Mémoire pour M. le duc d'Aiguillon, p
« La noblesse les aimait assez (les Jésuites) et tous les enfants des gentilshommes étaient élevés dans les collèges qu'ils tenaient à Rennes, à Vannes et à Quimper. (Note manuscrite du duc d'AigulHon. Arch. Nat., H. 633.)
250 LE DUC d'aiguillon et la ghalotais
le pliif^ ilr ]jonne volontV* [>oiir les JésuiU^s.
« Il était difllcile d'imaginer qu'ils pussent fait iifiUre (Inns uue assemljUW* uniqueiinmt oecupée! de règleineuts de finances, roeeasinii de réclamer des religieux proscrits : clic se trouva pourlant»^ Los Etats avaient chargé leurs fermes d'une rede vance de iO^ÔOÛ livres pnyaldes aux Jésuites établis à Rennes et a jja Flèche, A chaque assembléo il est d'usage de faire repasser sous les yeux tous les pay^iii^'ids faits par la province : cet article vint à son tour comme les autres, le 2G octobre,
« JI. de Coëtanscoiirs interrompit M, révèqntî; de Rennes qui en faisait, la lecture,
a Au lieu (rexamînrr Fusage (pn> l'on ferait ûû cette gratilicatioïL devenue alors sans objet, il s'étendit sur Téloge des Jésuites, sur les scandales que donnaient au jmhlic les maîtres séculiers appelés pour les remplacer; il dit que lû^ Parlement n'était pas en dioit de faire sans Igfl consenteuient des Ktats un cbangemeut aussi essentiel, aussi important dans la <*onstitution de Il pro^-iuce; il Oriit eu proposant de demander pari mw députai iou ex]UTSse aux eommîssaires du roi' si Sa Majeslé appronvt^rait que les Etats de Brotngne lui tissent de très humbles remontrances sur le ijréjudlce ([ue Texpulsion des Jésuites eau-' sait à la province et la suppliassent <le les rétablir dans les collèges <|uils y occupaient» j
« Personne n'était prévenu, ou du moins très peu de personnes l'étaient : ce discours trouva des approbateurs et des censeurs; le clergé et loi tiers ne prirent point de partie mais la noblesse» j se divisa; la chnL^ur fut d'autant plus vive que la matière était plus délicate et que la proposii
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tion avait eu pour orateur un homme accoutumé à diriger les volontés de son ordre; il ne fut pas possible de rien décider; mais les présidents, voyant la fermentation s'accroître, prirent le parti sage de terminer la séance ^ »
Le duc d'Aiguillon fut fort ennuyé de cet incident inattendu ; cependant il ne voulut point interposer son autorité dans un sens ou dans l'autre ; « il se contenta, dit-il, de prévenir en secret les esprits les plus modérés et les plus raisonnables et de les engager à faire tous leurs efforts pour assoupir cette affaire. »
Le lendemain, 27 octobre 1762, la querelle recommença, les mêmes contestations se renouvelèrent, mais avec moins de vivacité, le feu était déjà amorti.
Le troisième jour, « le duc ayant employé l'intervalle des séances à inspirer de l'indifférence et de la froideur à ceux qui en étaient susceptibles, il ne fut plus question de l'incident, l'article des 10,000 livres fut voté sans difficulté et l'attribution en fut laissée au roi -. »
La situation du commandant était singulière. Par ses relations, par ses attaches à la cour, il appartenait au parti qui défendait les Jésuites ; il était le neveu de M. de Saint-Florentin, ouvertement rangé du côté du dauphin, il était le rival et déjà l'ennemi de M. de Ghoiseul, qui avait provoqué et encouragé la campagne contre cet ordre célèbre.
1. Mémoire pour M, le duc d'Aiguillon, édit. in-12, p. 86-88.
2. Arch. Nat., H. 352. D'Aiguillon au contrôleur général, 27 octobre 1762.
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11 avait moine reçu d(^ 1;^
L,\ CIIALOTAIS
cour los hliis imis-
santes vi Iob pliin hautes sollicitations, u M* tôfl comte de Pontual trouva le moven de faire enisra- ™
ger la roîue à eliarger M"'® d'Aiguillon de me dire qu'elle désirait vivement que le projet eu question eût un eiïet et que je devciis m'y employer, qu'elle exigeait celte preuve de mon attaeliement f
« M. le dauphin m'écrivit Ini-mème une leUre très pressante à ce sujet, dans laquelle il me marquait que c'était le [dus grand service que j pourrais rendre à la religion, à TEtat, au roi e à lui.
