Malthus, De la production, liv. ITT, chap. V
seront battues en brèche. C’est que si les prix des denrées haussent, les producteurs seront incités à en produire plus, et ainsi l'accroissement du nombre d’acheteurs donnerait une nouvelle activité au travail et à l’industrie et ferait croître le produit total du pays. Mais Malthus écarte aussitôt cette idée en répondant que « cette augmentation d’activité serait plus que compensée par l’encouragement que donneraient à la population ces richesses imaginaires .». Peut-on d’ailleurs forcer le produit du sol ? Non, la crainte de la disette, toujours présente, fait rejeter d'aussi funestes utopies : il est impossible, lorsque les salariés subissent une diminution de deur rétribution parce qu’ils ont erû plus vite que la production des richesses, de contrecarrer cette baisse naturelle, bienfaisante.
C’est au nom de la même nécessité que Ricardo et Malthus s'élèvent contre les lois qui viennent au secours des pauvres, imprévoyants. Toutes, elles créent de funestes illusions et font leur malheur en les détournant de prendre les mesures de restrictions des naissances nécessaires qui, seules, permettraient à leurs salaires de remonter enfin.
Leurs arguments, et surtout ceux de Malthus, sont d’autant plus curieux à connaître qu'ils ont été repris non seulement durant tout le xix° siècle par les théoriciens « libéraux » français, mais qu'aujourd'hui encore ils s’opposent, pour partie au moins, à certains auteurs dans les critiques qu’ils adressent à l’assurance-chômage. Et cependant ces économistes chargent celles-ci de tous les méfaits dont Malthus chargeait la doi sur les pauvres.
Tout d’abord, les lois d'assistance créent « les pauvres qu’elles assistent ». Les gouvernements ont cherché à atténuer, à faire disparaître le paupérisme ; mais en soutenant les familles misérables, en leur faisant espérer un secours perpétuel, ils les encourage à avoir des enfants sans craindre pour eux la famine. Bien plus, « la quantité d'aliments qui se consomme dans les workhouses et qui s’y distribue à une partie de la société qu’on ne peut envisager
comme la plus précieuse, diminue d’autant les portions qui sans cela seraient réparties à des membres de la société plus laborieux et plus dignes de récompense » #. Ces appréciations sur ceux qui ne sont pas dignes de récompense ne pourraient évidemment plus être portées à notre époque où 20 à 30 millions d'hommes cherchent en vain du travail. !
Les lois sur les pauvres, surtout, ont, de l'avis de Malthus, un effet déprimant sur les salaires, car elles augmentent la demande de marchandises des assistés, alors qu’elles ne créent aucune augmentation des richesses réelles existantes. Le poids que les lois sur les pauvres font peser sur les entrepreneurs, ceux-ci chercheront à s’en débarrasser sur leurs employés. Et nous voici loin de la théorie moderne selon laquelle le dole, l’assurance-chômage maintient le taux des salaires en pleine crise économique, en permettant aux salariés de résister à toute pression nationale, puisqu'ils sont sûrs d’avoir toujours la ressource de l’allocation de chômage.
Les « classiques » considèrent donc que le soutien artificiel des classes pauvres par le gouvernement ne peut amener aucune hausse réelle de la masse globale des salaires, et qu’il prépare une réduction générale des salaires par un accroissement de la population également funeste à la société et aux employés en tant que tels.
L'assistance aux chômeurs par le travail n’est pas meilleure que l'autre et chaque ouvrage fait dans une workhouse en enlève autant aux ouvriers non chômeurs : « Pour chaque écheveau de laine que filent les pauvres de la paroisse, il ne peut manquer d’y avoir un écheveau de moins à Colchester ou aïlleurs. Car il ne se vendra jamais plus de laine que le public n’en demande » ”.
L'Etat ne peut donc rien pour les classes pauvres —- il
il. Malthus, Principe de population, liv. III, chap. VI. 12.- Malthus, Principe de population, liv. III, chap. VI, p. 366.
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faut abolir toutes les lois qui assistent les travailleurs nécessiteux et les chômeurs.
L'École libérale, peut-être avec des arguments un peu différents et moins nets, continue de nos jours à enseigner que l'action des Pouvoirs publics « en faveur » des salariés est inefficace, et même catastrophique dorsqu’elle empêche ces « lois naturelles » de jouer.
« L'observation prouve, écrivait encore Leroy-Beaulieu en 1922, qu'il existe pour la répartition des produits des règles naturelles qui, sous tous les climats, dans tous les pays, dans tous les temps, sous toutes les formes de gouvernement, exercent une influence analogue et échappent à l'arbitraire des lois. Celles-ci peuvent bien entraver le cours naturel des choses, elles sont impuissantes à totalement l'arrêter ou le redresser ; on l’a bien vu, toutes les fois que le législateur a voulu fixer un taux maximum et un taux minimum, soit aux profits, soit à l’intérêt du capital, soit aux loyers, soit aux salaires, soit au prix des marchandises. Des milliers de tentatives ont été faites en ce sens par des législateurs imprudents et présomptueux : elles ont toujours échoué.
» Quand elles vont contre la nature des choses, c’est-àdire contre les conséquences du naturel et libre développement de d'industrie humaine pour la distribution des produiis entre les différentes catégoriws de copartageants, les lois civiles ou pénales sont impuissantes. Elles ne peuvent être que perturbatrices, mais non effectivement régulatrices. »
C’est lorsqu'il s’agit de l’action des pouvoirs publics sur la répartition des produits que l’on doit se souvenir de la belle définition de Montesquieu : « Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. » (Cf. Leroy-Beaulieu, Principes d'Economie politique, 1922, p. 105 et suivantes.)
Il est au moins un point sur lequel toute l’Ecole libérale conserve depuis cent cinquante ans une opinion immua-