‹ Le pouvoir d'achat des classes ouvrièresChapitre 13 sur 41 · RE | RE · texte numérisé non relu

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ble, c'est que le présent régime économique est basé sur des lois naturelles, et que les lois naturelles exigent l’existence de ce régime.

as plus que l'Etat, le « Bon Patron » ne peut forcer les lois naturelles — et ceux qui voient clair savent qu’il faut, au contraire, tenir la main aux salariés. Car tant que subsistent Les lois d’assistancé, sur lequelles les ouvriers comptent en cas de malheur, les salariés dissiperont follement et de mauvaise manière les salaires an pu trop généreux qui leur auraient été alloués. C’est seulement lorsqu'ils sauront qu'ils ne doivent compter que sur eux-mêmes que les salariés pourront recevoir de gros salaires. Car, alors, ils s’efforceront d'épargner en vue de jours moins bons. Et sachant quelles difficultés leur a coûté cette épargne, ils ne multiplieront pas, sans réflexion, une abondante progéniture.

Enfin, l’action des associations d'ouvriers elle-même, et pour les mêmes raisons encore, est inefficace comme l’acion de l'Etat ou des patrons, et ne peut faire hausser utilement les salaires ; la hausse forcée des salaires réduira nécessairement le nombre des salariés qui peuvent être employés.

« … Les ouvriers des manufactures des villes ont été conduits à comploter dans le but de maintenir les salaires, et d'empêcher les ouvriers de travailler au-dessous d’un certain taux. Mais de tels complots ne sont pas seulement illégaux, ils sont déraisonnables et inefficaces. Et, si l’offre d'ouvriers dans quelque branche particulière d’industrie est de nature à faire baisser les salaires, l’acte de les maintenir de force doit avoir l'effet de priver d’occupations un nombre d'ouvriers tel, que la dépense de leur entretien égale le gain produit par la hausse des salaires. En sorte que cette hausse demeure tout à fait vaine par rapport à la masse entière des ouvriers #. »

13. Malthus, Principe de population, liv. III, chap. VII, p. 382.

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Les conceptions de Malthus furent systématisées au milieu du siècle par Stuart Mill dans sa loi du Fonds des Salaires. Selon celle-ci, le taux des salaires est déterminé par la demande des ouvriers en quête d'emploi et l’offre mesurée par la quantité de capital disponible pour entretenir les ouvriers ; cette quantité de capital disponible est le « fonds des salaires ». Ainsi, Stuart Mill se trouvait amené à conclure que les salaires variaient selon des causes entièrement indépendantes de la volonté de l’ouvrier. Et, à moins qu’elle ne pût aboutir à une augmentation du capital disponible pour les salaires, aucune intervention, syndicale ou gouvernementale, ne pouvait avoir la moindre efficacité. Comme Malthus, Stuart Mill considère donc l’action des Trade Unions comme inutile et vaine ; comme lui encore, il avertit les ouvriers qu’ils n’ont que deux moyens d’agir sur leur rémunération : la restriction des naissances, ou l’épargne. Et celle-ci était assez impossible pour une population ouvrière réduite au plus strict nécessaire.

Il est juste de dire que Stuart Mill lui-même dénonça par Ja suite la théorie du fonds des salaires, et admit l’efficacité de l’action syndicale en vue de la restriction, au moins momentanée, de l'offre de main-d'œuvre sur le marché.

Ce qu’il y a de juste, évidemment, dans le raisonnement de Stuart Mill, comme d’ailleurs des classiques en général, c’est que l’entrepreneur ne prend de risques et donc n'offre du travail que s’il peut faire un profit minimum. « La formation du capital est déterminée par un taux minimum du profit. » Cela va de soi dans un système dont le ressort est le profit.

Stuart Mill, d’ailleurs, comme autrefois Ricardo, arrivant à la conclusion que le profit tend à décroître, conclut que le système tombera dans une stagnation définitive, dans lequel l’industrie, la population et les salaires ne feront plus de progrès ; c’est l'Etat stationnaire.

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Si toute l’école classique est d’accord pour penser que les taux des salaires doit fatalement osciller autour du minimum nécessaire à l'existence de l’ouvrier, et que seul le libre jeu des lois naturelles peut empêcher celui-ci de nourrir de fàâcheuses illusions, au moins pense-t-elle que ce salaire minimum est normalement assuré à tout travailleur de bonne volonté ?

Certes, les théoriciens ne pouvaient manquer d’être frappés des crises soudaines et profondes qui arrêtaient le fonctionnement des usines. Ils connaissaient les révoltes des ouvriers chassés par les machines, ils savaient qu’en France, en Silésie, en Grande-Bretagne, à maintes reprises les salariés, qui n'avaient que leurs salaires et les secours de l’assistance publique pour vivre, chassés par les machine, avaient brisé celles-ci.

Mais tout en déplorant ces incidents, en plaignant les malheureux privés de leur gagne-pain, ils déclaraient que le chômage n’était pas un phénomène grave, ni lurable surtout. Puisqu’il ne peut y avoir crise de surproduction générale, mais seulement avance trop considérable dans une branche d’industrie par rapport aux autres, le chômage n’est qu’un mal très temporaire, il ne dure que le temps de la réadaptation des branches de production entre elles ; et nécessaire, puisqu’il empêche patrons et ouvriers de continuer de se porter vers une industrie dont les possibilités sont déjà excessives.

Ces ouvriers en chômage, que deviendront-ils ? Ils seront employés dans de nouvelles industries, ou bien celle qui les employait trouvera de nouveaux débouchés et donc créera de nouveaux emplois : « La grande multiplication d’un produit en fait baisser le prix : le bon marché en étend l’usage, et sa production, quoique devenue plus expéditive, ne tarde pas à occuper plus de travailleurs qu’auparavant “. »

14. J.-B. Say, Trailé d'économie politique, Paris, 1817, t. I, p. 54.

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