‹ Le pouvoir d'achat des classes ouvrièresChapitre 26 sur 41 · LUE N 4 A · texte numérisé non relu

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teurs d’articles de qualité. Les premiers représentent le gros de la clientèle sur le marché de la production massive. Les autres ne peuvent y voir qu’une influence relative n'étant pas assez nombreux, quand même ils ne préféreraient pas les denrées coûteuses auxquelles ils peuvent prétendre » — or, à notre époque d’entreprises gigantesques, fabriquant en masses, il faut, pour qu’un marché de masses existe, une très large dissémination du revenu national.

Siiles salaires sont bas, une quantité plus petite de revenu sera consacrée à la consommation, une quantité plus grande à des dépenses d'outillage. Car, que feront les milliers d'hommes qui touchent des dividendes avec leur abondante richesse ? ils ne la consommeront que pour une petite part, et investiront le reste, ou alors ils thésauriseront ou se livreront à de maïsaines spéculations boursières qui faussent l’image de la situation économique véritable.

Le pays qui était le mieux préparé à élaborer et à appliquer cette théorie « expansionniste » des hauts salaires est les Etats-Unis d'Amérique. Et aux Etats-Unis, il est significatif que ce soit un chef d’une industrie produisant en masse et en série, Ford, qui en soit devenu le promoteur.

Le Fordisme recherche la croissance continue de Ja richesse grâce à l’abaissement des prix de revient. Cet abaissement ne peut être obtenu qu’en étalant les frais généraux sur un nombre croissant de ventes. Ces ventes ne peuventse faire que grâce à l’augmentation continue du pouvoir d’achat des masses salariées, c’est-à-dire grâce à la hausse continue des salaires.

« C’est une des lois fondamentales des affaires, dit Ford, (Le Progrès) que d'augmenter les salaires doucement, mais d’une façon continue, et sans jamais les réduire. » La nécessité où l’industriel se trouve d'augmenter légèrement, mais constamment les salaires l’obligera à faire des progrès techuiques qui abaïssent ses prix de revient.

Le secret de la prospérité, dit encore Ford, c’est de savoir fabriquer en série non seulement des marchandises, mais

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aussi des consommateurs. Et ceci ne peut être obtenu que par les hauts salaires. Ceux-ci ouvrent de nouveaux marchés intérieurs, ce qui permet une baisse des prix — qui entraîne à son tour une nouvelle augmentation du pouvoir d'achat des masses — il faut que l’industrie s'efforce de tirer de ses opérations des revenus de plus en plus grands pour tous ceux qui travaillent pour elle.

« Si les marchandises de première qualité qui répondent à des besoins réels ne se vendent pas en quantités toujours grandissantes, alors la difficulté réside dans un pouvoir d'achat insuffisant. » Comment résoudre la crise ? par l’abaissement des prix, mais la dernière chose à faire est de réduire les salaires. Certes, les frais de main-d'œuvre doivent être maintenus bas, mais le seul moyen infaillible d’y parvenir est de tenir hauts les salaires. »

La crise, dit Ford, est une sommation faite à l’industriel d’avoir à améliorer sa technique.

Le Fordisme a profondément pénétré les Etats-Unis, et cela avant même que l’administration rooseveltienne prenne le pouvoir. C’est ainsi que nous pouvons lire dans le rapport Davies, de l’administration du travail, en 1927 : « Quel que soit le nombre de ses habitants, nous savons qu'aucun pays à salaires bas n’est prospère et nous avons aussi prouvé par des chiffres et des faits qu'aucune industrie à salaire bas aux Etats-Unis n’est actuellement prospère. Aucune partie du pays où prévalent des salaires bas n’est actuellement aussi prospère que les parties où prévalent les salaïres hauts. »

À certains intervalles, la doctrine officielle constate aux Etats-Unis, quoique dans des circonstances toutes différentes, les mêmes faits qu'avait déjà observés Tocqueville.