« Je lui ï'é'pondis que, quelque soumis que j fusse à ses volontés, il ne m'était pas possible de faire ee qu'il souhaitait, à moins que le roi ne me Tordonnàt positivement, n'y étant point autoriséB par mes instructions. Je lui représentai d'ailleurs ipie cette levée de boucliers de la part des Etats iraLoutirait qu'à élever une querelle entre eux o le Parlement et que la destruction dtrs Jésuite ayant été arrêtée dans le Conseil, il n'était pa; vraisemblable qu'on voulut les soutenir en Bre tagne, pendant qu'un les délruisait dans tout le reste du royaume, 11 voulut bien agréer me représentations et n'insista plus'. »
Le duc avait du reste consulté son oncle qi lui avait répondu \)eu de temps auparavant p ces ligues conlîdentiellcs ;
« A l'égard de l'aiïaire des Jésuites, je sui persuadé (jue vous n'avez point à craindre de tra casseries, puisque le roi a approuvé la répons
l. Arch. Niit., H* ti,'j;î, Méiiioire mss. du duc d'Aijfuilion LeUt'o non aî|fn4^c udredsée au duc, Fontainebleau, 28 octobre 1762« (M. de Poutuud était un des chefs dû roppoaition dûni les Etats.)
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que je vous ai faite et que je Tai fait voir à M. le dauphin. M, de Choiseul le sait aussi,,. Vous pourrez laisser les Etats prendre sur cela une délibération, toute autre chose ferait peut-être plus de tort que de bien aux Jésuites, cela animerait davantage contre eux les Parlements qui les accuseraient, et ce serait les mal servir ^.. » Au moment du débat, Saint-Florentin lui adressa de nouveau ces instructions officielles : « Il me paraît à propos que vous ne vous mêliez de cette affaire en aucune façon. Si les Etats prenaient quelque délibération..., je juge que vous pourriez vous dispenser de vous expliquer et de rien prendre sur vous... L'assemblée peut charger ses députés en cour de faire telles représentations qu'elle avisera 2... »
Le duc suivit sans doute ces conseils. Cependant il trouvait là une occasion inespérée de se rapprocher des chefs de l'opposition et surtout de jeter la discorde entre les Etats et le Parlement. Lui qui déclarait que Talliance entre ces deux corps « était effrayante par les suites qu'elle pouvait avoir, qu'elle porterait le dernier coup à l'autorité du roi en Bretagne, qu'il fallait exciter leur jalousie 3, » quel coup de parti s'il avait pu faire désavouer l'un par l'autre et condamner par les Etats la récente décision du Parlement.
La combinaison était indiquée, elle devait sé-
1. Arch. Nat., H. 633. Saint-Florentin à d'Aiguillon, 8 septembre 1762.
2. Arch. Nat., H. 633. Saint-Florentin à d'Aiguillon, 24 octobre 1762.
3. Arch. Nat., H. 348. « Hs se jalousent, il faudrait exciter cette jalousie. » D'Aiguillon à Bertin, 6 et 25 décembre 1760.
254 LE orc d'akuiillon et la chalot,\is ïvv un [lolitiqur aussi lin et iiussi retni-s ([iie
duc d'Aiguillon.
di
ipK'ti
ai^siiiT ]>ounaiir f|ii u ^^nniu une eompii'te iiou- Iraliti*, il jjoussâ iiirni*' r;d>nég'alion jiisrpi ù dii^suader le elergr* en lui mniilraut qu'un vote favorable aux jésuites iVrait naître entre les Etats et 1(^ Parl(^niont une gnene dont la province serait la victime. H
Les aiuîs du rouiniandant coufirment ses assertions. Il faut don€ les croire. Ton te (bis Tattitude contraire était si vraisendilable que Ton ne doit pas trop s\Honner si plus lard elle l'ut aïtribuço au duc d'Aiguillon par ses adversaires passionnés. U
Quand s'engagèrent les grandes luttes cntr^ le (X)mmandant et le ju^ocureur général, appuyé par le Parlement, ou n'hésita pas à représenter le duc comme le vengeur des Jésuites proscrits, on Taccusa de s^étre fait riustrument de leurs rancunes, M
u M. d'Aiguillon protégeait, incitait, auiiualW aux Etats de 17B2 la faction jésuitique. Ses menées étaient sourdes, mais trt's actives, diront les Etals ^ » — n Ces nujuvejneuts n'allaient i\ j'ieu moins, dira le Parlement, qu'à exciter uafl division entre les Etats et le Parh'nK^ut et dans le sein des Etats même '*. »
Mais riueident n*étail pas fini. Le 19 novembre, M. de la (iarlaye, jeune geutîlhoiume « de caractère sinqde et limido, w entrant h rassem^ Idée, vers neuf heures, éleva la voix et dit qU'
1. Réponse au grand Mémoire du duc d^Aiguilkm, iii-4", p, ÎIST
2. An et du Parlement de BreUgne du ik au ni illO, ijt-4*, p. 40.
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les affaires du roi étant terminées, on devait s'occuper des affaires particulières de la province ; la plus intéressante de toutes étant Tinstruction de la jeunesse, il demande qu'on délibère sur la proposition relative aux Jésuites, présentée quelque temps auparavant.
