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mutuellistes, lesquels, malgré de nombreux encouragements de toutes sortes prodigués par les « patrons philanthropes » ou par les gouvernements à tendances « sociales » n’ont donné que de pauvres résultats, donnons ici la critique que Rossi en avait faite il y a cent ans, et que Marx a reprise à son tour.
Rossi fait remarquer que la dépendance du salarié vis-àvis du patron vient de son besoin de ressources immédiates : « Le fabricant ne paie à l’avance à l’ouvrier sa part de produit que parce que celui-ci ne peut en attendre la vente ; si l’ouvrier pouvait se subvenir jusqu’à la vente du produit, il pourrait ensuite faire valoir sa part en tant qu'associé — ce n’est pas par hasard que la part de l’ouvrier a justement la forme du salaire, c’est le résultat d’une spéculation, d’un acte spécial qui joue à côté d’un processus de production et qui ne forme pas nécessairement un élément constitutif de celui-ci. Le salaire n’est pas un fait indispensable de la production. Ïi peut disparaître dans une autre organisation de la société. »
Et Marx ajoute : « Toute cette plaisanterie aboutit à ceci : si les ouvriers possédaient assez de travail accumulé (c’est-à-dire de capital) pour ne pas être obligés de vivre directement de la vente de leur travail, ia forme du salaire disparaîtrait, c’est-à-dire si tous les ouvriers étaient en même temps des capitalistes, ce qui revient donc à présupposer le capital et à le maintenir sans son antinomie nécessaire, le travail salarié, sans lequel il ne peut subsister » (Marx, le Travail salarié, annexe, p. 73, bibl. marxiste.)
Les théoriciens libéraux sont généralement d’accord pour dire que l’actionnariat ouvrier ne saurait supprimer le salariat. Leroy-Beaulieu en donne, aussi, pour principal motif, la nécessité où se trouve l’ouvrier de recevoir sans délai l'argent nécessaire à ses dépenses quotidiennes. L’ouvrier préfère de beaucoup, même lorsqu'il possède une petite épargne, une rémunération forfaitaire régulière, donnée
fe d'avance, de son travail, à une association avec l’entrepreneur.
Leroy-Beaulieu ajoute que l’aléa même de l’entreprise empêche également une telle association : « L’ouvrier n’a pas conçu l’entreprise, il est généralement incapable de la concevoir, et même de la contrôler ; il ne connaît pas non plus l'importance des charges qui la grèvent, ni l’extension de ses débouchés. Il aurait donc tort d’être trop confiant et de faire dépendre sa rémunération du produit éventuel et définitif » (Economie Politique, p. 166 et suivantes.)
Cette deuxième raison est d’ailleurs moins bonne que la première, car l'incapacité ouvrière peut être rémédiable, au moins dans une certaine mesure, et pour certaines catégories de travailleurs. Ensuite parce que l’ouvrier subit quand même l’aléa : il voit son salaire baïsser si l’entreprise ne fait pas des profits escomptés ; il tombe en chôimage si da gestion patronale ou les circonstances générales ne lui permettent point de résister aux concurrents et aux crises. Enfin, l’argument d’ignorance et d'incapacité de contrôle vaut souvent pour les actionnaires eux-mêmes, à notre époque de grandes sociétés anonymes.
Mais le premier argument suffit. Il est avancé par Les doctrines les plus opposées. Il est donc inutile d’insister sur les théories qui pensent pouvoir améliorer la condition des salariés et faire disparaître les contradictions capitalistes au moyen de l’actionnariai ouvrier. Au reste, depuis l'essai qui en fut fait, il y a cent ans, par la maison de textiles Dollfus, à Mulhouse, la France a eu de multiples occasions de se convaincre de l’inefficacité du système.
C’est pourquoi la loi du 26 avril 1917 sur l’actionnariat ouvrier n’a eu aucun retentissement — de même la loi du 9 septembre 1919 sur les mines qui a prévu un système de participation ouvrière aux superbénéfices, laissé aux salariés le choix entre un système de répartition annuelle des sommes ainsi reçues ou leur investissement dans la société minière, ce qui ne fut jamais fait. Les ouvriers ont besoin
ne
de leur salaire pour vivre, ou pour parer aux risques éventuels qui les menacent et ne peuvent devenir des capitalistes. D’ailleurs les capitalistes ne tiennent point à voir les salariés devenir « actionnaires » et instaurer ainsi une sorte de contrôle ouvrier sur leurs affaires.
L'économie d'expansion ne peut être réalisée au moyen de l’actionnariat ouvrier — peut-elle l’être par les « hauts salaires » ? — Ceux-ci ne sont-ils pas toujours insuffisants ? La capacité ouvrière de consommation ne reste-t-elle pas définitivement inégale aux progrès de la production ainsi que l’explique Marx ?
C’est aux faits que nous allons demander de trancher la controverse.
Nous allons examiner à la lumière des expériences économiques récentes :
1° Si l'application de la théorie restrictive des salaires permet de résorber ou d’éviter les crises, s’il faut faire passer le poïnt de vue prix de revient de la main-d'œuvre avant celui capacité de consommation du salarié ;
2° Dans le cas contraire, si l’application de la théorie expansionniste donne de meilleurs résultats pratiques que la première, et si le point de vue consommation du salarié doit passer avant la préoccupation du prix de revient de la main-d'œuvre.
Et nous pourrons ainsi conclure : ou bien que le système capitaliste doit choisir décidément entre une de ces deux théories, ou bien que celles-ci étant également incapables de résoudre le problème économique, un nouveau système économique doit être substitué à l’actuel.
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