‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 93 sur 178 · Arch. Nat., H. 350. D'Aiguillon à Berlin, 13 août · texte numérisé non relu

Arch. Nat., H. 350. D'Aiguillon à Berlin, 13 août

260 LE DUC d\uguilloî« et la chalotais

un très petit nombre entend les affaires, aucun lie sait parler, surtout en piihlie; on erle, mais on ne raisonne point, et celui cjui a la voix la plus forte et la meilleure [)oiiriDe est Aeoulf% | pourvu qu'il dise rtoti à toutes les denuuides du roi, qu'il se plaigne que les droits de la province sont lésés, ou de Fen tente des présidents arec les eomuiissaires du roi.

(< Legentilli<uume <'Iu n'aura pas plus d^autorité, Toais il sera plus dangereux s'il est de la cabale. Je pourrai peut-tHre Fempt^'eber de porter son ordre à tb's excès, mais Je ne puis pas me flatter de le déierminer à le tromper^ et €^esl tout ce que je ]unu'rMis lui demander, ue pouvant jias exiger qu'il j>reniie uruî autorité i[u'il n»^ peiil avoir à aucun égard * . »

Etait-ee naïveté ou cynisme? De tels sentiments chez le représentant du prince ne pouvaient éviilemment conduire qu'a un conflit.

A ce moment dWig-nilltm ne croyait pas « rpje les deux chefs vouhissent se faire élire, mais ils feront tondier le elioix sur un homme il leur dévotion et qu'ils seront surs de gouverner. »

Pourtant ce fut Kerguézec qui fut nommé*.

Chose étonnante! lo duc n'en ]>arait ni sur|vris ni conti'ai'ié, u Les gens prétendent que ce choix, tout extraordinaire qu'il est, ne nuira point aux

1 Arch. Nul, U. 350, D Aiguinuii î\ lîerlîii, Murluix, 22 juinct 1762*

2, n cul 82 v»jt3t. M, <\v lo B<'MiifniH fiO, le mnivniîs do Pir« ^0» aur 270 voLaiila, on *i%t\ pmuvi% iMit? loi» do plus, «)uo la iiulilHsciif iiV'Uut piiB iiusâi tioiubn^use qu'on lo dit pitrfois, (Arrb. Nul,^ 1|« 351, 0e Couine u Uerliiif 1"'' »ept, 1762.)

DÉMÊLÉS ENTRE LA. CHALOTAIS ET d'aIGUILLON 261

affaires générales, et je ne suis pas absolument éloigné de penser comme eux '. »

Il avait, selon son habitude, habilement manœuvré; il s'était abouché avec Kerguézec et avait fait voter pour lui les gentilshommes qu'on pouvait appeler ministériels, 11 espérait bien que celui-ci lui serait reconnaissant de ce service-.

Aussi son ordre, qui témoignait assez clairement de ses sentiments en élisant le chef de l'opposition, fut quelque peu déconcerté de son attitude. Il semble que l'hostilité du comte de Kerguézec, très décidée, mais admettant parfois, nous l'avons vu, les accommodements, s'humanisa dans les relations forcées entre le président et le premier commissaire du roi.

Le jeune comte de la Fruglaye, gendre de La Chalotais, qui assistait pour la première fois aux Etats, le laisse entendre : « La très grande majorité des suffrages se réunit en faveur de M. de Kerguézec, gentilhomme de l'évêché de Tréguier, demeurant habituellement à Rennes. Homme de beaucoup d'esprit, il s'était depuis longtemps acquis la confiance de son ordre par la profondeur de ses connaissances, son zèle pour les intérêts de la province et surtout une grande hardiesse dans ses opinions aux Etats.

(( 11 était d'un caractère sombre, dissimulé à

1. Arch. Nat.., H. 351. « Vous aurez été étonné du choix du président, mais vous le serez beaucoup lorsque vous saurez que j'espère qu'il se conduira bien... \\ fera moins de mal dans le fauteuil de président qu'il n'en aurait fait dans l'assemblée, et il peut y faire beaucoup de bien, ce qui aurait été impossible à tout autre. » (D'Aiguillon à Bertin, l*"" et 2 septembre 1762).

2. Les autres présidents furent Mgr Desnos, évéque de Rennes, pour l'église, et M. de Goniac pour le tiers.

262 LE DUC D\\IGt*ILLO?( ET LA CHALOTAIS

Texcès, affectant une sorte de cynisme dont il voi^ lait une ambition démesurée. Sa présidence le démasqua en partie, ses opinions de\*inrent plus^ modérées; sa députation à la cour, suite de sa présidence (et fonction très lucrative), acheva dôfl lui nuire dans Fesprit des gens délicats*. » ™

Pour comble di^ malheur, dWiguillon était seul, — rinlendant Le Oret élant retenu par la maladie aux eaux de Uourhon-rArchambault, — et il allait avoir h faire prévaloir des exigences que luimême jugeait déraisonnables et excessives.

Le contrôleur général Bertiii était revenu son idée du sol pour livre; il voulait à tout pria Timposer à la Bretagne. Il était tout prêt à accuser le duc d Aiguillon de faiblesse; celui-ci pré-l tend (ju'il avait été indisposé contre lui par le duc de Ghoiseul; cependant Bertin et dWiguillon se réconcilièrent quehjue temps avant les Etats i de 1762 ^ f

Le sol pour livre ! Ce mot seul était odieux aux Bretons. Mais il fallait de Targent conte que^ coûte pour satisfaire aux prodigalités ruineuses de la cour et aux dépenses d'une guerre insensée- La session s'ouvrit pourtant sous d'heui'cux^ auspices. Dés le premier jour le don gratuit de trois millions fut accordé sans discussion; etn même les Etats décidùreiit par acclamation dVif-^ frir au roi un vaisseau de cent canons pour permettre de continuer la guerre. Un emprunt de J un million fut voté dans ce but. |

le

L Mém&îres mnnusci'ils di; M. de tti Frii^fluye* Cette appréciation *sl un peu sévêrf , cor ce préleridu rnpprocbi^metîl ii'empé cha par Kerg-uczec de muiuir eo t?xil.

Page 1