‹ Le pouvoir d'achat des classes ouvrièresChapitre 11 sur 41 · DE · texte numérisé non relu

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désordonnée, si elle traverse des crises de dépression, elle atteint à certains moments un degré élevé de prospérité, et au cours des « belles périodes », la classe ouvrière plus largement rétribuée entreverra les progrès possibles et cherchera à se discipliner pour les atteindre, puis les rendre définitifs.

Il faut pousser par tous les moyens les salariés à acquérir : « Tous les amis de l’humanité, dit encore Ricardo, doivent désirer que les classes laboricus?s chicrchent partout le bien-être et les jouissances légitimes. »

Les salaires sont donc ramenés normalement au « minimum d'existence », et c’est tant mieux. Car la baisse des salaires est un avertissement nécessaire aux salariés.

La hausse des salaires n’est bonne et d’ailleurs n’est possible que si l'accroissement de l’industrie est plus rapide que celui de la population. Et l'expérience qui se déroulait sous ses yeux faisait ajouter à Adam Smith que, même si le pays est riche lorsque la population croît aussi vite que la richesse, les salaires restent bas. Les Anglo-Américains voyaient leurs salaires s'élever plus rapidement que ceux des Anglais habitant cependant un pays plus riche et mieux organisé que les colonies américaines. ;

Lorsqu'une disette se produit, un grand nombre d’ouvriers se trouve sans emploi : c’est qu’il est impossible pour l'entrepreneur de continuer d'employer autant d'hommes au même taux qu'auparavant; il faut respecter l’avertissement donné par le jeu des lois naturelles. « Hausser les salaires, dit Smith, ce serait augmenter le nombre de ceux qui sont sans emploi. Ce serait prévenir les bons effets d’une disette modérée, qui tend à rendre le peuple laborieux, plus attentif, plus économe. »

Malthus reprend la thèse de Smith, jette un cri d'alarme, dénonce le péril qu’il y aurait à laisser subsister quelques doutes dans l'esprit des salariés, leur faisant croire qu'ils pourront élever des enfants, alors que l’afflux de main-

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d'œuvre prouve qu’il y a trop d'hommes pour le progrès accompli dans la production des richesses.

Il se félicite que l’excès d'offre de la main-d'œuvre fasse baisser les salaires et empêche la disette, ou que la raréfaction des biens fasse monter les prix, ce qui incite aussi bien des salariés à se restreindre.

Mais, lorsque la disette vient, ou que l’excès de maind'œuvre se fait sentir, il ne faut pas céder à la pression des salariés; il faut leur faire comprendre que, même si un employeur de trop bonne volonté, ou si le gouvernement, pressé par la crainte d’une sédition, veulaient hausser les salaires, cette hausse serait impossible, sans effet.

Malthus écrivait, au sortir d’une période difficile que venait de traverser l’Angleterre, après la disette de 1801, que si les salaires avaient été portés de 2 à 5 shillings, cela n’aurait en rien augmenté les ressources des ouvriers « L'acte par lequel on transporterait à chaque ouvrier la propriété additionnelle de trois shillings n’augmenterait pas la quantité de viande qui existe dans le pays. Or, dans l’état actuel, il n’y en a pas assez pour que chacun des habitants en ait une petite portion à sa table. Qu’arriveraitil ? La concurrence des acheteurs au marché élèverait bientôt le prix de cette marchandise. Et tandis que la viande coûte à présent un peu moins d’un demi-shilling la livre, elle en coûterait 2 ou 3, en sorte que tout ce que le pays peut en fournir ne se partagerait pas entre un nombre de personnes beaucoup plus grand que dans l’état actuel des choses 1. »

Donc, tant que les biens à se partager sont rares, il est absolument vain de hausser les salaires, car on ne fera hausser que les salaires nominaux et point du tout le pouvoir d'achat général de la classe pauvre. Cependant, à propos de ce raisonnement, Malthus entrevoit une idée fort importante par laquelle, par la suite, ses propres théories

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