ravîgnan, De VexUtence et de i Institut des Jésuites, p. 107.

2. Schci'll, Cours d'histoire des Etats européens, cité par Crélinouu-Joly, Histoire de la Compagnie de JésuSy t. V, p. 209.

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soit jamais sorti du barreau. Il faut espérer qu'après avoir purgé la France des Jésuites, on sentira combien il est honteux d'être soumis à la puissance ridicule qui les a établis. Vous avez fait sentir bien finement l'absurdité d'être soumis à cette puissance et le danger ou du moins l'inutilité de tous les autres moines qui sont perdus pour l'Etat et qui en dévorent la substance.

<c Je vous avoue, Monsieur, que c'est une grande consolation pour moi de voir mes sentiments justifiés par un magistrat tel que vous. Il faut que je me vante d'avoir le premier attaqué les Jésuites en France*... »

Le 11 juillet, Voltaire n'avait pas encore reçu le second Compte rendu prononcé au mois de mai ; il écrit de nouveau à La Chalotais :

Aux Délices j 11 juillet (1162). « Monsieur, je suis presque aveugle et cependant j'écris, mais c'est que les passions donnent de la force et les sentiments que vos bontés m'inspirent sont une passion. Vous confondez les Jésuites et vous instruisez les historiens... La vraie éloquence n'est plus qu'en province. Les Comptes rendus en Bretagne et en Provence sont des chefsd'œuvre; Paris n'a rien à leur opposer, il s'en faut beaucoup -. »

Quelques jours après. Voltaire a reçu le second Compte rendu ^ il félicite de nouveau La Chalotais :

Aux Délices, le 21 juillet (1162), « Je crois.

1. Œuvres complètes de Voltaire, édit. Garnîer, l. XLIL Correspondance, t. X, p. 105.

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