Et voici l'explication que fournit cette même doctrine officielle, en 1928 : « Aucune industrie ne peut prospérer si elle ne paie pas de hauts salaires parce que c’est en grande partie sur les ouvriers que les grandes industries de base et l’agriculture doivent compter pour vendre et faire con-

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sommer leurs produits. Il y a aux Etats-Unis 43 millions d'individus exerçant un travail rémunéré : plus de 25 millions sont des salariés. Nous devons veiller à ce que tous reçoivent un salaire suffisamment élevé pour maintenir Pactivité industrielle. »

La doctrine fordiste considère avec beaucoup de mépris les théoriciens des bas salaires et leurs tenants : « Il ne viendrait jamais à l'esprit d’un de ces patrons, dit Ford, que les salaires sont autre chose que des frais onéreux qui grèvent la production. Les Européens sont encore aujourd’hui imbus de cette mentalité primitive »… et encore « Le système qui établit les salaires sur le coût de la vie n’est qu’une méthode pour permettre un genre d’esclavage en pratique. C’est un système illogique, car le train de vie dépend dans une large mesure des salaïres qu’on paie. »

Les bas salaires sont donc doublement néfastes pour les capitalistes ; la pratique de louer des hommes parce qu’ils sont bon marché ruinera une entreprise aussi vite que l'achat de matériaux effectué uniquement parce que leur prix est bas.

Les « Européens » qui ne comprennent pas que la crise est une sommation d’avoir à augmenter le pouvoir d’achat des masses par le progrès technique, cherchent à abaisser leur prix par la méthode paresseuse des réductions de salaires, sans s’apercevoir qu'ils ne font qu’aggraver Îles causes de la crise.

Nous voilà donc bien loïn des théories malthusiennes et classiques. La production étant devenue intense, le problème de la recherche des consommateurs étant passé au premier plan, ïl faut à tout prix augmenter le pouvoir d’achat ouvrier.

« Les hauts salaires » n’ont pas d’ailleurs été préconisés seulement sous la forme directe.

La consommation ouvrière a été stimulée au moyen des ventes à crédit. Le crédit à la consommation et non plus seulement à la production a pris une extension extraordinaire aux Etats-Unis.

En Europe, l'amélioration des salaires a été cherchée plutôt dans les compléments « sociaux » du salaire, salaires, sursalaires, prestations patronales, ou de lassistance et de l'assistance sociale, dans l’abaissement de prix des prestations des services publics les plus nécessaires. En un mot, c’est par l'application de la doctrine « solidariste » qu’en Europe les salaires se sont trouvés soutenus et complétés.

Mais il est vrai que la doctrine solidariste, si elle a des effets certains au point de vue de l’augmentation de la capacité de consommation ouvrière, a été bien plutôt conçue dans un esprit social qu’économiste.

Enfin, l’on a pensé détourner le danger de déséquilibre capitaliste prédit par Marx, en associant les salariés à la fortune des entreprises capitalistes.

Il faut écarter immédiatement les formes ordinaires d’« association » telles que le « tant pour cent » aux salariés. Car ce « tant pour cent » est calculé d'avance, selon les probabilités raisonnables, de façon à correspondre à peu près à un salaire moyen. Et ïl est clair que s’il devenait pendant un temps prolongé trop inférieur au minimum raisonnable, il ne se trouverait plus de travailleur pour l’accepter, de même que s’il était beaucoup supérieur à un salaire « normal », le patron changerait de système ou renverrait son salarié, pour en prendre un à gages fixes, qui lui reviendrait moins cher.

Maïs on a prétendu associer plus complètement le salarié à l’entreprise soit par le moyen de la coopérative de production, soit par l’actionnariat ouvrier.

Les applications de ces systèmes ont été très nombreuses et variées dans les principaux Etats européens surtout. Mais c’est en France, principalement, que ces pratiques ont été sysmatisées en un véritable corps de doctrines — par exemple dans les théories mutuellistes du milieu du siècle dernier.

Mais, pour écarter une longue exposition des systèmes

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