M. de Coëtanscours appuie vivement cette motion, qui concordait avec la sienne. M. de Pontual de même. La noblesse se divise à peu près par moitié. Un grand tumulte se produit : on crie, on interpelle, on s'invective. Le clergé penchait en faveur des Jésuites. Le tiers, presque entièrement composé d'hommes de loi, leur était en majorité opposé.
L'évêque de Rennes, Mgr Desnos, demande, au nom de son ordre, qu'on se retire aux chambres « pour y délibérer sur le projet de charger les députés en cour de demander au roi que les Jésuites fussent remis en possession des collèges de la province, w C'eût été un blâme infligé au Parlement.
Sur cette motion, chaque ordre devait aller délibérer séparément, le règlement l'ordonnait.
Mais le tiers refuse de sortir. Alors le tapage redouble, oïï s'échauffe, des altercations éclatent entre gentilshommes ^, le débat se prolonge sans résultat.
Il fallait en finir. A trois heures, le commandant, averti, fait venir le président du tiers et lui enjoint de se retirer dans sa chambre avec sou ordre.
1. On dit même que deux gentilshommes mirent l'épée à la main. Nous reviendrons sur cet incident.
256 LE Di:c d'aicuillo^ et la chalotais
M. de Conîuc obéit, mais il n ost suivi par aucun do s**s colli?gues. « Ceux-ci étaient, pn»tt*ml 1»' rluc, poussés h la résistance par des émissaires du Parlement qui eraigaaient que, si la matière était mise eu délibération, Tavis favorablo aux religieux ne* passât à la majorité de deux ordri/s cuutn* un.,. Les auteurs de la motion avaient eu soin en cltet de s'assurer que la plupart des gentilshommes présents étaient pour eux. Aussi le tiers retardait la délibération, a(in de donner le temps aux antagonistes des Jésuites de faire venir ceux de la noblesse qui pensaient comme eux L »
lulormé de la désobéissance du tiers, le duc appelle deux députés, M. Joubert du Collet, maire de Nantes, et M* Bernard du llaotcilly, séuéelial de Laiobalb;. <( Je les semonçai IVuienient, dit-il, je leur ordonnai de déclarer à leurs confrères qu'ils eussent à rejoindre sur le champ liMir président daïis leur chambre et à s'y tenir* jnscpfà ce que je leur eusse fait connaître les intentions du rot-. »
Dans rintervalle, le commandant catéclûse lo clergé, (c II lui montra coudji(!n sa tentative en faveur des Jésuites était dangereuse et hasardée, il lui fit voir rimpossibilité de ressusciter une Société déjà anéantie, dissoute par Taccord unanime de tous les tribunaux et de Fautorité royale* Il leur démontra que s'ils remportaient, ils ne réussiraient qu'à compromettre les Etats avec le
1. Arch, XttL. H. 033. Note mss, de d'Aî^juillun, el U. 352, Lettre du 21 novembre 1702,
2. Ar<'L. Nat., U. 352. DAiguiUun à Bertîn, 21 novembre 1762» et ÙictUmnaire manuscrii d'adminUtration de Bretagne^ v" /«*-
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Parlement; que d'ailleurs le mdhient où ils auraient pu se flatter du succès était passé, parce que le parti contraire aux Jésuites dans la noblesse avait reçu des renforts par Tarrivée d'un grand nombre de gentilshommes*, w
Ayant ainsi convaincu le clergé et reçu sa parole qu'il n'insisterait pas, le duc fît dire au tiers qu'il pouvait retourner sur le théâtre. Cet ordre n'avait pris aucune décision, le clergé non plus. Alors l'évêque de Rennes étant remonté au fauteuil de la présidence à six heures, leva la séance sans formuler de délibération ; il fut même entendu qu'il ne serait rien porté au procèsverbal, et en eff'et le registre ne contient aucune trace de ces longs et vifs débats qui occupèrent toute la séance-.
Il n'y a pas lieu de dj)uter que la conduite du duc d'Aiguillon dans ces circonstances fut bien telle qu'il la rapporte. Les correspondants du ministère, notamment le sénéchal de Goniac et La Boissière, trésorier des Etats, la confirment dans leurs lettres quotidiennes ^.
« Mais l'ordre du tiers n'oublia point les vivacités, les menaces, les duretés que ses principaux membres essuyèrent de M. d'Aiguillon et qui ne