‹ Le pouvoir d'achat des classes ouvrièresChapitre 10 sur 41 · LOGE · texte numérisé non relu

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tes Les discussions sur les taux de salaire et que vont reprendre les plus grands économistes classiques. Selon cette loi, la population du monde croît plus vite que les subsistances. Et c’est pour cela que la concurrence entre ceux qui demandent du travail se fait plus âpre et tend à ramener sans cesse le prix de la main-d'œuvre au minimum d'existence. Cette concurrence a d’ailleurs des conséquences satisfaisantes, dit Malthus, car, par les souffrances qu’elle imposera au salariat imprévoyant, elle l’amènera à restreindre les naissances. Ce qui, en fin de compte, écartera de toute la société le péril de la surpopulation.

Voilà donc désormais justifiées toutes les réductions de salaires les plus cruelles. Les employeurs qui seraient pris entre le désir d’abaisser leur prix de revient (sous l’aiguillon de la concurrence, ou dans le but d’augmenter leurs profits) et la pitié vis-à-vis de la misérable existence de la main-d'œuvre, sont désormais affranchis de tout vain combat de conscience : Le salut de l’humanité, le bien des salariés eux-mêmes exigent la diminution des salaires.

Ricardo reprend à son tour le raisonnement de Malthus dont il accepte la « loi de population ». Il constate d’abord que« dans la marche naturelle des sociétés, les salaires tendront à baïsser, en tant qu'ils seront réglés par l'offre et la demande, car le nombre des ouvriers continuera à s’accroître un peu plus rapidement que ne le fera la demande $ » et il conclut lui aussi à la nécessité pour les pauvres de n’avoir que peu d’enfants : « C’est une vérité incontestable que l’aisance et le bien-être des pauvres ne sauraient être assurés, à moins qu’ils ne cherchent eux-mêmes, ou que la législation ne les conduise à diminuer la fréquence des mariages entre individus jeunes et imprévoyants *. »

Et Ricardo trouve une raison de plus à la limitation du taux des salaires, dans sa théorie de la rente foncière. En effet, les biens à la disposition des hommes sont divisés en

6 et 7. Cf. Ricardo, Principes d'économie politique, trad. Îr., 1817, p. 78, 80, et suiv.

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trois parts : La première va à la propriété foncière. La deuxième constitue les profits des entreprises industrielles et commerciales. La troisième sert à rétribuer la maind'œuvre. Or, à mesure que le monde se peuple, la nécessité de cultiver des terres même peu fertites fait hausser le prix des subsistances et ainsi la part des propriétaires fonciers tend à grandir naturellement, nécessairement. Reste la part des employeurs et des salariés de l’industrie et du commerce. « La part de l’un ne pourra augmenter dans la mesure où la part de l’autre diminuerx. » C’est là un point sur lequel Ricardo insiste à plusieurs reprises. « Dans tout le cours de mon ouvrage, dit-il, dans les Principes d’économie politique, j'ai cherché à prouver que le taux des profits ne peut jamais hausser qu’en raison de la baisse des salaires. » Les salaires seront donc une fois de plus limités au strict minimum par suite de la décroissance des profits des employeurs, due à la hausse de la rente foncière.

Ricardo ajoute que cette limitation n’empêche pas que se produisent autour du prix naturel du travail (le minimum nécessaire) des oscillations dues à l'offre et à la demande, lesquelles peuvent être assez considérables.

Adam Smith avait noté déjà auparavant ces variations : « C’est parce que la demande du travail augmente dans les années d’abondance subite et extraordinaire que le prix du travail monte quelquefois dans les unes et baisse dans les autres. »

Dans son ensemble, le taux des salaires, dit Ricardo, est maintenu au minimum d'existence. Désavantage dans la position des salaires vis-à-vis des employeurs. Maïs, par contre, si la rente foncière mange peu à peu une plus grande part « du gâteau », son avance ne se fait qu’au détriment du profit.

