À. LA REALITE OUVRIERE
SALAIRE ET MINIMUM D'EXISTENCE. DÉVELOPPEMENT DES DÉPENSES « SOCIALES ». PROGRÈS TECHNIQUES ET SALAIRES.
La réalité ouvrière ne semble pas confirmer la triste prédiction des classiques et surtout de Ricardo selon laquelle « le prix naturel du travail est celui qui fournit aux ouvriers, en général, les moyens de subsister et de perpétuer leur espèce sans accroissement ni diminution. »
Depuis le début du xix° siècle jusqu’à présent, péniblement, lentement, à travers bien des retours de fortune, l’ouvrier a pu élever son niveau de vie. Entre l’ouvrier, de l’enquête de Villermé, en 1836, et celui de 1929, une différence considérable s'établit.
Les ouvriers du textile du Nord, sous la monarchie de Juillet, vivaient entassés pour la plupart dans des taudis et même dans des caves. La concurrence entre ouvriers était aggravée par l’absence de législation sociale. La moyenne de la journée de travail s'élevait à 13 et 14 heures. Dans quelques ateliers lillois, tous les deux ou trois jours, les ouvriers devaient travailler vingt-quatre heures de suite. Les femmes travaillaient à des besognes inférieures et même la nuit. Les enfants étaient embauchés dès 8 ans — et même, dans le textile, à 6 ans, ils étaient pris comme dévideurs, et leurs journées, payées quelques sous, étaient aussi longues que celles d'adultes.
Et malgré ce travail forcené, la condition ouvrière était lamentable. Outre que toute vie « humaine » était impossible pour la famille ouvrière, épuisée par un travail exces-