‹ Le pouvoir d'achat des classes ouvrièresChapitre 15 sur 41 · B. L'ECONOMIE D’ABONDANCE · texte numérisé non relu

B. L'ECONOMIE D’ABONDANCE

Dès son apparition, l'Ecole libérale subit des attaques qui, à vrai dire, ne furent d’abord que de critique négative.

Les grands classiques avaient posé comme principe que les salaires devaient être réduits au minimum. L’entrepreneur dont de gros salaires auraient réduit le profit, aurait cessé de vouloir courir des risques, ou aurait été éliminé par la concurrence s’il avait voulu relever ses prix. L’argument du pouvoir de consommation des salariés les touchaient peu parce que les biens à se partager étaient rares. La consommation, loin de faire défaut, risquait de dépasser la maigre production. Et cet état se perpétuerait toujours par suite du jeu de la loi de population.

C'est donc sur celle-ci que devaient d’abord porter les attaques. Sismondi fut le premier à contester sa valeur. Tout d’abord, dit-il, il suffit de regarder autour de soi, de raisonner sur des faits concrets, de ne pas s’enfermer dans des discussions abstraites pour voir que ni dans le passé, ni dans le présent, la population n’a atteint la limite des subsistances possibles. Et avant de se baser sur les famines passées ou les craintes hypothétiques de famines futures, il faut rechercher si les hommes ont épuisé toutes les possibilités de subsistance que la nature elle-même leur offre. En fait, nous voyons que « tous ceux qui auraient envie de subsistances n’ont ni le moyen, ni le droit d’en demander à la terre. Ceux, au contraire, auxquelles les lois accordent le monopole des terres, n’ont nullement intérêt à leur demander toute la subsistance qu’elles peuvent produire. En tous les pays les propriétaires se sont opposés et ont dû s’oppo-

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ser à un système de culture qui prétendait uniquement à multiplier les subsistances et non pas à augmenter les revenus ». Bien avant de se heurter à la limite des possibilités physiques de production des richisses, l’on se heurtera à la limite due à notre mauvais système de propriété.

Sismondi détruit donc la théorie de la loi « naturelle » de la population. L'insuffisance des subsistances n’est pas le fait de la nature, mais de l’organisation économique. Le danger de disette peut donc être écarté si les hommes ne consentent point à subir un système économique qui les menace de famine. La loi de population peut être exacte dans un système économique fondé sur l’organisation raïisonnée de la pénurie, mais elle peut disparaître dans un autre système économique.

En tout cas, dans l’état présent des choses, « la population ne dépend pas des subsistances, mais de la volonté des propriétaires qui la font augmenter ou diminuer afin de réaliser le produit net maximum ».

Et Sismondi s’élève contre ce fait, conséquence de la séparation de la propriété et du travail. C’est cette séparation que font naître la grande propriété et l’usine qui ont réduit le pauvre à se soumettre à des conditions onéreuses, et toujours plus onéreuses, sous peine de mourir de faim. Et c’est elle qui empêche le travailleur de mesurer les possibilités qu’il aura d’élever des enfants. L’artisan, autrefois, pouvait calculer son revenu, et régler en conséquence son mariage, sa progéniture. Mais maintenant le salarié, privé de toute propriété, est sans cesse exposé à se méprendre sur son revenu et à accroître une population qui ne correspondant pas à la demande du travaïl ne trouvera point de subsistance. L’ouvrier reçoit son seul revenu des mains du capitaliste qui l’emploie et dont il ignore les affaires — il ne connaît donc point la demande future des produits et la quantité de travail qui sera nécessaire — il n’a aucun

16. Sismondi, Nouveaux principes, t. II, p. 269-270; cf. aussi Gide et Rist Histoire des doctrines.

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