Ceci est une remarque importante : « Les profits tendent

8. Adam Smith, Richesse des nations, trad. fr., liv. I, chap. VIII, p. 84 édit. 1788.

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à baisser naturellement parce que dans le progrès de la société et de la richesse, le surcroît des subsistances nécessaires exigent un travail croissant et donc des salaires croissants. »

Et la hausse des subsistances ne fait pas baisser les salaïres au-dessous du minimum nécessaire, — cela est par définition impossible, au moins pour une période prolongée — aussi entraîne-t-elle une hausse nominale du taux des salaires, une hausse dans le prix des objets fera hausser le prix naturel du travail, lequel baissera par la baisse des DIX |

Ainsi, deuxième précision à la théorie du salaire minimum d'existence : elle n’est point incompatible avec une certaine hausse des taux de salaire.

Troisième point : Les salaires, semble-t-il, diffèrent de pays à pays. Serait-ce que la théorie du minimum d’existence est fausse ? Ricardo répond à cette question en précisant qu’il ne faut pas parler d’un minimum d'existence abstrait. Celui-ci est déterminé concrètement par l’état de la société en un temps et en un lieu donnés. Et comme cette constatation est d’un intérêt présent, à notre époque où les vieilles nations industrielles s’indignent du dumping social pratiqué par certains pays tard venus à la civilisation occidentale *, il faut citer ici le passage de Ricardo en son entier :

< On aurait tort de croire que le prix naturel des salaires est absolument fixe et constant, même en les estimant en vivres et autres articles de première nécessité. Il varie à différentes époques, dans un même pays, et il est très différent dans des pays différents. Cela tient essentiellement aux mœurs et habitudes du peuple. L'ouvrier anglais regarderait son salaire comme au-dessous du taux naturel et insuffisant pour maintenir sa famille s’il ne lui permettait

9. Le Bureau International du Travail a fait une enquête spéciale sur les

salaires japonais par suite des protestations européennes contre le bas niveau de vie de l’ouvrier japonais (1934).

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d'acheter d'autre nourriture que des pommes de terre. Et néanmoins, il paraît suffisant aux habitants des contrées où la vie est à bon marché et où l’homme n’a que des besoins modérés à satisfaire. »

La notion du minimum d’existence doit être renforcée de celle du standard, du niveau de vie normal. Ricardo constate que bien des choses constituent à son époque le bien-être du paysan anglais, et qu’on aurait regardées comme des objets de luxe à des époques reculées de lhistoire anglaise. Et bien des choses paraissent comme des objets de luxe pour le misérable fermier irlandais dont l’ouvrier anglais ne saurait se passer sans se sentir privé du nécessaire.

Voilà certes un adoucissement apporté à ce que, depuis, Lassalle appela la « loi d’airain » des travailleurs. Mais cet adoucissement est limité ; il signifie seulement, semblet-il, qu'à travers les immenses progrès faits par les hommes dans la production des richesses, les salariés ont réussi à obtenir quelques avantages, et que lorsqu'ils en ont joui d’une façon régulière et depuis un long temps, lorsque l’habitude de leur usage est devenu une « seconde nature », les salariés ne sauraient en être privés sans souffrances aussi grandes que lorsqu'on les prive du minimum biologique nécessaire. Ces nouveaux besoins se sont intégrés entièrement dans le minimum d'existence.

Ricardo considère bien que toute hausse de salaires entraînera un excédent de bras et une rétrogradation de salaires. Mais il pense que si la hausse a pu se maintenir quelque temps, par suite des causes fortuites, une partie de l’avance pourra être conservée. Et Malthus à son tour note qu’une telle hausse peut créer dans la classe ouvrière un certain esprit de prévoyance, qui évitera justement aux salariés de se laisser aller à leur instinct aveugle. « L’amélioration soudaine de la situation du peuple peut lui donner une fierté convenable et un goût de propreté et de décence. » Comme la production industrielle est encore fort

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