‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 88 sur 178 · VEtoile, numéro du 1«" février · texte numérisé non relu

VEtoile, numéro du 1«" février

2. Recueil complet du procès intenté par les héritiers de M. de la Chalotais contre les éditeurs du journal dit /'Etoile. Paris et Rennes, 1826.

Les plaignantB t'tBif^nt Ir* marquis df; Cî»radriio de la Chalotais, capitaine de ravalerie, petit-fils] du protuircur p* no rai; l*^ eomto de Itx Fruglaye, [ maréelial de camp cl pair du France, (Ils de soivl gendre; le comte de Mootbourcher et il. de Ker-j marée, ses arriere-petits-lils.

Une question de droit fort intéressante et encore discutée aujourtrimi par les jurisconsidlrs se posa tout d'abord : la diiïamation contre la, ménioire devS morts est-elle punissable ?

L'airaire vint à T audience du 29 mars 182G. Elle t^xcitait ^4Yement la curiosité, car elle touJ chaît à toutes les questions brîVlanles qui agi-«l talent alors Topinion.

Berryer soutint la demande de M. de la FruglayeT. Il le fit avec sa grande éloquence, et] rhistoire a recueilli les échos de ce magnifique] discours :

« Le nom de M. de la Clialotais réveillant le] souvenir des évi'nemenls auxquels ce grand magistrat a pris part, on a voulu rimimer aussi les intérêts et les passions dont nos jK-res furent agités et que le torrent des désastres ]>ubliçs semblait avoir du moins emportés pour t(ïnjours... fl

Il discute ensuite le ])oint de droit : riiéritier™ a le devoir de défendre la mémoire de ses pères avec autant de soin que les biens matériels tp'ilg lui ont transmis,

L'iustolre a des exigences, mais elle ne doit

1, M* de la Fnijtrlftvc ne |>roSL*nloîl en son nom et ou nom dû MM, de Boissord el de Kern ier, pelits-iils et arnère-pelitri-fils dé M. de la ChaJotoia,

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pas se mêler aux passions du jour. « La plume de rhistorien n'est pas le stylet du libelliste. »

Berryer discute ensuite les termes de l'article, il en montre les inexactitudes flagrantes et les imputations diffamatoires.

En défendant les libertés de la Bretagne, en résistant aux ordres ministériels, La Chalotais usa d'un droit et accomplit un devoir; le roi Louis XVI le reconnut en lui accordant les plus insignes faveurs, et le peuple de Bretagne l'en récompensa en lui ménageant une rentrée triomphale dans la capitale de la province.

« En ces temps où les droits de la puissance royale, la liberté et la dignité des sujets étaient protégés par d'antiques et fortes institutions, la Bretagne avait son Parlement, la Bretagne avait ses Etats. Cette fîère et généreuse province était jalouse de ses franchises, de ses coutumes, de ses privilèges. Parfois ses magistrats se trouvèrent opposés aux volontés exprimées au nom du roi, mais sans cesser d'être sujets fidèles; ils surent allier la liberté avec l'obéissance, et leur résistance ne fut souvent que l'accomplissement d'un devoir. »

Enfin le grand orateur termine par cette émouvante péroraison : « Diffamateurs insensés, c'est, nous dites-vous, pour répondre à la secte libérale que vous outragez de telles mémoires : les Garadeuc, les La Fruglaye, les Charette, les de Boissard, les de Kernier, les Kersalaun, les du Bourblanc, les Picquet de

1. Œuvres de Berryer. Plaidoyers, t. I. Affaire La Chalotais, p. 160-184.

la

Miiiilreuil, ce sont eux que vous présentez coinnu des fauteurs de la Réyoluticm; vous iiisidtez cette généreuse noblesse de Bretagne! Demande à cette terre lidele ce que sont devenus h Ttit'rabres séditieux des Etats et du Parlement, les prétendus amis des philosophes ; on vous montrera leurs tombeaux, ou vous conduira à hi trace de leur sang répandu pour leur Dieu, po leur roi ^ . n

Un jeune avocat du barreau de Rennes, déj célèlu^e par son éloquence entraînante, Bernard, Sun tint la cause du marquis de Caradeuc et jeta sur le terrain politique :

n Je viens, dit -il, au nom de tous les Bretons," vous dire que La Chalotais est autant depuis su mort Tobjet des hommages de la postérité qu'il fut pendant sa vie digne de Testime et de Tadmiration de ses concitoyens î La Gbalotais accusé, les Jésuites accusateurs, voilà en un mot tout le procès ! »

Ce début fut aceueilli par des acclamations rauditoire enthousiasmé linit par porter Favoc en triomphe ^

il. llennequin défendit le jouruaL II s'efforçi d'établir que La Chalotais, mort depuis quarante ans, appartenait à Thistoire, qu'elle avait le droit de le déclarer un dangereux novateur (jui avait préparé par ses discours et ses exemples les malheurs de Tavenir-.

Le procureur du roi Menjaud de Damniartin montra dans Tarticle incriminé des imputations

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